Jeux olympiques: les plus beaux moments de nos chroniqueurs sur place
Jean-Nicolas Blanchet et Joseph Facal
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PARIS | Comme chroniqueurs, mon collègue Joseph Facal et moi avions vraiment carte blanche à Paris. On avait donc le luxe de tout voir, de tout vivre, justement pour vous permettre de vivre les Jeux avec nous, comme si vous étiez assis sur le siège voisin. On voulait vous montrer ce que vous ne voyez ou vous n’entendez pas à la télé. On voulait que vous soyez impressionnés avec nous, émerveillés avec nous, émus avec nous, consternés avec nous, que vous riiez avec nous, que vous vous perdiez dans le métro avec nous, que vous mangiez trop de charcuteries avec nous. Hélas, il y avait 329 épreuves réparties dans 47 sports disputés sur 35 sites. On n’a donc pas été capables de tout voir, mais presque. Voici mes cinq moments préférés et ceux de Joseph. Évidemment, on parle ici des moments où l’on était personnellement.
Les 5 moments préférés de Jean-Nicolas Blanchet
5. Celle qui ne tombe jamais

Je dois évidemment vous parler du moment où j’ai vu Simone Biles. C’était électrisant comme soirée. Vous auriez dû voir les centaines de jeunes filles qui pleuraient de joie et d’admiration devant cette femme inspirante. Non, Biles n’a pas récolté des médailles d’or à toutes ses épreuves à Paris. Mais à l’épreuve la plus difficile, la plus prestigieuse, soit le concours général, elle a gagné l’or. C’est ce soir-là que j’y étais.
Depuis 11 ans, dans toutes les compétitions qu’elle a faites, pour cette épreuve, elle a gagné l’or. C’est cinglé! Le concours général, c’est la combinaison de quatre épreuves. Il y a le sol, où il faut courir le plus vite possible et faire je ne sais pas combien de pirouettes sans dépasser la ligne. Il y a la poutre, où tu fais encore des pirouettes, mais en atterrissant sur une surface de la largeur d’une Pop-Tarts. Il y a le saut à cheval, où tu sautes en t’aidant avec un petit tremplin et là tu fais encore plus de pirouettes. Et il y a les barres asymétriques, ou tu t’accroches les mains à une barre en faisant plein de pirouettes pour aller d’une barre à l’autre. Si tu tombes dans quoi que ce soit, c’est fini, tu ne gagneras pas l’or.
Il y en a plein qui tombent. J’en ai vu plein toutes les cinq minutes, ça arrivait. Mais pas Biles, les 108 dernières fois qu’elle a fait ça dans le cadre du concours général. C’était magnifique de la voir aller.
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4. Belle au bois dormant qui saute haut

La discipline la plus palpitante que j’ai vue en personne aux Jeux, c’est assurément le saut en hauteur chez les femmes.
Désolé si vous me trouvez étrange, vous n’êtes pas les premiers. Mais c’était un spectacle fascinant.
La foule était en délire. C’est l’attitude des athlètes qui rendait ça encore plus survolté.
Quand elles sont présentées, elles arrivent en demandant aux 80 000 personnes de faire du bruit ou en dansant ou en criant ou en envoyant des baisers volés.
La meilleure au monde, c’est l’Ukrainienne Yaroslava Mahuchikh. Entre ses sauts, elle dort à terre dans un sac de couchage.
On dirait la Belle au bois dormant.
Si des lanceurs de marteau avaient l’air de Gaston dans La Belle et la Bête, Mahuchikh ressemblait à une princesse de Disney avec ses deux longues tresses.

Mais c’est l’Australienne Nicola Olyslagers qui a retenu l’attention avec sa médaille d’argent.
On voyait qu’elle n’avait aucune chance de gagner. Mais elle a réussi un saut de deux mètres après en avoir raté deux, la gardant ainsi encore en vie.
Le stade a levé d’un bond. Entre les sauts, elle écrivait dans un petit carnet qui ressemblait à son journal intime. En s’élançant, elle invitait la foule à applaudir, elle parlait à elle-même à haute voix et quand elle était fin prête, elle faisait le plus grand sourire possible en courant vers la barre. C’était tout un spectacle.
3. Je me serais fait teindre en blond

Céline aurait pu me demander pas mal n’importe quoi, même de me teindre en blond comme Claude François, et je l’aurais fait. Évidemment, c’est un clin d’œil à la chanson d’Édith Piaf que notre diva a chantée en plein milieu de la tour Eiffel. Tout était spécial dans cette soirée pour moi. Je venais d’arriver à Paris. Tout ce qui se passait devant mes yeux, c’est la première fois que je le voyais. C’était la première fois que j’entrais en zone olympique avec mon accréditation. J’arrive directement à côté du tapis rouge. Je me retourne et à quelques pouces de mois, il y a Serena Williams.
Disons que ça secoue. Quelques heures avant, je passais ma tondeuse à Charlesbourg et je mangeais du Kraft Dinner. Et là, je suis au beau milieu de tout ça. C’est fou. Et il y a l’aspect de la sécurité aussi. Il y a des soldats et des policiers avec d’énormes armes à feu partout. On se fait toujours fouiller. Ça ajoute au moment spécial. Et là, il se met à mouiller à siaux pendant trois heures. Sur nos ordis, sur les parapluies de tout le monde qui en a, sauf moi. Sur les ponchos que tout le monde a, sauf moi.
Pas grave, Céline va chanter, je ne vais pas manquer ça. Et là boum, les frissons, la tour Eiffel s’illumine et c’est l’Hymne à l’amour.
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2. Quand je suais de partout, de stress

J’avais deux chouchous aux Jeux. Je souhaite du bonheur à tous les athlètes, mais il y en a deux, disons, que ça venait encore plus me chercher. Parce que je les ai rencontrés quelques fois. Parce que je sais que c’est du bon monde. Parce que je sais ce que ça représente pour eux. Parce que je sais ce qu’ils ont fait pour arriver là. Tous les athlètes ont de belles histoires, mais je connais mieux la leur. Il s’agit de Jean-Simon Desgagnés, en athlétisme, et Sophiane Méthot, en trampoline. La journée où Sophiane sautait, ce n’était pas une journée comme les autres pour moi. Je n’ai pas déjeuné. J’avais les mains moites. Et dans l’aréna, je me suis mis à suer de stress. Je suis assez stressé de même dans la vie. Pas besoin que je me stresse encore plus pour une athlète. Mais c’était plus fort que moi.
Et Sophiane a remporté une médaille de bronze. J’ai donc vu, pour la première fois de ma vie, une médaille à quelques pouces de moi lorsque l’athlète de 26 ans est venue voir les médias après la compétition. Ç’a été un si beau moment d’avoir un peu suivi Sophiane Méthot depuis quelques mois et de voir la fin de son film en direct. De voir le fruit de tout son travail et de ses enjeux personnels.
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1. Mon entrevue préférée

Je vais longtemps me souvenir de mon entrevue avec la jeune cavalière de 24 ans Camille Carier Bergeron. C’était un peu surréel. On est dans les jardins du château de Versailles, je ne connais rien à l’épreuve équestre qu’elle pratique, le dressage, c’est un univers plutôt raffiné où je ne «fit» pas trop, j’ai l’air d’un labrador niaiseux dans un concours de caniches...
Là, Camille termine 43e sur 59. Elle vient vers moi. Je n’ai aucune idée si ç’a bien été ou pas. Je ne sais même pas quoi lui dire. Là, heureusement, elle s’arrête et se met à répondre aux questions de deux journalistes anglophones. Je ne comprends rien de leurs discussions équestres. Elles parlent de technique de machin de foulée de galop de je ne sais pas quoi. Bref, ça ne m’aide pas. Et Camille vient me voir.
Mais si vous aviez vu son sourire, vous auriez compris que l’entrevue était finalement si facile. Elle avait un sourire fendu jusqu’aux oreilles. «C’est l’accomplissement» d’une vie, me disait-elle. C’était horrible, la chaleur, cette journée-là, et elle avait tout son accoutrement de cavalière. Elle devait avoir hâte d’arrêter de parler aux médias. Mais non, elle m’a jasé longtemps de sa fierté, de ses parents, de son rêve quand elle était jeune, de l’amour pour son cheval. Ça lui faisait plaisir d’essayer de m’expliquer quelques notions de sports quand elle a vu que je n’y connaissais rien. C’était vraiment un beau moment.
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Les 5 moments préférés de Joseph Facal
5. Délicieuse délinquance

Je vais à Roland-Garros pour voir Nadal affronter Djokovic. Je me dis que c’est ma dernière chance avant la retraite de Nadal. Un match de légende sur un terrain de légende. J’arrive très tôt pour explorer le site, un vaste complexe tennistique. En fait, je me trompe en lisant l’horaire et j’arrive à l’heure des poules. Les camions font leurs livraisons. Je m’approche de la grille de l’un des courts et je m’aperçois, complètement stupéfait, que la porte n’est pas fermée à clé. Des joueurs viendront-ils pratiquer plus tard? Personne ne fait attention à moi. J’entre et je me promène sur la fameuse terre battue ocre en rêvant de gloire sportive.
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4. Le maître du monde

Le tennis de table, le ping-pong si vous préférez, est un vrai sport, très athlétique, demandant une concentration et des réflexes hallucinants. Rien à voir avec nos petites parties au sous-sol. Les joueurs sont à 15 pieds l’un de l’autre et se mitraillent. À bout portant. La vitesse est stupéfiante. La France tombe en amour avec les frères Lebrun, Alexis et Félix, qui ont grimpé rapidement dans la hiérarchie mondiale. Ils ont de grosses lunettes et font penser à des supernerds étudiant la chimie. Félix Lebrun parvient en demi-finale du simple masculin. La foule capote. Mais il tombe sur le Chinois Fan Zhendong, meilleur joueur du monde. Je manque de mots pour rendre justice au maître chinois. Le courageux Français n’y pouvait rien. Le Chinois a sifflé la fin de la récréation. Étourdissant, éblouissant, imperturbable, inhumain de vitesse, de précision, de calme, ce Fan Zhedong, qui fila ensuite vers la médaille d’or.
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3. Une leçon de vie

Il faut accepter de vieillir et le faire avec dignité. Si vous acceptez cela avec bonne humeur, si vous profitez de chaque moment, c’est encore mieux. De toute façon, c’est un combat que nous ne pouvons pas remporter. Le taux de mortalité de l’espèce humaine est de 100%. Andrew Macdonald est un Britannique qui fait du skateboard. À 51 ans, il participe aux JO de Paris. Il pourrait être le père de la majorité de ses adversaires. Il donne tout ce qu’il a, mais il est moins là pour gagner que pour montrer que la vraie jeunesse est dans la tête. Il fut magnifique. Quelle superbe leçon de vie il m’a donnée!
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2. Réussir sa sortie

La lutte est le plus vieux sport du monde avec la course à pied, et le Cubain Mijain Lopez Nunez est, sans l’ombre d’un doute, avec le Russe Kareline, le plus grand lutteur de tous les temps en gréco-romain chez les super-lourds. Médaillé d’or en 2008, 2012, 2016 et 2021, il a annoncé qu’il prenait sa retraite après les Jeux. Il parvient en finale. Réussira-t-il à sortir par la grande porte? On espère tous le conte de fées, même si le monsieur, à près de 300 livres, n’a rien d’une fée. Il maîtrise son adversaire chilien et gagne. Rempli d’émotion, il enlève ses bottines et les laisse au centre du tapis pour signifier qu’il part pour toujours. J’en tremble encore.
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1. J’aurais pu tomber amoureux

Je suis au Grand Palais pour l’escrime. Majestueux décor de cinéma. C’est la finale féminine par équipes à l’épée. Les Françaises affrontent les Italiennes. Chaque épéiste affronte toutes les autres de l’équipe adverse et on additionne les points à la fin.
Les Françaises prennent les devants, puis creusent l’écart. On se dit: c’est fini. À chaque touche qui rapporte un point, la foule explose. Mais les Italiennes s’accrochent, grappillent un point ici, un point là. En plein milieu, l’entraîneur italien joue son joker et remplace une de ses épéistes.
La dynamique change. Les Italiennes reviennent, recommencent à y croire, se rapprochent. Puis, elles créent l’égalité et prennent les devants. Stupéfaction. Mais la France égalise à 29 partout au terme des 9 duels. On ira en prolongation. Mort subite. La dernière en piste pour les Françaises est leur meilleure, Auriane Mallo-Breton, superbe pendant toute la journée et déjà médaillée d’argent au concours individuel. Mais c’est son adversaire, Alberta Santuccio, une Sicilienne, beaucoup moins connue, qui la surprend, la touche et donne la médaille d’or à l’Italie.
L’Italienne n’en revient pas. Pincez-moi quelqu’un. Elle enlève son masque. Et là je découvre qu’elle est belle, belle, belle, comme c’est pas possible. Belle et folle de joie. Un moment inoubliable.
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