Les écoles québécoises n’ont jamais été en si mauvais état, même si les travaux se sont multipliés au cours des dernières années. Un nombre record d’écoles trop vétustes pour être rénovées ont même été récemment démolies pour faire place à des constructions neuves.
Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec, en 2018, les sommes consacrées à la rénovation d’écoles ont presque doublé. Les millions supplémentaires n’ont toutefois pas encore permis de corriger le tir : 59 % des écoles primaires et secondaires sont désormais en mauvais état, comparé à 56 % l’an passé.
1 école sur 5 est en très mauvais état
| Indice d'état gouvernemental | Nombre | Pourcentage |
|---|---|---|
| A Très bon | 276 | 10 % |
| B Bon | 361 | 13 % |
| C Satisfaisant | 378 | 14 % |
| D Mauvais | 1037 | 37 % |
| E Très mauvais | 608 | 22 % |
| ND Sans cote | 111 | 4 % |
Écoles en mauvais état (D + E): 59 %
*Dans le cadre de ce dossier, seules les données concernant les écoles primaires et secondaires ont été retenues. Les bâtiments administratifs, les centres de formation professionnelle et les centres d’éducation aux adultes ont été exclus.
«On n’est pas capable d’investir tous les montants qui sont requis pour vraiment maintenir l’état du parc immobilier, c’est pour ça que le parc continue de se dégrader», affirme Caroline Imbeau, sous-ministre adjointe au ministère de l’Éducation.
Les nombreuses rénovations d’écoles qui ont été faites récemment ont toutefois «contribué à freiner cette dégradation», ajoute-t-elle.
Le défi est immense et il ne passe d’ailleurs pas inaperçu en pleine campagne électorale. François Legault a promis cette semaine d’injecter 9 milliards $ en quatre ans pour rénover des écoles, soit presque deux fois plus que dans son dernier mandat.

DÉMOLITIONS PAR DIZAINES
Dans certains cas, des écoles sont si mal en point que la démolition est la meilleure option, avant de les reconstruire à neuf.
Un programme pour financer ce type de travaux a d’ailleurs été mis en place par le ministère en 2020.
Des écoles démolies et reconstruites
| Année | Nombre de demandes soumises* | Nombre de projets financés |
|---|---|---|
| 2020 | 42 | 17 |
| 2021 | 40 | 13 |
| 2022 | 64 | 9 |
Depuis 2020, 39 projets de démolition/reconstruction ont été financés par Québec, ce qui représente une faible proportion des projets déposés.
*Certaines demandes sont soumises à nouveau d’une année à l’autre, il ne s’agit pas de nouvelles demandes chaque année. - Source : ministère de l’éducation.
Depuis deux ans, une quarantaine d’écoles ont été démolies et reconstruites, pour une somme atteignant près de 900 millions $.
Ce type de travaux étaient beaucoup plus rares auparavant, indique Caroline Imbeau.
«On est conscient qu’on a plusieurs de nos bâtiments qui sont dans un état de vétusté très grand et que la meilleure chose à faire, c’est de les démolir et de reconstruire», affirme-t-elle.
Ce sera le cas notamment à Saint-Gabriel-de-Brandon, où les trois écoles primaires seront démolies. D’ici trois ans, tous les élèves seront regroupés dans un bâtiment flambant neuf et beaucoup plus grand.
Mais tous les projets sont loin d’être acceptés, faute de financement. L’an passé, seulement 14 % des projets déposés par le réseau scolaire ont été financés par le ministère de l’Éducation. Plusieurs demandes ont été refusées, si bien qu’à Sainte-Julie, en banlieue de Montréal, la démolition de l’une des pires écoles de la province devra attendre.

608 ÉCOLES VÉTUSTES
Selon les plus récentes données obtenues par Le Journal, 608 écoles primaires et secondaires sont en très mauvais état, soit 22 %.
Ces bâtiments qui reçoivent la cote «E» sont répartis aux quatre coins de la province, même si l’état des écoles varie considérablement d’une région et même d’un centre de services scolaire à l’autre.
Des décennies de négligence mènent parfois à des situations critiques, comme à l’école secondaire Sophie-Barat, à Montréal, où une partie du bâtiment a dû être condamnée d’urgence il y a deux ans parce que le toit menaçait de s’effondrer.
Un «virage majeur» est toutefois bel et bien amorcé, assure Mme Imbeau. Une nouvelle méthode uniformisée d’inspection des bâtiments, qui a commencé à être implantée en 2018, permet maintenant d’avoir un portrait «plus juste et rigoureux» de la situation, afin de mieux cibler quels travaux doivent être réalisés en priorité.

CIBLE REVUE À LA BAISSE
L’uniformisation du processus a aussi fait grimper la facture en cours de route et Québec a dû revoir ses cibles à la baisse, à plusieurs reprises.
Le ministère de l’Éducation évalue maintenant qu’il faudra attendre encore cinq ans avant que 51 % des écoles québécoises ne soient en bon état, une cible jugée « ambitieuse », mais raisonnable », qui a été fixée à 60 % pour 2031-2032.
Pendant ce temps, les élèves subissent les contrecoups de cette cure de rajeunissement qui s’accélère. Des jeunes doivent apprendre au son des scies et des marteaux, alors que plusieurs sont relocalisés pendant les travaux. Ces chantiers s’ajoutent aux agrandissements et aux constructions neuves qui se sont aussi multipliés.
Mais à court terme, les défis restent nombreux. Dans les écoles vétustes où les chantiers tardent à se mettre en branle, plusieurs enseignants et parents tapent du pied, dénonçant des années de négligence qui minent la confiance envers le réseau public.

