Skateboard: s’envoyer en l’air sur du Van Halen!


Joseph Facal
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Je suis allé voir du skateboard justement parce que je n’y connais rien.
Ça se passe sur la Place de la Concorde, là où se trouve le célèbre obélisque égyptien couvert d’hiéroglyphes, entre les Champs Élysées et le Jardin des Tuileries.
La tour Eiffel est toute proche, de l’autre côté de la Seine.
C’est un site confus parce que la zone sécurisée inclut aussi l’entrée du musée de l’Orangerie et du musée du Jeu de Paume, très fréquentés.
Plein de gens avec des buts et des goûts très différents.
Imaginez La Ronde, Osheaga et le Festival western de St-Tite, ensemble.
Le site est malgré tout superbe, mais ni les gradins ni la tribune de presse n’ont le moindre auvent.
Le soleil est brutal. Mon portable est si chaud que je crains le pire pour lui.
Wow!
J’assiste à la compétition de park, qui se déroule dans une cuvette semblable à une vaste piscine aux rebords arrondis, vidée de son eau, dans laquelle on a placé divers obstacles.
Indiscutablement, je fais monter l’âge moyen de la foule.
En après-midi, 22 skateurs se disputent les 8 places disponibles pour la finale du soir. J’assiste à tout.
La fourchette d’âge des compétiteurs est plus étendue que je ne l’aurais cru.
Chaque compétiteur fait le parcours trois fois. Des juges évaluent le niveau de difficulté des figures et la qualité de l’exécution.
Je me sens autant dans mon élément qu’un poisson sur un siège de bicyclette.
Les figures sont répertoriées et ont des noms, un peu comme en patinage artistique.
Il y a le «540», le «Tailwalk», le «Backflip», etc. Il y a même le «Chicken Wing Frontside Air».
Chacune a ses variantes. Parfois, on connaît le nom de l’inventeur ou, en tout cas, le nom de celui qui a popularisé le mouvement.
Le vocabulaire est si spécialisé, si étendu, que je me sens aussi profane que dans un congrès d’astrophysiciens.
Je ne sais pas comment ça s’appelle, mais quand le gars, dans les airs, saisit sa planche et la retourne, j’adore.
Oui, je sais, je suis totalement ignorant. Allez, riez de moi, c’est gratuit et ça fait du bien.
Pendant qu’un skateur s’exécute, un commentateur nous dit le nom des figures, nommées des tricks.
Comme un DJ surexcité, il lâche des: «BRUTAL!», «MASSIVE!», «PSYCHO!», «AWESOME !»
Casques, coudières et genouillères sont indispensables. Les chutes sont nombreuses et violentes.
Ce qui est totalement «trippant», c’est la musique.
Pas de hip-hop, mais MA musique, celle des grandes années de CHOM: Thunderstruck d’AC/DC, Jump de Van Halen, etc.
Une personne, un sport, un party qui met en valeur AC/DC ne peut pas se tromper.
Au début, je ne voyais pas trop la différence entre les meilleurs et les autres.
Au bout d’un après-midi, comme pour le patinage artistique, vous voyez ces différences: variété, exécution, originalité, quantité, fluidité, etc.
Même aux JO, les skateurs gardent le style vestimentaire associé à ce sport: souliers Vans, pantalons amples aux genoux, chemises flottantes, etc.
Je pensais que ce sport manquait de mythologie. Faux. Elle existe, mais elle est encore underground.
Autour de moi, les connaisseurs parlaient entre eux comme des amateurs de jazz qui évoquent un solo mythique de Charlie Parker ou de John Coltrane.
Buzz
Ceux qui ont dominé les qualifications de l’après-midi dominent aussi la finale en soirée.
Le podium n’a surpris personne: Palmer (Australie), Schaar (États-Unis), Akio (Brésil).

J’étais un peu sceptique sur l’intégration de ce sport dans le programme olympique, y voyant une opération pour séduire les jeunes.
C’est exactement ce que c’est. Mais pourquoi pas? Très bon buzz.
ANDY AVAIT UN SOURIRE FENDU JUSQUE-LÀ
Quand je fais une promesse, je la tiens. Sinon, je ne sais plus où me cacher de honte.
Je vous avais dit que j’irais voir du skateboard notamment parce qu’un skateur de 51 ans, le Britannique, Andrew Macdonald était inscrit.

Il arrive tout sourire, casque jaune, t-shirt bleu, avec une planche décorée d’un crâne humain.
Tout en lui respirait le gars venu pour s’amuser, déjà heureux d’être là.

Comme il était classé 25e au monde, il n’était pas absurde de penser qu’il pourrait se qualifier pour la finale.
Même un profane comme moi voyait que ses sauts avaient moins d’amplitude que ceux des plus jeunes. Mais ses figures étaient précises, chirurgicales.
La foule, sous son charme, était dans sa petite poche.
Andy a très, très bien fait, mais ça n’a pas suffi pour passer en finale.
S’il prend sa retraite, je suis sûr qu’il le fera le cœur léger, en continuant à sourire, heureux et fier d’avoir longtemps fait ce qu’il aimait le plus.
La vie est si courte qu’il n’y a pas d’autre façon de vivre qui vaille la peine.
Bonheur
En 2005, Steve Jobs, le fondateur d’Apple, fut invité à prendre la parole lors de la cérémonie annuelle de remise des diplômes à l’Université Stanford.
Ce discours est demeuré célèbre. Je l’ai souvent fait lire à mes étudiants.
Jobs explique que savoir que la mort est proche et inévitable l’a toujours aidé à prendre des décisions.
Pourquoi? Parce que tout ce qui est superficiel – le jugement des autres, la peur du ridicule, la fierté mal placée –, tout cela devient sans importance devant la mort.
Nous allons, dit-il, mourir et vite. Nous n’avons donc rien à perdre. Nous sommes déjà nus.

Il n’y a donc aucune raison de ne pas suivre son cœur, de ne pas faire ce que vous aimez, ce que vous avez toujours eu envie de faire.

Je regardais Andrew Macdonald et je savais qu’il voyait les choses ainsi.
C’est pourquoi, dans la défaite, j’ai vu un homme heureux.
BRÈVES
LA MÔME
La chanson Non, je ne regrette rien, immortalisée par Édith Piaf, est le cœur de la fabuleuse trame sonore dans laquelle baignent ces Jeux. Piaf est peut-être morte en 1963, mais croyez-moi, à chaque jour qui passe, elle chante de mieux en mieux. Une vraie drogue dure, mais à consommer sans aucune modération.
POUCE
L’hôtel dans lequel je loge se trouve tout près d’un grand boulevard périphérique. J’y vois des jeunes avec des pancartes, faisant du pouce, visant des villes de province. Souvenirs, souvenirs. Une fois, en Europe, quand je vagabondais au début de la vingtaine, ma pancarte disait: «N’IMPORTE OÙ». Je le jure.
DOPAGE
Dans l’affaire Khelif, plusieurs soulignent qu’on ne connaît pas en détail le résultat des tests l’ayant conduit à son exclusion lors des championnats du monde. C’est exact, mais c’est toujours ainsi. Le judoka afghan Samim Faizad vient d’échouer à un test. On n’a communiqué que la date du test et la substance trouvée.
FONT SUER
Pourquoi la distance officielle du marathon est-elle de 42,195 km? Pourquoi pas 42 km pile? Parce que lors des Jeux de 1908, les organisateurs voulurent absolument que la ligne d’arrivée se trouve juste devant la loge royale.