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Enquête déclenchée chez un important fournisseur militaire d’Ottawa

Des allégations de corruption sont au cœur d’une enquête interne lancée après notre reportage sur KNDS

Les chars Leopard de l'armée canadienne sont désormais entretenus par une entreprise dont les dirigeants ont des liens étroits avec le Qatar. Sur la photo, un blindé canadien en entraînement en Lettonie, en 2024. En mortaise, l'actuel amabassadeur du Qatar en Russie Ahmed Nasser Jassim Al Thani et l'administrateur de KNDS Canada Marar Al Jundy.
Les chars Leopard de l'armée canadienne sont désormais entretenus par une entreprise dont les dirigeants ont des liens étroits avec le Qatar. Sur la photo, un blindé canadien en entraînement en Lettonie, en 2024. En mortaise, l'actuel amabassadeur du Qatar en Russie Ahmed Nasser Jassim Al Thani et l'administrateur de KNDS Canada Marar Al Jundy. Forces armées canadiennes, Ambassade du Qatar à Moscou et source journalistique

Dominique Cambron-Goulet et Jean-François Cloutier

2026-04-29T06:00:00Z

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Un géant de l’armement, à qui Ottawa a confié un contrat de 2 G$ pour l’entretien des chars d’assaut de l’armée canadienne, déclenche une enquête interne sur des allégations de corruption.

L’entreprise franco-allemande KNDS a confirmé lundi le lancement d’une investigation « à la lumière de la résurgence d’allégations concernant un contrat ».

En janvier, notre Bureau d’enquête et le magazine allemand Der Spiegel révélaient des informations sur la possible corruption d’un général qatari par KNDS en lien avec l’achat de blindés par l’armée de son pays en 2013.

Une entreprise détenue majoritairement par un responsable du renseignement militaire qatari, le cheikh Ahmed Nasser Al Thani, aurait touché plus de 113 millions de dollars canadiens en commission.

L’ambassadeur du Qatar en Russie et ancien responsable du renseignement de l’armée qatarie, Ahmed Nasser Jassim Al Thani, en compagnie du guépard Klara.
L’ambassadeur du Qatar en Russie et ancien responsable du renseignement de l’armée qatarie, Ahmed Nasser Jassim Al Thani, en compagnie du guépard Klara. Photo tirée de INSTAGRAM, BOSS QATAR

En janvier, KNDS avait affirmé que « la transaction commerciale effectuée avec l’émirat du Qatar s’est déroulée de manière parfaitement correcte ».

Dans un courriel transmis lundi, le ton du géant avait nettement changé.

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« En lien avec l’engagement de KNDS de promouvoir les standards les plus élevés en matière de conformité et d’éthique, le groupe a lancé une investigation qui inclut de réévaluer certaines vérifications déjà effectuées. Nous ne commenterons pas davantage pour l’instant », indique la porte-parole Veronique Creissels.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Comptables insatisfaits

Selon nos informations, la firme juricomptable PWC refuse de se porter garante des états financiers de KNDS avant que cet examen ne soit complété, au moment où l’entreprise s’apprête à entrer en Bourse.

L’examen de probité est mené par un prestigieux cabinet d’avocats londonien, Freshfields, avons-nous appris.

L’enquête porterait non seulement sur la corruption alléguée du général Al Thani, aujourd’hui ambassadeur du Qatar en Russie, mais aussi sur la filiale KNDS Canada.

Un char Leopard de l'armée canadienne en action en Lettonie le 25 avril 2026.
Un char Leopard de l'armée canadienne en action en Lettonie le 25 avril 2026. Photo OTAN

Canadien au cœur de l’affaire

Au cœur de cette histoire se trouve Marar Al Jundy, un Canadien résidant au Qatar, qui est également un important propriétaire immobilier à Montréal.

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Après avoir dirigé les entreprises du général Al Thani durant des années, il est aujourd’hui un actionnaire majeur de KNDS Canada, la filiale responsable de l’entretien des tanks canadiens.

En janvier, nous révélions aussi que son président-directeur général, Omar Bitar, a œuvré pour les entreprises du général Al Thani et sa famille au Qatar.

L'administrateur et actionnaire indirect de KNDS Canada, Marar Al Jundy (au centre), lors d'une visite d'une base militaire à Müllheim en Allemagne en mars 2012. À droite, le brigadier de l'armée qatarie Mohammed Saleh Al Shahwani.
L'administrateur et actionnaire indirect de KNDS Canada, Marar Al Jundy (au centre), lors d'une visite d'une base militaire à Müllheim en Allemagne en mars 2012. À droite, le brigadier de l'armée qatarie Mohammed Saleh Al Shahwani. Photo fournie par une source journalistique

Milliards en défense

Cet examen interne survient au moment où le gouvernement canadien souhaite faire pleuvoir les milliards sur l’industrie de la défense. 

Services publics et Approvisionnement Canada indique être au courant des « renseignements défavorables concernant KNDS Canada » et affirme « suivre la situation de près ». 

« À l’heure actuelle, l’entreprise ne fait l’objet d’aucune restriction en vertu de la Politique d’inadmissibilité et de suspension », précise le ministère.

Rappelons que le gouvernement canadien a accordé la deuxième cote de sécurité la plus élevée de l’OTAN, soit « Secret OTAN », à KNDS et KNDS Canada en lien avec le contrat d’entretien de ses véhicules de type Leopard 2.

Le ministre de la Défense du Canada, David McGuinty, n’a jamais voulu commenter notre reportage.

En entrevue à QUB jeudi dernier, il a affirmé qu’il attendait « un breffage complet » sur le dossier, bien que notre Bureau d’enquête ait sollicité sa réaction il y a déjà plusieurs mois.

Entrée en Bourse retardée ?

La bourse de Francfort.
La bourse de Francfort. REUTERS

L’enquête commandée par KNDS pourrait avoir un impact sur son entrée en Bourse très attendue cet été.

Des analystes s’attendaient à ce que l’armurier soit valorisé à près de 23 milliards d’euros (36 milliards de dollars canadiens) à la Bourse de Francfort.

Actuellement, le gouvernement français et la famille allemande Bode-Wegmann détiennent KNDS à parts égales.

Plusieurs médias européens ont rapporté que le gouvernement allemand souhaite devenir un important actionnaire avec l’acquisition de près de 25 % des titres.

– En collaboration avec Der Spiegel

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Contactez-nous à dominique.c-goulet@quebecormedia.com et jean-francois.cloutier@quebecormedia.com.

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