La médaille olympique des bonnes personnes

Jean-Nicolas Blanchet
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PARIS | L’étincelante médaille olympique de Sophiane Méthot est un exemple merveilleux du triomphe des bonnes personnes.
La trampoliniste originaire de La Prairie a remporté la médaille de bronze vendredi après une des plus belles performances de sa vie à un moment plutôt bien choisi: la finale de ses premiers Jeux olympiques.

Ce qui était le plus beau dans tout ça, c’est qu’il s’agissait d’une victoire pour les bonnes personnes.
Sophiane Méthot, c’est le genre de personne qui t’aiderait à monter ton abri tempo, qui te donnerait un de ces trois morceaux de bacon même si elle le voulait, qui fait des tourtières et va en donner à ses voisins...
- Écoutez l'entrevue avec Jean-Nicolas Blanchet, adjoint au Directeur des Sports au Journal de Montréal / Journal de Québec au micro d’Alexandre Moranville via QUB :
Quand quelqu’un comme ça fait du sport d’élite, on dirait qu’on veut encore plus qu’il gagne. Comme si on se disait que ça pourrait être notre ami. Et on les regarder performer comme si c’était nos amis. Comme Laurent Duvernay-Tardif. Comme Guy Lafleur. Comme Marianne St-Gelais.
Son père, c’est aussi une bonne personne. Sa mère, c’est une bonne personne. Sa coach, c’est une bonne personne. Son chum, c’est une bonne personne. Bref, Sophiane et sa bande, ce sont des bonnes personnes. Pas pour rien qu’il y autant de proches, amis, familles qui sont venus avec elle ici. Les bonnes personnes suivent les autres bonnes personnes.

Je sais que les journalistes canadiens sont accusés de faire trop de chauvinisme en France. Bien, je vous confirme que je ne vais pas régler ça avec cette chronique.
Son histoire vous avait touché
J’ai réalisé une très longue entrevue avec Sophiane et son père, Louis, en mai dernier. Une des entrevues les plus fascinantes dans ma jeune carrière de 14 ans au Journal. Leur histoire avait visiblement touché beaucoup de Québécois. Sur notre site internet, c’est le texte que vous avez le plus lu cette année dans la section des sports. Plus que le Canadien. Plus que Patrick Roy. Plus que Travis Kelce.
Je ne vous cache ainsi pas que j’ai créé un bon lien avec eux depuis. Ça aurait été votre cas aussi, j’en suis sûr. Je n’étais donc pas neutre du tout en débarquant à l’Arena Bercy vendredi. Je n’ai pas déjeuné. J’avais les mains moites. J’étais vraiment nerveux. Je connais son histoire, ses sacrifices et son dévouement pour tout ça. Je lui souhaitais que ça se passe bien.

Et boum, la médaille de bronze! Oui, elle est classée 5e mondiale. Donc troisième, ce n’est pas loin de cinq. Mais septième aussi. C’était l’euphorie chez les Méthot. Et j’étais tellement heureux, subtilement.
C’était loin d’être facile. Elle a passé bien près de ne pas accéder à la finale, terminant 8e... sur les 8 qui y passaient.
Rien à perdre
Mais après, c’était une autre Sophiane. Elle devait se dépasser et c’est ce qu’elle a fait, battant d’autres trampolinistes souvent indélogeables.
«J’y suis allé avec la mentalité: je n’ai rien à perdre», a expliqué Sophiane en entrevue quelques minutes après avoir reçu sa médaille.
Ça prenait du culot. Mais c’est son genre. «Quand on me met au pied du mur comme ça, c’est là que je sors les meilleures performances de ma vie», a poursuivi l’étudiant à la maîtrise en finance à l’UQAM.
Le monstre est resté au Québec
Elle a parlé de son monstre. C’était l’objet de notre entrevue en mai. Elle avait parlé de ses problèmes de santé mentale ou ce monstre qui voulait anéantir sa carrière. Elle n’était plus capable de sauter sur un trampoline il y a quelques années, frappée par l’anxiété. Le monstre partait et revenait, jusqu’à tant qu’elle apprenne à le dompter et vivre avec lui, sans risque.

«J’étais à mon plus bas, j’avais des doutes, des angoisses», explique-t-elle. Maintenant «je me retrouve avec une médaille olympique au cou».
«Je suis très fier d’avoir passé à travers toutes ces épreuves pour arriver ici aujourd’hui», a-t-elle lancé, invitant ceux et celle qui éprouvent ses mêmes problèmes à ne jamais abandonner et de comprendre qu’il y a toujours des personnes et des outils pour s’en sortir.

Elle m’avait dit en mai que le monstre pouvait bien rester à Montréal durant les Jeux. C’est ce qui est arrivé! Même pas un appel interurbain.
Du bon monde
En arrivant dans la zone des médias, Sophiane est venu me saluer avec le gros sourire pour me demander comment j’allais. «Tu viens de gagner une médaille Sophiane! On va parler de toi à la place», lui ai-je répondu. Je ne veux vraiment pas exposer que je connais une athlète. Je ne la connais pas vraiment, je l’ai vu trois fois. Je veux juste montrer à quel point, c’est une bonne personne.
Je voulais parler à son conjoint après la compétition. Il avait sûrement d’autres choses à faire que de parler à un chroniqueur. Je lui ai envoyé un message texte pour lui demander où il était sur le site. Il a arrêté tout ce qu’il faisait, m’a envoyé une photo d’où il était et m’a donné la localisation de son téléphone en essayant de me guider avec les satellites vers lui. Bref, c’est gentil de faire ça. Une bonne personne fait ça. «Je suis tellement fier d’elle. J’ai jamais autant crié de ma vie, je tremble encore, j’ai pleuré», m’a-t-il raconté.
La maman, Annick, n’est pas loin. C’était beaucoup d’émotion pour elle. Imaginez le stress. Elle est évidemment tellement fière de sa fille. Mais elle essaie aussi de gérer le prochain déplacement du groupe en pensant à son fils qui est là avec sa copine et leur petit bébé qui commence à ne pas trop comprendre ce qu’il fait à Paris. Je m’en vais et elle me lance un «merci pour tout» sincère. Je ne comprends pas trop, c’est plutôt moi qui devrais la remercier ? Bref, vous voyez, du bon monde.

Et papa Louis lui. «Tu es le père d’une médaillée olympique», lui ai-je lancé. «Je suis le père d’une femme extraordinaire en premier lieu», a-t-il répliqué. Il ne l’a jamais poussée. La seule chose qui compte, c’est qu’elle s’amuse, rappelle-t-il. «Ce que j’aimais d’elle aujourd’hui, c’était son sourire [...] Je la revoyais quand elle était une petite fille et là je la vois aux Olympiques avec une médaille, c’est comme si, en une fraction de seconde, tu revois tout son parcours». Bref, «tu ne peux pas avoir un meilleur père que ça pour une athlète», a lancé un ancien coach de Sophiane, qui discutait avec nous. Vous voyez, une autre bonne personne sur qui j'avais aussi écrit une chronique en mai.

Angoissant
Le trampoline est une discipline plus que fascinante à voir sur place. Elles sautent à la hauteur d’un immeuble de trois étages. Un léger mouvement imparfait et les athlètes tombent à côté du trampoline. C’est arrivé souvent. C’est angoissant et dangereux.
Mon moment préféré, c’était de voir le visage de chaque trampoliniste après chaque routine. Avant de commencer, elles ont toutes ce sourire non sincère avec la tête en l’air, comme les gymnastes et patineurs artistiques, par exemple. Mais après, dès qu’elles ont fini, si ç’a bien été, on voit ce sourire devenir sincère. On voit les yeux qui pétillent et toute la fierté qu’elles sont en train de ressentir. C’est vraiment beau.
Sophiane Méthot détonnait des autres dans la zone d’attente durant la compétition. Avec ses écouteurs, elle était dans un autre monde que le nôtre avec un regard qui ne donnait pas le goût d’être dans son chemin. Les autres sont assises, et elle est là, comme Rocky, debout, à piétiner le sol.

Et j’essayais de me mettre dans sa peau. Et je comprends que ça doit prendre un bon niveau de concentration. Imaginez comment ça peut brasser dans notre tête. Oui, tout le pays la soutient. Oui elle a toute une équipe et une famille qui l’ont toujours aidé. Mais là, personne de tout ce beau monde-là va sauter avec elle. C’est à elle de jouer, toute seule devant un aréna presque rempli à ses premiers Olympiques. Jamais elle n’avait performé devant une aussi grande foule. Et elle a réussi à faire une des meilleures prestations de sa vie.
Son courage pour battre son monstre était déjà un scénario de film en soi. Mais Sophiane a décidé d’ajouter une fin encore plus belle.