Patrice Bernier

Enfin, on peut parler de soccer!

Enfin, on peut parler de soccer!

Patrice Bernier

Publié 04 mars
Mis à jour 04 mars

Enfin! 

Le ballon roule, le CF Montréal est en plein camp d'entraînement et ça fait du bien de parler de soccer, tout simplement, après le remue-ménage des dernières semaines autour du club. 

L'effectif actuel du club, assemblé par le directeur sportif Olivier Renard, est sans doute le plus jeune de toute l'histoire de l'équipe depuis sa première saison en MLS, en 2012. L'âge moyen de l'équipe tourne autour de 22-23 ans. C'est un beau présage. La jeunesse, c'est ce que l'ère moderne de la MLS propose. Faire partie de la réalité du marché des transferts en développant des jeunes et les optimiser pour voir s'ils peuvent aller ailleurs, ou encore devenir des stars dans cette ligue. 

Olivier n'a pas chômé: l'organisation a effectué huit nouvelles acquisitions au cours de la dernière saison morte. Plusieurs de ces nouveaux joueurs ont des profils intéressants. D'abord un gars comme Bjorn Johnsen, un attaquant norvégien qui est né aux États-Unis et qui, donc, ne prend pas de place internationale. Des grands attaquants de ce modèle-là, on n'en a pas eu beaucoup. Le dernier de ce type qui a fait le travail à Montréal, c'était Didier Drogba. C'est un style de joueur que la majorité des équipes ont. Grand, costaud, habile dans la surface. Il sera intéressant de voir son adaptation à la MLS, c'est un «joueur TAM» qui risque d'être important pour le club cette saison. 

L'Argentin Joaquin Torres a aussi un potentiel intrigant. Il n'est pas trop en vue, on n'en a pas parlé énormément lorsqu'il a été présenté, mais il m'apparaît dynamique, incisif, un joueur qui va dribler, causer des troubles aux adversaires, parce qu'il n'y a pas beaucoup de joueurs de son profil dans l'équipe.  

N'oublions pas le milieu offensif Ahmed Hamdi, qui jouait en Égypte, qui semble prometteur. Il arrive ici à 23 ans. Suivi de près par certaines formations européennes, il pourrait être une bonne prise. De ce qu'on a vu de lui, c'est un joueur qui aime faire jouer et qui peut amener quelque chose au milieu de terrain. 

Il y a aussi Djordje Mihailovic, dont je me souviens bien parce que ses premières années dans la ligue étaient mes dernières. Je me rappelle que c'était un joueur très prometteur quand il avait 17-18 ans, ensuite il a subi une blessure qui lui a fait manquer une saison. Mais je voyais qu'il avait un petit quelque chose au point de vue offensif. Cette prise est intéressante, parce qu'à travers la ligue, il était perçu comme un talent qu'on ne voyait pas quitter Chicago de la sorte. À 22 ans, il est dans la fleur de l'âge et il a encore une grande marge de progression devant lui afin de devenir un très bon joueur en MLS. 

Ces nouveaux profils offensifs apportent non seulement de la profondeur, mais aussi beaucoup de concurrence. On a déjà Romell Quioto, meilleur buteur et joueur de l'année avec le club en 2020, il y a aussi Mason Toye, arrivé l'automne dernier, on a l'ailier Lassi Lappalainen qui revient. On y ajoute Ballou, les jeunes de l’académie. Tous postes compris, ça nous fait une dizaine de joueurs offensifs aux dents longues. On n'a pas eu, à Montréal, autant de possibilités à l'attaque depuis 2015, probablement. Le mot d’ordre cette année, d’ailleurs, est «concurrence». Il y en aura aussi en milieu de terrain et en défense. Ça offrira une palette beaucoup plus large à l'entraîneur qui sera en charge de l'équipe. Il aura ce que j’appelle un «problème de luxe». Il reste à voir comment la cohésion se mettra en place, mais il aura plusieurs options. 

Wilfried Nancy mérite sa chance 

Parlons-en de cet entraîneur, dont on ne connaît pas encore l’identité quelques jours après le départ de Thierry Henry. Clairement, le téléphone d’Olivier Renard doit sonner. Présentement, c’est l’adjoint Wilfried Nancy qui assure une sorte d’intérim alors que le camp commence.  

Et Wilfried Nancy, pourquoi pas? 

En cette ère d’instabilité que la COVID nous apporte, peut-être que miser sur un gars qui connaît la maison est la chose logique plus simple à faire. Comme l’a déjà dit le grand Johan Cruyff, «le football est simple, mais c’est difficile de jouer simple». Wilfried représente une certaine continuité et il est là depuis longtemps. Ça fait cinq ans qu’il est avec l’équipe première. Il dit avoir grandement appris des entraîneurs en chef précédents. Une voix déjà connue auprès des joueurs et une confiance instaurée naturellement.

Évidemment, la continuité est au cœur du processus, alors qu’il faudrait idéalement bâtir sur ce qui a été fait l’année passée. C’est dommage, on aurait aimé voir ce que Thierry Henry aurait pu apporter dans sa saison deux, mais voilà, je pense que Wilfried Nancy pourrait être l’homme de la situation en ce sens. J’ai une pensée pour Brian Schmetzer, des Sounders de Seattle, ou Jim Curtin, de l’Union de Philadelphie qui ont pris les reines après un passage comme entraîneur-adjoint et qui ont connu du succès. 

Heureux pour Ciman 

Laurent Ciman revient à la maison, si on peut dire, en acceptant un poste d’entraîneur adjoint avec le CF Montréal et je dois admettre que je suis très content pour l’homme et sa famille, avant tout.  

Il y avait beaucoup de tristesse lors de son départ. C’est un gars de cœur, qui se donne à fond, il l’a démontré quand il était joueur ici et là, il est de retour.  

Il est connu pour son franc-parler. Lorsqu’on jouait ensemble, je comptais sur lui parce que je savais qu’il allait me donner l’heure juste. Je crois que ça ne changera pas. Dans le monde du coaching, il va certainement apporter cet aspect-là. 

Le camp est en route. Ce sera une saison à suivre!