Tous les résultats
Publicité

Club libertin 101: tout ce qu'il faut savoir avant d'y mettre les pieds

Photo portrait de Flore Tellier

Flore Tellier

2026-04-24T22:55:00Z

Partager

On m’a donné rendez-vous dans un club libertin : imprudence ou terrain d’exploration ?

• À lire aussi : Après Lady Bridgerton, voici 6 séries et films où des femmes de 50 ans et + redécouvrent le sexe

• À lire aussi : Témoignages : des histoires de premières fois qui prouvent que l’amour surprend toujours 

• À lire aussi : Attention, cette technique de manipulation fait des ravages dans le monde du « dating »

Quand on est le moindrement romantique dans l’âme, qu’on raffole de sincérité ou de rencontres hasardeuses comme dans les films... les rencontres en ligne manquent souvent de naturel, de spontanéité (ou de passion). C’est ce dont je discutais avec enthousiasme avec mon plus récent match sur les applications de rencontre, quand le candidat potentiel m’a proposé une idée de premier rendez-vous qui aurait étrangement pu me plaire tant elle était hors norme... si elle ne m’avait pas complètement terrifiée.

Publicité

« Et si on allait prendre un verre au bar du club libertin ? Pour faire nos voyeurs et avoir une bonne histoire à raconter ? », m’a-t-il lancé, aussi candide que sérieux. Pour sortir du lot, il marquait des points, c’est certain. Ça aurait pu me faire douter de ses intentions, mais mon sixième sens est assez aiguisé dans mes rencontres en ligne. Après tout, nous avions déjà établi n’être qu’en recherche de compagnie occasionnelle.

Mon instinct me disait qu’il ne cherchait qu’à ouvrir ses horizons et à pimenter ses soirées d’un brin d’extravagance. Je me suis demandé si c’était normal que je n’aie jamais, moi-même, songé m’initier à une telle expérience. Je me pensais pourtant ouverte d’esprit. Mais un club libertin ? Ce délire dépassait mon imagination. J’ai tout de suite été submergée de questions : est-ce réellement sécuritaire ? N’est-ce pas clandestin ? Peut-on vraiment aller prendre un verre dans un endroit pareil sans s’impliquer sexuellement avec de parfaits étrangers ? Cette pratique n’est-elle pas réservée qu’aux couples ?

Cette discussion avait déclenché une réflexion que je ne pouvais plus ignorer.

Club libertin 101

Un club libertin est un établissement privé (réservé à ses membres) où des adultes consentants peuvent socialiser dans un cadre explicitement orienté vers la sexualité et l’exploration intime. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un lieu clandestin. La prostitution est bien illégale, mais les rapports consensuels entre adultes ne le sont pas. Par ailleurs, l’expression « club échangiste » est fréquemment utilisée à tort dans ce contexte, puisqu’elle renvoie spécifiquement à l’échange de partenaires entre couples, alors que le libertinage englobe un spectre plus large de pratiques.

Publicité

La plupart des clubs du genre fonctionnent sur la base d’un système d’adhésion. Inscription préalable, vérification d’identité et, dans certains cas, conservation des informations des membres à des fins de sécurité. Les espaces sont généralement divisés en deux zones : un bar ou un salon pour discuter et prendre un verre (tout habillé), et une section plus intime, souvent à l’étage, où se trouvent les chambres.

C’est en outre ce qui a étonné Catherine, aujourd’hui dans la trentaine, qui a fréquenté la communauté pendant plusieurs années. Elle se souvient avoir été nerveuse lors de sa première expérience, mais dit avoir été « très agréablement surprise » par les mécanismes de sécurité mis en place. Le Club L à Montréal, qu’elle recommande, oblige une visite des lieux et le consentement verbal avant toute interaction avec d’autres membres. Les consommations d’alcool y sont d’ailleurs limitées et surveillées par un personnel vigilant et à l’aide d’un système de bracelets numérotés. De plus, il est interdit d’apporter son verre dans les chambres. L’objectif : éviter que l’alcool brouille le consentement.

Dans l’imaginaire collectif, le club libertin est souvent caricaturé comme un endroit où « tout le monde couche avec tout le monde » et où l’ambiance est forcément insistante, voire menaçante. Bon. Le canapé de cuir, lui, n’est pas un mythe... Or, ce que j’entends en abordant le sujet avec des habitués est beaucoup plus nuancé. On peut très bien rester au bar toute la soirée. Observer, socialiser et partir quand bon nous semble. On peut se joindre à une chambre et même en fermer la porte sans la pression de « s’échanger ».
Publicité

Courtoisie Club L Montréal
Courtoisie Club L Montréal

Le simple fait d’être dans un espace plus assumé sur le plan sexuel peut créer une tension nouvelle, sans pour autant nous inciter à franchir d’autres étapes. 

Audrey, qui a tenté l’expérience en couple à quelques reprises, me racontait d’ailleurs avoir été surprise par le rythme des interactions. Elle s’attendait à ce que les échanges avec les membres soient plus directs, plus faciles à initier. Selon elle, les gens étaient ouverts à discuter, mais pas nécessairement entreprenants au-delà de la conversation.

Audrey et son conjoint ont choisi l’établissement en fonction d’un critère précis : le contrôle du ratio. Le club n’accepte pas d’hommes seuls, une politique qui vise à éviter un déséquilibre dans la salle.

Autre nuance importante : libertinage n’est pas synonyme de BDSM. Le BDSM regroupe des pratiques liées au bondage, à la domination et à la soumission, où les jeux de rôle et de pouvoir sont au centre de l’expérience. Ce sont deux univers distincts, avec des codes et des communautés différentes, bien qu’ils puissent parfois s’entrecroiser.

• À lire aussi : Voici la meilleure journée pour planifier un premier rendez-vous 

Liberté, désir et altérité

Dans ces conditions, que vient-on chercher — et que peut-on trouver — dans un club libertin ? La réponse, comme c’est souvent le cas lorsqu’on parle de sexualité, dépend du contexte.

Publicité

Emmanuelle Blouin, professionnelle en sexologie et fondatrice de la plateforme Cœurs à nu, rappelle d’abord que les gens qui passent à l’action sont généralement motivés par la curiosité. Mais pour certains individus, explorer cette pratique, c’est aussi remettre en question une norme profondément ancrée dans notre société : celle que l’intimité érotique doit être exclusivement partagée avec une seule personne.

Selon elle, lorsque les bases d’un couple sont solides, ce genre d’aventure peut même raviver le désir. Elle évoque le concept d’« altérité », popularisé par la psychothérapeute belge-américaine Esther Perel, qui est le fait de reconnaître que notre partenaire est un être distinct, autonome et dont la sexualité ne nous appartient pas. Voir sa douce moitié désirée par d’autres, ou simplement évoluer dans un contexte plus libre peut parfois agir comme un rappel de cette distance nécessaire au désir.

  • Je t'aime, je te trompe : repenser l'infidélité pour réinventer son couple, par Esther Perel

Mais réduire le libertinage aux couples serait passer à côté d’une partie de la réalité. Catherine, qui était une célibataire au début de la vingtaine lors de ses premières expériences en club, explique que les jeunes y sont désormais plus présents. Cela s’explique par le fait que les clubs élargissent leur clientèle et organisent des soirées spécifiques pour les 25-30 ans, par exemple. « C’est plus ouvert aujourd’hui », précise-t-elle.

Publicité

Catherine se remémore ces moments comme étant libérateurs. Elle dit avoir appris à mieux connaître ses limites, ses envies, et à ne plus se fier uniquement à l’apparence ou au statut social dans ses interactions. Elle se rappelle des discussions « sur des thèmes absolument improbables », parce que « la barrière entre un docteur et une éducatrice à la petite enfance n’existe plus ». Dans ce contexte, paradoxalement, la sexualité devient moins sujette à l’obsession, puisque « le sous-entendu est déjà là ». Tout le monde sait pourquoi il est là. Elle évoque un sentiment d’égalité entre les membres, comme si les hiérarchies habituelles s’effaçaient une fois la porte franchie.

Les effets ne sont toutefois pas les mêmes selon le contexte relationnel. Même Audrey, dont l’expérience a été plus mitigée, reconnaît que le simple fait d’être dans cet environnement leur a offert une certaine intimité. « Ça nous avait permis d’avoir des rapprochements ensemble », déclare-t-elle, même si cela n’a pas transformé leur dynamique à long terme.

Autrement dit : dans certains contextes, l’expérimentation peut nourrir la communication, la curiosité et la complicité. Mais pas toujours.

• À lire aussi : Voici les 7 fantasmes les plus fréquents chez les femmes

Publicité

Émancipation... ou humiliation ?

Emmanuelle Blouin le dit clairement, en parlant du voyeurisme et de l’exhibitionnisme : pour certaines personnes, couver des yeux sans participer est déjà une exploration. Pour d’autres, se faire regarder est un fantasme. Et pour d’autres encore, il n’y a là rien d’attirant. L’important, c’est de ne pas « performer » l’expérience, rappelle la professionnelle en sexologie.

Le libertinage n’existe pas en vase clos. Les dynamiques sociales suivent les gens, même dans les endroits où l’on veut tout réinventer. Pour certaines femmes, être désirée est un sentiment puissant, validant, excitant. Pour d’autres, ça peut générer un malaise, l’impression d’être réduite à un corps.

Catherine, elle, a noté une différence entre le milieu supervisé des clubs libertins et leurs équivalents en ligne. Elle parle de slut-shaming, d’agressivité, de menaces et d’un climat toxique sur plusieurs sites. Elle évoque un point clé : sans cadre réel, le consentement se fragilise, surtout quand on est caché derrière un écran et qu’il est facile de se recréer un profil. L’ex-adepte de libertinage incite quiconque s’y intéresse — « surtout les femmes seules » — à adopter certaines consignes de sécurité, peu importe le médium choisi. « Si on y va seule, on informe toujours quelqu’un de l’endroit où l’on est. Et si on sort avec quelqu’un dans un club, on doit s’assurer de connaître son identité a priori. C’est une règle de base pour avoir l’esprit tranquille. » Si ces conseils dépassent largement le libertinage, ils prennent une autre ampleur dans un univers où les pseudonymes et la désinhibition peuvent brouiller les repères.

• À lire aussi : L’érotisme en audio ? Cette nouvelle tendance réveille notre libido

Publicité

Quand le libertinage devient un symptôme plutôt qu’une solution

Si la curiosité peut être saine, l’usage du libertinage comme pansement relationnel l’est beaucoup moins. Emmanuelle Blouin insiste sur un phénomène qu’elle constate en consultation avec les amoureux : le libertinage est souvent abordé comme une « solution » à une crise de couple. C’est, selon elle, là où le terrain devient glissant. Parce qu’une exploration sexuelle, aussi excitante soit-elle sur papier, ne répare pas une connexion déjà fissurée.

Elle insiste particulièrement sur la notion de choix pleinement autonome.

 « Si c’est un dernier recours, par exemple dans le cas où l’une des personnes a peur de perdre l’autre, on parle d’un consentement qui n’est pas nécessairement libre et éclairé, parce qu’il y a une pression implicite. Ou parce que les conséquences, si l’on refuse, sont grandes. » Dans ce contexte, « aller voir ailleurs » risque d’amplifier les insécurités plutôt que de les apaiser.

Audrey abonde en ce sens : avec le recul, elle a réalisé que certains besoins n’étaient pas comblés dans sa relation. « Je me suis rendu compte que ça n’allait pas régler nos problèmes. » Ce constat n’invalide pas l’expérience en soi, mais il rappelle que l’ouverture sexuelle ne résout pas une incompatibilité émotionnelle ou un manque d’intimité relationnelle plus profond. Cette dernière a l’impression d’avoir confirmé le préjugé qu’elle entretenait face aux couples qui fréquentent ces établissements.

Publicité

Emmanuelle nuance. Pour certains ménages, la pratique peut ajouter une dimension nouvelle à une relation déjà stable. « Quand le couple est suffisamment solide et qu’il a envie d’aller chercher un plus, pas de combler un manque », précise-t-elle toutefois.

Autre élément à considérer avant de s’y rendre en duo : la gestion des limites. Ne pas les définir à l’avance, ou les modifier sous le coup de l’émotion peut créer des tensions inattendues.

Emmanuelle recommande d’ailleurs de discuter des règles en amont, idéalement dans un contexte calme, et non sur le moment. Elle suggère un accompagnement externe, comme les services d’un·e sexologue, afin de structurer la démarche. Parce qu’avec un sujet encore tabou, les conseils des proches peuvent être maladroits ou teintés de jugement. Et parfois, on a besoin d’un espace neutre pour trouver les bons mots.

Enfin, la fondatrice de Cœurs à nu souligne que l’estime de soi demeure essentielle. Elle invite d’abord à « aller voir dans quelle autre partie du couple on peut venir renforcer la connexion », avant même de penser à ouvrir la relation.

Publicité

Après avoir recherché et questionné, je comprends mieux comment l’idée peut séduire. Je comprends aussi pourquoi elle peut nous confronter. Je repense à mon match et à sa proposition, qui m’avait à la fois intriguée et terrorisée. Finalement, je réalise que ce qu’on considère comme « normal » ou « hors-normes » dépend de tout un chacun. L’important est de rester fidèle à ses préférences et d’écouter ses propres limites.

Quant à moi, je n’aurai peut-être pas osé mettre les pieds dans un club libertin pour une première date, mais au moins... j’y aurai mis le nez !

• À lire aussi : Le coût de la vie explique peut-être votre célibat : voici pourquoi 

• À lire aussi : Un premier rendez-vous... avec ou sans maquillage ?

S’initier sans se brûler

À ce stade, une chose est claire : on peut être ouvertes sans être prêtes. On peut vouloir découvrir sans se brusquer. Et l’on peut aussi décider que ce n’est pas pour soi. Mais si l’on s’initie, mieux vaut le faire avec une boussole :

  • Clarifier ses motivations. Est-ce par curiosité ? Par envie commune ? Ou pour combler un manque ?
  • Discuter des règles à l’avance. Qu’est-ce qui est permis ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Que fait-on si l’un des deux change d’avis ?
  • Y aller graduellement. Rien n’oblige à s’impliquer sexuellement. Prendre un verre ou observer constitue déjà une première étape.
  • Choisir le lieu avec soin. Consulter les politiques sur les ratios de genres, la gestion de l’alcool et la présence du personnel : tous les clubs ne se valent pas.
  • Écouter son malaise. Si on ne se sent pas bien, peu importe la raison, on n’hésite pas à partir.

• À lire aussi : Forcer son destin amoureux sans une application de rencontre, une quête de plus en plus partagée

• À lire aussi : Pourquoi voit-on autant de pénis à l’écran depuis quelques années ? 

• À lire aussi : Romans osés : 10 livres « smut » pour faire monter la température cet hiver

À VOIR AUSSI :

Publicité
Publicité