J’ai foulé la terre battue de Roland-Garros (sans demander la permission) et ça m’a rendu heureux


Joseph Facal
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J’arrive sur le site de Roland-Garros très tôt pour en explorer tous les recoins.
Le soleil se lève paresseusement.
Le premier match ne débute pas avant midi.
Pour le moment, il n’y a que des surveillants qui n’ont rien à surveiller, des camions qui font leurs livraisons, des employés d’entretien qui préparent leur tournée.
Le site est vaste: 3 courts principaux et 18 courts en tout.
Tout est fermé, grillagé.
Je m’approche des courts 4 et 5, qui ont trois rangées de gradins à peine et servent pour les rondes de qualification, les pratiques, les matchs sans vedettes.
Je veux voir de près la mythique terre battue.
Je colle mon visage à la grille du court 5. Au milieu de la grille, une porte.
Je regarde autour de moi. Personne. Au loin, deux surveillants bavardent.
Federer
Je tourne la poignée de la porte. Elle s’ouvre. Je le jure. Je regarde de nouveau autour de moi.
Je rentre.
Je fais quelques pas. Je plie les genoux pour voir la sensation. Je me penche pour toucher la surface.
Au pire, on va m’engueuler. Alors, je marche vers le filet. Je touche la partie supérieure. Il n’a pas encore été tendu.
Je regarde autour de moi. J’embrasse la scène. Je respire profondément.
Je fais glisser mon pied comme on le voit à la télé. Je regarde les traces laissées.
Je suis Federer. J’ai le plus beau revers du monde.
Je me sens comme si j’étais sur le monticule du Yankee Stadium ou sur le point de penalty à Wembley.
Enfant, j’ai rêvé de gloire sportive, avant de comprendre, heureusement assez vite, que j’avais intérêt à étudier.
On ne me croira pas, me dis-je. Je dois prendre un selfie. Je ne suis pas habitué. Je suis maladroit. Mauvaise lumière. Il faut qu’on voie la terre battue et le logo Paris 2024.
Je quitte en douce.
Riez si vous voulez. J’étais heureux.
Ego
Au tennis, on demande le silence entre les points. Clairement, les journalistes ne se sentent pas concernés. Dans la galerie de presse, il n’y avait pas assez de places pour tous. Ça s’engueulait fort. Très inélégant.
Bébé gâté
La porteuse du drapeau américain, la joueuse de tennis Coco Gauff, une professionnelle multimillionnaire, se plaint de devoir cohabiter avec neuf coéquipières au village olympique et d’avoir deux toilettes seulement pour toutes. Pourquoi je ne suis pas étonné?
Petite gêne
Les joueuses de l’équipe canadienne de soccer disent avoir le sentiment qu’elles sont seules contre le monde. Il n’est pas clair si elles savaient ou pas, ou si elles avaient des doutes. Mais elles devraient s’estimer chanceuses de ne pas avoir été carrément expulsées.
Taxi
Je demande à un chauffeur de taxi si les affaires vont bien. «Une catastrophe, monsieur, une catastrophe», me répond-il. Puis, il se met à me parler, avec un vocabulaire d’expert, de la préparation mentale de Djokovic et des points d’appui usés de Nadal. Quelle vie a-t-il vécue?