Tous les résultats
Publicité

J’ai vu la reine d’Angleterre au château de Versailles

Ça peut paraître impensable, mais mercredi, j’ai vu la reine d’Angleterre se promener sur les terres du roi de France

Photo AFP
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-07-31T19:30:00Z
2024-07-31T21:04:09Z

Partager

PARIS | Ça peut paraître impensable, mais mercredi, j’ai vu la reine d’Angleterre se promener sur les terres du roi de France.

Je suis allé au château de Versailles où se tiennent les compétitions d’équitation.

Quand je suis allé au Stade de France, je trouvais que c’était le plus bel endroit au monde. Ensuite, j’ai vu la cérémonie d’ouverture et je trouve que c’était plutôt ça le plus beau décor.

Je suis allé à Roland-Garros et c’était rendu ça. J’ai vu le site du triathlon et finalement, c’était celui-là qui était le plus beau du monde. Ensuite, j’ai travaillé au Grand-Palais, où se tient l’escrime.

C’était ça, le plus bel endroit de la planète, en fin de compte.

Et là, j’ai vu le site à Versailles. Ça déclasse tout le reste. Ça n’a juste aucun sens. Comme dirait l’autre, c’est trop pour moi.

Le complexe dressage

J’ai assisté à l’épreuve du dressage, un sport qui existe depuis 3500 ans. Vous savez, c’est cette épreuve où le cheval fait plein de gestes techniques tranquillement comme des petits zigzags, des départs, des arrêts, différents pas. On dirait qu’il fait des petites danses parfois.

Publicité

Je ne ferai pas semblant que je connais ça. Une maudite chance que la responsable des communications d’Équitation Canada, Melanie McLearon, était là pour me donner le cours «le dressage pour les nuls».

C’est un peu comme du patinage artistique en couple, où tant le cheval que le cavalier doivent être en parfaite harmonie.

Photo PC- Cealy Tetley via Équitation Canada
Photo PC- Cealy Tetley via Équitation Canada

La plus jeune cavalière des Jeux de Paris, c’est une fille de Laval: Camille Carier Bergeron. Elle a 24 ans.

133e au monde, elle vivait son baptême olympique mercredi. Soyons clairs, le Canada n’est pas une puissance dans cette discipline et a remporté une seule médaille dans son histoire. C’était en 1988. Il ne fallait donc pas arriver là avec des attentes irréalistes.

Elle a terminé 43e sur 59. Ses Jeux sont terminés.

La fascinante relation avec son cheval

Mais vous auriez dû la voir en débarquant de son cheval, maintenant qu’elle peut dire officiellement qu’elle est une olympienne.

«C’est incroyable! C’est malade! C’est l’accomplissement d’une vie. J’avais huit ans et je disais à mes parents que je voulais aller aux Olympiques et on n’a jamais abandonné», m’a-t-elle raconté en entrevue, en saluant, d’ailleurs, le soutien de ses parents pour le chemin parcouru.

Son cheval, une jument, est aussi une olympienne, rappelle Camille. Cette dernière était tellement fière de sa partenaire, Finnländerin, une jument de 14 ans, avec qui elle travaille seulement depuis quelques mois.

Publicité

«Elle était tellement focus. Je ne savais pas comment elle allait réagir. Et quand ç’a commencé, c’est comme si elle m’avait dit: “OK, je suis là pour toi, dis-moi ce que tu veux et je m’en occupe”», a relaté la jeune et très sympathique cavalière.

«Je l’ai flattée beaucoup au début, a poursuivi Camille. Quand je suis arrivée et il y avait beaucoup d’applaudissements, je sentais qu’elle se demandait ce qui se passait [...] Il faut réaliser que mon cheval ne comprend pas, elle, que c’est les Olympiques.

«Elle n’a pas eu de mémo. Il y a juste plus de monde que d’habitude autour. Peu importe comment ça se passe, je ne peux jamais lui en vouloir. Elle, la seule chose qu’elle veut, c’est essayer de me plaire.»

Pour un néophyte comme moi, mon moment préféré, c’est de voir à quel point le cavalier va féliciter et flatter son cheval dès que l’épreuve se termine. A-t-elle le goût de prendre son cheval dans ses bras quand c’est fini?

«Je ne veux pas juste le prendre dans mes bras. Je voudrais le soulever dans les airs tellement que je veux le coller. Et c’est comme ça, que ça aille bien ou pas», a-t-elle lancé, en riant.

C’est fascinant de l’entendre parler de la relation avec son cheval.

«C’est la reine d’Angleterre. C’est une princesse. Elle sait qu’elle est importante, ça paraît. Elle adore les pommes et les carottes et elle veut toujours se faire flatter et coller», poursuit Camille.

La gangrène du Roi-Soleil

Ironiquement, cette reine d’Angleterre déambulait sur les terres de l’ancien roi de France.

Publicité

Photo AFP
Photo AFP

Il y avait quelque chose de magique dans le fait d’assister à une épreuve des Jeux olympiques à quelques mètres de l’endroit où Louis XIV était mourant de la gangrène. À quelques mètres des escaliers secrets que le Roi-Soleil avait construits pour aller voir ses maîtresses. À quelques mètres d’où le monarque absolu a décidé de gouverner sans premier ministre il y a 400 ans. 

Louis XIV a construit le château afin de faire glorifier la monarchie française. On peut prétendre que son fantôme doit être bien comblé cette semaine, car c’est plus que grandiose ce site temporaire où je plains les ouvriers qui ont dû monter ces gigantesques estrades. Disons qu’ils doivent trouver que c’est un charme de monter un abri tempo après ça.

Photo AFP
Photo AFP

Photo Jean-Nicolas Blanchet
Photo Jean-Nicolas Blanchet

Publicité

«Ça bat tout ce que j’ai vu comme site. On ne peut même pas l’expliquer tellement que c’est beau. J’ai vraiment pris le temps de regarder le château et apprécier le moment», a acquiescé Camille.

Concernant sa performance, elle est heureuse, mais ne cache pas que ça aurait pu aller mieux. Deux erreurs l’ont coulée.

Elle a eu la gentillesse de me l’expliquer dans des termes à mon faible niveau de connaissance équestre.

«Une fois, c’est qu’au départ, il fallait partir du pied gauche et on est parti du pied droit. L’autre, c’est quand on fait des zigzags, il faut changer de pieds à chaque six foulées et j’ai compté sept au lieu de six», a-t-elle expliqué. Ç’a tellement l’air difficile!

Il ne fallait pas que ça paraisse qu’elle est la plus jeune cavalière. En compétition, elle souligne à quel point elle ne se laisse pas impressionner. Mais dans l’écurie, c’est autre chose. «Il y en a plusieurs que j’idolâtre, c’est sûr! Je n’ose même pas leur parler. Quand je les vois, j’ai juste le goût d’aller les voir et leur demander d’échanger une épinglette. Mais je ne veux pas avoir l’air trop fan!» a-t-elle rigolé.

Entretien avec un cheval

L’ambiance du dressage, c’est assez unique. C’est très silencieux. On entend à peine la musique. Ça applaudit avant et après, mais jamais pendant. C’est impossible de savoir si le cavalier est en train de bien faire ça si l’on ne connaît pas ça.

Sauf quand on voit bien que le cheval arrête soudainement en ayant l’air de vouloir dire: «Calme-toi un peu avec ton parcours là, je ne suis pas un cheval qu’on traite comme ça, moi!».

Il y a eu un si beau moment. La cavalière Yvonne Losos de Muniz, qui porte les couleurs de la République dominicaine, mais qui a aussi la citoyenneté canadienne, s’est présentée à Paris, pour ses troisièmes Jeux, avec un cheval de 19 ans, le plus vieux des compétitions. Ça, tout le monde m’a dit que c’était incroyable.

Malheureusement, son cheval a un peu fait ce que j’ai décrit plus haut. Mais quand elle sortait, l’annonceur a souligné qu’il s’agissait des derniers Jeux de ce cheval et la foule lui a rendu un très long hommage.

Je voulais l’interviewer, mais il était sans mot, trop ému.

Publicité
Publicité