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Forcer son destin amoureux sans une application de rencontre, une quête de plus en plus partagée

Juliette de Lamberterie

2026-03-20T22:55:00Z

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Les agences de rencontre et les événements pour célibataires n’ont pas été aussi populaires depuis longtemps. On plonge dans ce milieu qui se renouvelle encore.

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Danny Lines sur Unsplash
Danny Lines sur Unsplash

Après avoir mis derrière lui une relation qui a duré 20 ans, Jean-François, quarantenaire, père de deux enfants et désormais célibataire, avait soif de nouvelles rencontres. « Je suis tombé sur Tinder, puis sur Facebook Rencontres. Je swipais toute la journée pour essayer de trouver des personnes qui me plaisaient ou pour essayer d’être intéressant pour elles, ce qui n’a pas été un gros succès », confie-t-il.

Jean-François, alias J-F, est lucide par rapport au ratio hommes/femmes disproportionné que présentent ces plateformes et où les hommes sont désavantagés. Mais le manque de réponses restait difficile à encaisser. « Dans les bars, ça a changé aussi. Ce n’est plus comme dans notre temps », dit-il, avec l’impression que les femmes y sont moins ouvertes à rencontrer qu’avant.

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C’est au sein d’un groupe de soutien pour hommes qu’il a rejoint, via l’organisme Autonhommie, que Jean-François a entendu parler d’Amora, une agence de rencontre montréalaise. « C’est un service pour lequel il y a quand même un certain coût. Mais je me suis dit que je sauverais du temps et de l’énergie, que je pourrais mettre mon cerveau à profit ailleurs que sur les sites de rencontres. J’aurais quelqu’un qui travaillerait pour moi. »

Après avec rencontré l’équipe de l’agence, on l’a pris en photo professionnellement — une étape importante du processus. Puis, c’est le début de la quête. Régulièrement, Jean-François reçoit la fiche d’une prétendante, qui reçoit aussi la sienne. Si les deux sont intéressés, ils peuvent entrer en contact l’un avec l’autre et fixer une rencontre. Si la connexion ne passe pas, le processus recommence.

Cette façon de faire n’est pas nécessairement plus efficace que les applis de rencontres. Au bout d’un an, Jean-François était toujours à la recherche de celle qui le ferait vibrer. Avant de résilier son abonnement, il lui restait une rencontre : Nancy.

Nancy, récemment sortie d’une relation de 10 ans, aussi quarantenaire, n’avait donné à Amora qu’un critère pour son futur chum : il devait aimer les chiens. Jean-François, lui, y est allergique. Après avoir reçu la fiche l’un de l’autre, ils ont tout de même accepté de se rencontrer. Au fil de leurs dates, dont les 15 (!) premières ont été soigneusement planifiées par J-F, leur connexion est devenue indéniable. Aujourd’hui, après neuf mois d’amour, les tourtereaux habitent quasiment ensemble, ne pouvant passer leurs nuits loin de l’autre.

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Courtoisie Nancy et Jean-François
Courtoisie Nancy et Jean-François

Mieux voir l’autre

Selon Martin Arsenault, directeur du développement des affaires chez Amora, faire le choix d’une telle agence pour rencontrer un prospect amoureux permet d’éviter certains problèmes posés par les applications de rencontre, notamment l’effet magasinage qui les caractérise. « On y trouve des milliers de profils et ça rend la chose plus difficile. Ça crée un faux sentiment d’abondance et souvent, ça amène de la distraction », dit-il. Ce phénomène, qui nous incite à chercher la meilleure option sans arrêt, fait que bien des gens passent quotidiennement à côté de partenaires potentiels qui pourraient parfaitement leur convenir.

Nancy et Jean-François pensent qu’ils n’auraient pas pu se rencontrer ailleurs. Nancy vient de Montréal, travaille dans l’immobilier et gagne bien sa vie. J-F, lui, est originaire du Lac-Saint-Jean et vient d’un milieu plus modeste. Avec ses deux enfants, il n’avait pas beaucoup d’occasions de socialiser, encore moins dans les restaurants fréquentés par Nancy. Même au supermarché, les chances auraient été minces qu’ils se rencontrent. « Tu ne vas même pas chez Maxi, tu préfères IGA ! », souffle J-F à Nancy en riant.

Courtoisie Jean-François et Nancy
Courtoisie Jean-François et Nancy

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Nancy cherchait un partenaire sans jeunes enfants, ayant mis la préparation des boîtes à lunch derrière elle. Le budget plus mince de J-F aurait aussi pu la refroidir en d’autres circonstances. Mais le processus d’Amora l’a rendue plus flexible. « Parfois, on se ferme des portes. Mais quand tu as payé pour ce service et que tu es rendu à cette étape, tu es plus ouvert aux négociations », dit-elle. « Chaque fois, je me disais : tabarnouche, nous deux... Il y a quelque chose qui vaut la peine d’être vécu. »

Le fait que chaque candidat investisse une somme d’argent dans le processus de rencontre change quelque chose : en plus des entrevues préliminaires et de la vérification des antécédents judiciaires menés par les agences, le coût à payer permet d’assurer que tous les prétendants sont sérieux, qu’ils ont un certain niveau de vie, et qu’ils ou elles ont fait la paix avec leurs anciennes relations, explique Martin Arsenault. Les agences garantissent aussi la confidentialité, ce qui attire particulièrement les profils plus fortunés et médiatisés.

Les agences de rencontre offrent une échelle de forfaits, de la base aux abonnements premium    ; reste que même les plus abordables représentent une somme significative pour la plupart des gens. J-F avait fondé cet investissement en partie sur l’espoir. « J’ai été obligé de me serrer la ceinture pendant trois mois », dit-il. Chez Amora, un forfait de base se situe autour de 1200 $ par année, tandis que le plus élevé démarre à 6000 $. Des services additionnels payants de stylisme ou de coaching sont aussi disponibles. Chez Intermezzo, une autre agence montréalaise d’envergure, les abonnements vont de 4000 $ à 10 000 $ par année.

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Ces coûts importants ne garantissent pas qu’on rencontrera sa personne. Pour Joan S. Paiement, matchmaker chez Intermezzo, c’est néanmoins un investissement qui ne sera jamais perdu. « Il faut s’ouvrir à toutes les opportunités possibles, dit-elle. Les gens qui viennent chez nous font des rencontres de toutes sortes : des relations d’affaires, des amitiés... Et on apprend à se connaître à travers cette démarche. Et ça, ça n’a pas de prix. »

Selon Arsenault et Paiement, la demande pour les agences ne fait qu’augmenter. Avec la fréquence des séparations et des divorces, une pandémie qui a fragilisé nos aptitudes interpersonnelles et un épuisement grandissant lié aux écrans, les célibataires sont nombreux à vouloir faire des rencontres sérieuses, plus posées et loin des réseaux sociaux.

Des soirées pour s’aborder

Si les applications de rencontre exaspèrent bien des gens, les agences de rencontre – et, plus particulièrement, leur coût – ne conviennent pas à tous. Autre option au menu ? Les soirées pour célibataires, qui abondent dans les grandes villes du Québec. Outre les soirées de speed dating traditionnelles, des organisations proposent aujourd’hui des concepts plus interactifs et innovants.

C’est le cas de l’Entremetteuse, alias Lysia Carrier. Son équipe propose des soirées dansantes où les célibataires peuvent se rencontrer librement, mais aussi des activités de slow dating ou de dating conscient, organisées autour de conversations animées ou d’ateliers.

Carrier travaille particulièrement avec les plus de 40 ans, dont beaucoup ont été blessés sur les applications de rencontre, rapporte-t-elle. Certains d’entre eux se referment complètement après des déceptions successives, souvent causées par une absence soudaine de réponse. « Le dating, en 2026, c’est loin d’être le dating de pendant la pandémie, et c’est encore moins le dating d’avant. Il faut totalement se rééduquer, dit Lysia Carrier. Il faut se déprogrammer, puis se reprogrammer avec la bonne façon de faire. Parce qu’on est habitués de dater comme si on achetait un objet. »

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Courtoisie L'Entremetteuse
Courtoisie L'Entremetteuse

Bref, la pandémie, qui nous a incités à, plus que jamais, être en relation à travers des écrans, nous a fait prendre de mauvais plis, dit-elle. Ainsi, en 2022, Carrier a créé un groupe Facebook d’environ cinquante célibataires pour débuter ses événements    ; il comprend aujourd’hui plus de 15 000 membres. Cette communauté, où circulent aussi conseils et discussions, a tout simplement explosé en quelques années.

Courtoisie L'Entremetteuse
Courtoisie L'Entremetteuse

Match-moi, une autre série d’événements pour célibataires, a également décollé d’un coup. Sa fondatrice, Sophie Jolivet, avait fait les mêmes constats que Carrier. Elle explique que certaines personnes ont besoin d’un coup de pouce pour retrouver leur aisance sociale, surtout quand ils sont entourés de monde. « Je ne sais pas si c’est la pandémie ou le mouvement #MeToo, ou juste la modernisation de la société, mais je trouve que les gens ont beaucoup moins tendance à s’aborder en public, parce qu’ils ont peur que ce soit perçu comme du harcèlement, dit-elle. Ils font plus attention, avec raison. D’où l’intérêt d’avoir un espace où on sait que tout le monde est prêt à se faire aborder », explique-t-elle.

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Match-moi propose plusieurs formats d’expériences : des soirées quiz, où les célibataires sont regroupés en petites équipes pour répondre à des questions de culture générale, des soirées de stand-up et même des événements « Présente ton ami·e », qui permettent à des individus de présenter leur camarade célibataire au public à l’aide de diapositives. Bref, des soirées ludiques faites pour relâcher la pression et alimenter la conversation spontanée.

En dehors des applications de rencontre, Jolivet affirme qu’il faut des alternatives aux agences de matchmaking. Déjà, il y a le facteur coût : se rendre à un événement et payer uniquement pour cette soirée est plus accessible que les «dates à 1000 $ » que proposent les agences de rencontre, en ses propres mots. Statistiquement, on a de bonnes chances de trouver quelqu’un d’intéressant parmi les quelque 90 personnes présentes. Elle aborde aussi l’importance de voir les gens en personne dès le début : « C’est difficile de prévoir si on va trouver quelqu’un attirant, dit-elle. Souvent, j’arrivais en date, puis après cinq secondes, je savais qu’il n’y avait pas d’attraction. » Même son de cloche chez Lysia Carrier, de l’Entremetteuse, qui présente ses événements comme une «date zéro », soit l’occasion de se trouver quelqu’un avec qui planifier ensuite un vrai rendez-vous.

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Quelques enjeux, beaucoup de positif

Jolivet et Carrier travaillent toutes deux à temps plein pour leur organisation respective, mais elles éprouvent encore de la difficulté à faire du profit. Elles restent néanmoins convaincues que le service qu’elles offrent est essentiel.

Un enjeu qu’elles ont en commun ? Trouver des hommes qui souhaitent participer. Alors que ceux-ci sont majoritaires sur les applications de rencontre, les équipes d’agences de matchmaking et d’événements pour célibataires ont, au contraire, du mal à en recruter. Jolivet rapporte qu’il est particulièrement difficile de les attirer pour les événements destinés aux plus de quarante ans, et Carrier souligne que les hommes sont systématiquement minoritaires à ses événements, sauf pour les activités de coach en dating. « À partir du moment où on est dans la rencontre plus intellectuelle, il y a plus de femmes », dit-elle.

Tenter sa chance

Match-moi organise aussi des soirées destinés aux personnes 2SLGBTQ+, qui peuvent ainsi profiter de sa recette. Pour ces événements, la salle se divise en deux : d’un côté se trouvent les groupes d’hommes et personnes queers, et de l’autre, les personnes lesbo-queer. À l’un de ces évènements, qui a pris place le 22 janvier au bar Ping-Pong Club de Montréal, l’ambiance était joyeuse et bruyante.

Juliette de Lamberterie
Juliette de Lamberterie

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Le jeu se déroule en trois manches de 10 questions de culture générale   ; après chaque manche, les groupes changent pour maximiser les rencontres. Entre les manches, les participants ont du temps pour échanger, pour rebondir sur un sujet abordé dans une question ou découvrir leur passion commune pour l’histoire, par exemple.

« Simplement rencontrer des gens, c’est super gênant », dit Océane, 25 ans, une participante à l’événement. « Pouvoir tisser du lien autour d’une activité partagée aide beaucoup », dit-elle.

À travers la salle du bar, les conversations vont bon train après la fin du jeu, sous fond de musique entraînante. L’activité a été fructueuse pour Nova, un homme de 27 ans. « Ça s’est très bien passé. J’ai une ou deux personnes en vue », dit-il en plus de nous confier son intention d’aller leur demander leur numéro de téléphone. « Dans le milieu gai, la plupart du temps, c’est sur les applis qu’on fait des rencontres. Ici, c’est l’occasion de voir si la vibe passe ou pas ».

Jasmine, 26 ans, a apprécié le contexte détendu du quiz en groupe. « On n’était pas en mode speed dating ni performance », dit-elle.

Plus loin dans la pièce, deux femmes ont l’air de bien s’entendre : elles parlent vivement, proches l’une de l’autre, peut-être à cause de la musique. Marie, 42 ans, a été emmenée ici par des amis, tandis que Marie-Ève, 35 ans, est sortie de sa zone de confort et est venue seule. Questionnées à savoir si elles ont fait des rencontres prometteuses, elles sourient toutes les deux en acquiesçant. Une suite romantique est-elle à prévoir ? « On ne sait jamais », répondent-elles l’une à la suite de l’autre, échangeant un regard complice. « Pourquoi pas ? »

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