Le nouveau Klondike dans l’industrie militaire du Canada
La foire CANSEC 2026, le grand bazar de la défense canadienne à Ottawa, a réuni 20 000 participants, reflétant un virage radical dans la politique militaire canadienne

Raphaël Pirro et Jean-François Cloutier
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Des vendeurs d’armes, des politiciens canadiens et internationaux, de hauts gradés militaires et des espions avaient rendez-vous à Ottawa à l’occasion d’une foire militaire annuelle qui a pris une ampleur jamais vue cette année, certains ayant choisi de tenir leurs discussions à l’abri des regards publics.
« C’est sans aucun doute la plus grosse édition de tous les temps, ce qui reflète un changement radical dans les douze derniers mois sur comment le gouvernement fédéral du Canada voit et aborde la défense », a estimé Christyn Cianfarani, la PDG de l’Association canadienne des industries de défense et de sécurité (AICDS), l’organisateur de la foire.
Sans précédent
Quelque 20 000 personnes étaient enregistrées cette année pour cet événement du nom de CANSEC.
Le Canada sous Justin Trudeau avait promis d’atteindre la cible des 2 % du PIB en dépenses militaires après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022.
Les choses se sont emballées avec l’arrivée de Mark Carney, qui promet plus de 80 G$ d’argent neuf avant la fin de la décennie et 5 % du PIB par année d’ici 2035, soit plus de 100 G$ par année.
La foire avait l’allure d’une sorte de salon de l’auto exubérant pour acheteurs et vendeurs d’armes.
Des fabricants de chars d’assaut, de drones, de sous-marins, de munitions, de missiles et d’avions de chasse, entre autres, étaient en mode séduction, certains présentant des modèles grandeur nature de leur matériel.

De nombreuses entreprises du Québec étaient présentes dans l’espoir de signer éventuellement de juteux contrats (voir autre texte).
À l’abri des regards
Notre Bureau d’enquête s’était rendu au salon notamment pour y rencontrer des représentants de KNDS Canada, une filiale du géant de l’armement européen KNDS.
Nous avons été informés que l’espace réservé à l’entreprise se trouvait dans une zone à l’abri du public. Un représentant de l’entreprise, le Québécois Luc Petit, nous a dit que l’entreprise ne ferait aucune entrevue, avant d’aviser le personnel du salon de ne pas nous laisser entrer dans le secteur non accessible.

KNDS, qui a raflé un contrat de 2 milliards avec Ottawa en 2024, a déclenché une enquête interne en avril sur des allégations de corruption, a rapporté notre Bureau d’enquête.
L’enquête se pencherait non seulement sur la corruption alléguée d’un général qatari, aujourd’hui ambassadeur du Qatar en Russie, mais aussi sur la filiale KNDS Canada.
Hausse massive du lobbyisme
L’industrie se bouscule afin d’obtenir une part du gâteau, que ce soit lors de grands salons comme CANSEC ou en coulisses.
De mars 2025 à février 2026, les rencontres rapportées entre le ministère de la Défense et les lobbyistes ont bondi de 55 % par rapport à la même période l’année précédente, selon les données du registre des lobbyistes. La hausse depuis 2022-2023 dépasse les 100 %.
Ces chiffres ne sont que « la pointe de l’iceberg », selon Duff Conacher de Democracy Watch. « Il existe tellement de trous dans la loi sur le lobbyisme qu’on ne connaît pas vraiment l’étendue de la chose ».