Corruption alléguée au Qatar: Ottawa a donné un autre contrat à un homme au coeur d'une enquête
Notre Bureau d'enquête a déjà révélé que Marar Al Jundy bénéficie d'un contrat de 2 G$ pour l'entretien de tanks de l'armée canadienne

Dominique Cambron-Goulet et Jean-François Cloutier
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Ottawa a donné un autre contrat à un promoteur immobilier montréalais qui se trouve au cœur d’une enquête pour des paiements douteux de plus de 100 M$ à l’entreprise d’un membre de la famille royale du Qatar.
Le gouvernement fédéral a octroyé en décembre près de 700 000 $ à First Quantum Services pour la fourniture d’un camion chargeur, qui sert entre autres au déneigement à la base de la Garde côtière de Québec.
Or, le principal actionnaire de cette firme, Marar Al Jundy, est un acteur clé dans une histoire de corruption survenue au Qatar, actuellement sous enquête.
Ce n’est pas la première fois que cet homme bénéficie d’un contrat fédéral.
En janvier, notre Bureau d’enquête et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel révélaient que KNDS Canada, une entreprise dont M. Al Jundy est administrateur et actionnaire, réalise l’entretien des tanks de l’armée canadienne, dans le cadre d’une entente de 2 G$.
First Quantum Services a de plus reçu 1,3 M$ pour d’autres contrats de défense, dont la fourniture de pièces de sous-marins.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Acteur clé
De nouveaux documents obtenus par notre Bureau d’enquête et Der Spiegel démontrent que Marar Al Jundy et son frère Labid étaient fort impliqués dans une vente de tanks d’une valeur de 2 milliards d’euros par KNDS à l’armée du Qatar en 2013.
Marar et Labid Al Jundy étaient respectivement vice-président et directeur général de l’entreprise Kingdom Projects, dont l’actionnaire principal était le général Ahmed Nasser Al Thani. Ce dernier est un ancien responsable du renseignement et membre de la famille royale du Qatar.

Au nom de Kingdom Projects, les deux frères ont notamment envoyé à KNDS (appelé à l’époque KMW) une facture de 47 millions d’euros pour une commission sur la vente des tanks.
D’autres documents démontrent qu’ils ont négocié des commissions pour l’achat d’autres véhicules militaires par le Qatar, mais on ignore si des montants ont été versés.
Marar et Labid Al Jundy sont depuis devenus promoteurs immobiliers à Montréal. Leur entreprise Développement MTL possède pour plus de 32 M$ d’actifs dans la métropole.
L’automne dernier, Labid Al Jundy a nié avoir « participé » ou « agi en qualité d’intermédiaire dans quelque transaction d’armement que ce soit ».
« Aucun fondement »
Dans une lettre envoyée par un avocat, KNDS confirme que des commissions ont été versées pour les tanks, mais réfute toute allégation de corruption.
« Il n’existe aucun fondement crédible à l’appui de la grave allégation formulée dans vos questions », indique l’entreprise.
Nous avons tenté de parler avec KNDS Canada à une importante foire militaire à Ottawa, mais ceux-ci ont refusé toute entrevue.
Le ministère de la Défense du Canada, a mis un mois pour indiquer qu’il suit l’enquête sur les allégations de corruption « avec attention ».
Le ministre David McGuinty, qui s’est rendu au Qatar ces dernières semaines, n’a pas donné suite à nos nombreux appels et relances depuis janvier.
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