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Les écoles les plus délabrées du Québec: des milliers d’élèves forcés de changer d’école à cause des travaux

Photo Daphnée Dion-Viens
Photo portrait de Daphnée  Dion-Viens
2022-09-03T04:00:00Z

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Aux quatre coins du Québec, les déménagements d’élèves se multiplient pour permettre aux écoles de subir une cure de rajeunissement, ce qui ne se fait pas sans heurts.  

E
École primaire
Laurier
CSS de Montréal
Montréal

L’automne dernier, les parents de l’école primaire Laurier, située sur Le Plateau-Mont-Royal à Montréal, ont appris avec stupeur que tous les élèves seront relocalisés à partir de la rentrée dans un autre bâtiment situé dans le quartier Villeray, pour au moins deux ans. 

Dès la rentrée, environ 500 élèves qui avaient l’habitude se rendre à pied à l’école devront s’entasser dans des autobus jaunes, après s’être réveillés plus tôt que d’habitude. 

Plusieurs parents ont dénoncé la situation, déplorant la disparition de leur école de quartier. 

Certains ont choisi d’inscrire leur enfant dans des écoles privées, pour ne pas avoir à vivre ce déménagement, ou de le changer d’école. 

C’est le cas de Mélissa Mansi, qui est monoparentale et n’a pas de voiture. Sa fille commencera sa quatrième année dans une autre école à vocation particulière située près de son boulot. 

«Si elle n’avait pas été acceptée, j’avais décidé de déménager. J’ai fait le choix de payer un appartement plus cher, parce qu’il est situé près de l’école et du métro, pour avoir une qualité de vie. C’est un choix qui ne tient plus, si la qualité de vie n’est plus là», explique-t-elle. 

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5000 ÉLÈVES DÉPLACÉS

Au centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), le déménagement d’élèves est au cœur de la stratégie de revitalisation des écoles. 

Sur une période de trois ans, 5000 élèves auront été déplacés et deux écoles temporaires seront même construites pour les accueillir. 

Les nouvelles écoles «transitoires» représentent un «incontournable dans la réhabilitation du parc immobilier», puisqu’elles permettent de faire des travaux d’envergure dans un délai beaucoup plus court que si le chantier était réalisé en présence des élèves, peut-on lire dans le plan directeur d’investissement. 

Des parents de l’école Laurier qui s’opposent au déménagement des 500 élèves de l’établissement à cause des travaux qui y sont prévus.
Des parents de l’école Laurier qui s’opposent au déménagement des 500 élèves de l’établissement à cause des travaux qui y sont prévus. Photo Pierre-Paul Poulin

Pour Stéphane Chaput, directeur général adjoint à la gestion de la performance finan-cière et de l’efficacité opérationnelle au CSSDM, le déplacement d’élèves représente un véritable «jeu de Tetris» particulièrement complexe à réaliser. 

Il faut trouver l’espace pour reloger des centaines d’élèves, le moins loin possible de l’école en chantier puisque le transport scolaire coûte «une fortune» à Montréal. 

«Il faut bien emboîter les pièces au bon moment», dit-il. 

Les déménagements temporaires d’écoles surviennent aussi dans d’autres régions de la province, même s’ils semblent moins fréquents. 

Au centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay, les élèves de trois écoles primaires auront été relogés temporairement dans une école secondaire située à proximité d’ici les deux prochaines années. 

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DES JEUNES ÉCOPENT

Mais certains élèves paient un prix trop élevé, déplore Nathalie Goudreau, la mère d’une élève de première secondaire de l’école Sophie-Barat, à Montréal, dont une partie des élèves ont été relocalisés dans une école primaire anglophone située dans le quartier voisin. 

La jeune fille, qui doit maintenant prendre deux autobus matin et soir, a mis plusieurs mois avant de s’adapter à sa nouvelle routine. 

«Les premiers mois, ç’a été l’enfer. C’était une source de stress énorme alors qu’elle commençait le secondaire. Je trouve ça inconcevable que les enfants en paient le prix à ce point-là», lance Mme Goudreau.

 

S’instruire dans la cacophonie des marteaux

E
École primaire
Notre-Dame-du-Sacré-Coeur
CSS des Hauts-Cantons
Weedon

La cohabitation entre élèves et ouvriers n’est pas non plus de tout repos. Un nombre grandissant d’élèves doivent apprendre au son des mateaux, puisque les deux mois d’été ne suffisent plus à réaliser tous les travaux. 

Au centre de services scolaire des Hauts-Cantons, où 100 % des établissements sont en mauvais état, les distances sont si grandes entre les écoles situées dans de petites municipalités qu’il est souvent impossible de déplacer les élèves. 

Les apprentissages en prennent alors un coup, déplore Richard Bergevin, président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie. 

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À l’école primaire de Weedon l’hiver dernier, des travaux sur la maçonnerie ont dû être réalisés d’urgence. 

Le chantier s’est étiré sur des mois, ce qui a nui à la concentration des élèves qui ne s’habituaient pas à voir apparaître à tout moment dans les fenêtres des ouvriers, grimpés dans des échafaudages. 

DES ODEURS DE DIESEL

Le chantier a aussi engendré des problèmes de qualité de l’air puisque les fenêtres, qui devaient être ouvertes pour favoriser la ventilation, laissaient plutôt entrer des émanations de diesel provenant des génératrices utilisées sur le chantier, raconte M. Bergevin. 

«Des années de négligence des bâtiments ont maintenant des impacts réels sur les apprentissages, qui sont ralentis à cause de travaux qui doivent être faits dans l’urgence. En bout de ligne, ce sont les élèves qui écopent», déplore-t-il. 

INITIER À LA CONSTRUCTION

Au centre de services scolaire, son directeur général, Martial Gaudreau, reconnaît que la cohabitation entre élèves et ouvriers peut être «un peu dérangeante», mais des profs réussissent à transformer la situation en «objet d’apprentissage», affirme-t-il. 

«Oui, il y a des coups de marteau, mais on en profite pour sensibiliser les élèves aux métiers de la construction.» 

De telles situations se répètent aux quatre coins de la province. Au centre de services scolaire de Montréal, des travaux ont été réalisés en présence des élèves dans 88 écoles l’an passé, ce qui représente près de la moitié des chantiers. 

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