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De marchands d’armes au Qatar à promoteurs immobiliers ici

Les frères Al Jundy (à gauche) lors d'une visite d'une base militaire en Allemagne en 2012, en compagnie de responsables de l'armée qatarie. En mortaise, la Tour Fides au centre-ville de Montréal.
Les frères Al Jundy (à gauche) lors d'une visite d'une base militaire en Allemagne en 2012, en compagnie de responsables de l'armée qatarie. En mortaise, la Tour Fides au centre-ville de Montréal.

Dominique Cambron-Goulet et Jean-François Cloutier

2026-01-19T05:00:00Z

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Deux frères mêlés à des allégations de corruption et ayant administré des entreprises faisant du commerce d’armes au Qatar sont en parallèle devenus d’importants promoteurs immobiliers à Montréal.

• À lire aussi: Ottawa confie ses tanks à des hommes liés à des transactions controversées au profit d’un général du Qatar

Depuis 2014, les frères Marar et Labid Al Jundy ont acquis au moins 32 M$ d’immobilier dans la métropole, entre autres le complexe Bourbon, rue Sainte-Catherine, et la tour Fides, sur René-Lévesque.

Comme le rapportaient vendredi notre Bureau d’enquête et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Marar Al Jundy administre aussi une entreprise chargée de l’entretien des chars d’assaut canadiens, dans le cadre d’un contrat de 2 G$ octroyé par Ottawa.

Au tournant des années 2010, les frères étaient les principaux dirigeants d’entreprises liées au général Ahmed Nasser Jassim Al Thani, un membre de la famille royale du Qatar.

Ces entreprises ont été mêlées à une controverse en Allemagne sur la légalité de dizaines de millions d’euros en commissions pour la vente de tanks à l’armée qatarie.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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Acheté du Qatar

En 2014, alors qu’ils vivaient tous les deux au Qatar, les frères Al Jundy ont acquis un premier immeuble à Montréal, le complexe Bourbon.

Leur entreprise Investissements MSC Canada a payé 3 M$ comptant pour acheter cet ancien hôtel et bar iconique du quartier gai.

Après avoir détruit l’édifice, ils ont érigé un immeuble à condos de luxe qui a causé certains remous à cause de sa hauteur et du prix des logements.

Le Complexe Bourbon, situé dans le village à Montréal.
Le Complexe Bourbon, situé dans le village à Montréal. Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Dans une entrevue à La Presse en 2018 à propos de ce projet, Labid indiquait être revenu à Montréal, après avoir «fait fortune» au Qatar grâce à la compagnie Multi Services Company (MSC) Qatar.

Comme nous le révélions jeudi, cette entreprise est liée au général Al Thani et fait dans le commerce d’équipements militaires et de blindés.

Jusqu’en 2018, elle indiquait sur son site internet être une «société sœur» de MSC Canada.

De nouveaux projets
Le projet Sainte-Rose à Laval est en ce moment en construction.
Le projet Sainte-Rose à Laval est en ce moment en construction. Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

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L’entreprise des frères Al Jundy est derrière deux autres projets immobiliers: la tour Fides, située dans le quartier des spectacles, et le projet Sainte-Rose, à Laval.

Ils ont acquis la tour Fides au coût de 10 M$ en 2017. Toujours comptant, Labid a acheté la même année une maison de 5 M$ à Westmount.

La Tour Fides, qui abritait autrefois la maison d'édition du même nom, est désormais composée d'appartements locatifs.
La Tour Fides, qui abritait autrefois la maison d'édition du même nom, est désormais composée d'appartements locatifs. Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Il nie tout lien

«Il n’existe aucun lien capitalistique, commercial ou opérationnel entre mes activités au Canada et toute entreprise au Qatar», nous a écrit par courriel Labid Al Jundy, qui a décliné notre demande d’entrevue.

«Plusieurs informations qui ont circulé à l’époque – notamment dans certains médias étrangers – étaient inexactes ou sorties de leur contexte», a-t-il dit à propos des commissions controversées rapportées dans la presse allemande en 2019.

Bien qu’il ait confirmé en cour avoir signé au moins une entente commerciale avec une entreprise d’obus, Labid a affirmé que ni lui ni son frère n’ont «participé ni agi en qualité d’intermédiaire dans quelque transaction d’armement que ce soit».

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Il a assuré que ses activités depuis plusieurs années étaient «strictement civiles et immobilières».

NDLR Labid orthographie son nom «Aljundi» dans tous ses documents officiels. Par souci de cohérence, nous avons choisi de l’écrire comme le fait son frère, Marar, soit «Al Jundy».

Honoré par HEC après un don

La salle de cours «Labid Aljundi» dans le pavillon principal des HEC. Les deux frères n'orthographient pas leur nom de famille de la même manière, y compris dans les documents officiels. Labid l'écrit «Aljundi», tandis que son frère, Marar, utilise la graphie «Al Jundy».
La salle de cours «Labid Aljundi» dans le pavillon principal des HEC. Les deux frères n'orthographient pas leur nom de famille de la même manière, y compris dans les documents officiels. Labid l'écrit «Aljundi», tandis que son frère, Marar, utilise la graphie «Al Jundy». Photo Dominique Cambron-Goulet

HEC Montréal a nommé une salle en l’honneur de Labid Al Jundy, sans savoir que celui-ci avait été impliqué dans des ventes d’armes au Qatar.

En 2019, l’homme d’affaires a fait un don de 200 000$ à HEC Montréal, l’université dans laquelle il a fait sa maîtrise en administration des affaires (MBA), pour financer la construction d’un nouveau pavillon au centre-ville.

«Cette contribution, c’est ma façon de remercier HEC Montréal pour tout ce qu’elle m’a apporté ces dernières années», avait-il déclaré dans un communiqué publié par HEC Montréal.

En reconnaissance du don, HEC a nommé une salle de cours en son nom dans son édifice principal situé dans Côte-des-Neiges.

Fondation HEC
Fondation HEC

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Il faisait la manchette

Quelques jours à peine avant de faire ce don, l’homme d’affaires était nommé dans un article du quotidien économique allemand Handelsblatt en raison de son implication dans une transaction d’armes.

Pourtant, HEC Montréal n’était pas au courant des allégations de commissions potentiellement illégales soulevées par le média allemand.

«Les éléments que vous mentionnez dans vos différentes questions concernant M. Al Jundy n’ont pas été portés à notre connaissance», a indiqué la porte-parole Émilie Novales.

«Advenant le cas, qu’il y ait des informations avérées pouvant soulever des doutes quant à la conformité ou la légitimité d’un don, nous nous réservons le droit de procéder à un examen plus approfondi», a-t-elle ajouté.

Pas son seul don

En octobre, le média indépendant Pivot révélait que Labid Al Jundy avait versé des contributions politiques à la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, quand elle était députée fédérale d’Hochelaga.

Selon le registre des dons politiques, M. Al Jundy a versé 12 695$ depuis 2018 au Parti libéral du Canada et à l’association libérale d’Hochelaga.

«Les membres de la famille Al Jundy n'ont jamais joué un rôle dans les campagnes électorales de Mme Martinez Ferrada», a assuré son attachée de presse, Joanna Kanga, ajoutant que la mairesse «n'est pas amie» avec Labid Al Jundy. 

Vous avez un scoop à nous transmettre?

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Contactez-nous à dominique.c-goulet@quebecormedia.com et jean-francois.cloutier@quebecormedia.com.

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