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Une ancienne et prometteuse joueuse raconte pourquoi elle a abandonné le tennis

Charlotte Robillard-Millette a été très émotive en racontant son histoire.
Charlotte Robillard-Millette a été très émotive en racontant son histoire. Photo Ben Pelosse
Photo portrait de Mylène Richard

Mylène Richard

2024-07-19T23:00:00Z

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Elle était l’un des plus beaux espoirs du tennis canadien en compagnie de Félix Auger-Aliassime et Bianca Andreescu. Mais tout a basculé pour Charlotte Robillard-Millette quand elle a fait le saut chez les professionnels à 17 ans.

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«Si ça n’avait pas été de mon père [François Millette], qui m’a beaucoup accompagnée, je ne serais plus là aujourd’hui», avoue-t-elle, huit ans après avoir entamé une courte carrière professionnelle.

La Québécoise de 25 ans avait disparu des radars. Fini les entrevues et les séances photo. Après des études à l’Université de Montréal, la voilà qui refait surface comme coordonnatrice aux communications chez Tennis Canada.

C’est avec une grande générosité et une rare authenticité que Robillard-Millette a accepté de raconter un pan de sa vie. Dans un long entretien avec Le Journal, elle est passée par toute la gamme des émotions, étant nostalgique, souriant à pleine dent ou essuyant des larmes.

Photo Ben Pelosse
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Contre des championnes

Gagnante de l’Orange Bowl U16 à 14 ans en 2013, championne canadienne U18 l’année suivante, quarts de finaliste aux Internationaux d’Australie juniors en 2015, Robillard-Millette a atteint le quatrième rang mondial chez les filles.

Représentant son pays à la Coupe Fed, aujourd’hui la Coupe Billie Jean King, elle a déjà vaincu sa bonne amie Andreescu, et perdu face aux futures vedettes Marketa Vondrousova, vainqueure à Wimbledon en 2023, Elena Rybakina, quatrième au monde, et Paula Badosa, ancienne deuxième raquette.

Au sein du circuit professionnel de l’ITF, l’antichambre de la WTA, la Blainvilloise a signé des victoires face à Shahar Peer, ex-11e mondiale, et Jessica Pegula (6e), championne en titre de l’Omnium Banque Nationale.

Photo Ben Pelosse
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«Un zoo»

L’avenir s’annonçait prometteur. L’adolescente avait des contrats avec ASICS, Wilson et Saputo. Elle avait le même agent que Maria Sharapova. Elle avait choisi de tourner le dos aux universités américaines afin de poursuivre sur sa lancée chez les pros.

Mais rien ne s’est déroulé comme prévu. Le stress et la pression ont eu raison de la jeune Charlotte.

«Chez les juniors, j’avais une confrérie, des amis. Je ne connaissais personne chez les pros. Tout le monde est plus âgé. C’est leur pain et leur beurre. J’étais seule et je n’avais pas toujours un entraîneur avec moi. C’est plus un zoo, c’est froid, c’est dur, c’est déstabilisant. Je n’étais plus la star», décrit Robillard-Millette.

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Tranquillement, des problèmes de santé physique et mentale ont surgi. La gauchère a perdu de son lustre. Les projeteurs se sont éteints au Japon en 2018.

«J’ai dû revenir à Montréal d’urgence parce que ça n’allait vraiment pas bien. On m’a recommandé d’être hospitalisée, mais je n’ai pas voulu. J’ai pris beaucoup de temps pour moi, pour ma santé, mon bien-être. C’était la priorité. J’étais tellement rendue au fond du trou, j’étais si désespérée», a relaté, les yeux humides, celle ayant aussi vécu une rupture amoureuse.

Pendant deux ans, Robillard-Millette s’était accrochée au tennis, à son rêve.

«C’est difficile parce que tu as été cette personne toute ta vie, tu as eu un statut, une reconnaissance, une confiance, des résultats, un entourage, un environnement, une routine, un train de vie dynamique, et du jour au lendemain, tu te retrouves à juste devoir aller mieux, sans vraiment avoir un but tangible», souligne-t-elle, ajoutant que plusieurs ont quitté son navire quand il coulait.

Photo Ben Pelosse
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«Ça fait mal»

Un an et demi plus tard, la grande blonde avait pris du mieux. Impossible toutefois de ne pas penser à son sport en regardant Auger-Aliassime et Denis Shapovalov progresser. Andreescu a même remporté les Internationaux des États-Unis en 2019.

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«Je trouvais dur de ne pas être sur le circuit, de ne pas vivre ça, de ne pas avoir ma place. Je me sentais un peu tassée. J’ai perdu sans le vouloir mes commanditaires, mon classement, le support de Tennis Canada. Ça fait mal. J’avais un beau potentiel, j’avais été au top, je ne pouvais pas croire que ça allait se terminer comme ça.»

Robillard-Millette a donc décidé de reprendre l’entraînement. Elle devait participer discrètement à deux tournois en Tunisie, après deux ans d’inactivité.

La pandémie gâche tout

À son retour lors d’un événement ITF, en mars 2020, elle a gagné deux matchs en qualifications et un au tableau principal. De quoi redonner confiance.

Toutefois, la seconde compétition a été annulée en raison de la COVID-19. En panique, elle est rentrée au pays.

«On ne savait pas combien de temps la pandémie allait durer. Est-ce que ça valait la peine d’attendre 2-3 ans avant de recommencer les tournois? Un autre 2-3 ans avant d’être dans le top 100 si tout va bien? Et ça coûte environ 150 000$ par année jouer au tennis. Tu ne fais pas d’argent si tu n’es pas dans le top 100. Il y avait beaucoup de “si”, et j’avais déjà deux ans de retard sur tout le monde», soutient Robillard-Millette pour expliquer sa retraite définitive à 19 ans seulement.

Photo Ben Pelosse
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Un deuil

Elle a voulu redonner à son sport en travaillant avec les jeunes de l’Académie Momentum à Repentigny et à Tennis Canada, tout en retournant aux études.

«C’était gratifiant de voir que je pouvais faire autre chose et que mon tennis ne servira pas à rien. Je faisais une différence pour les autres. J’étais plus qu’une joueuse de tennis. Ça m’a fait du bien dans mon processus de deuil, même si encore aujourd’hui, j’ai de la misère à croire que c’est terminé. J’aimerais embarquer sur le court et jouer l’Omnium Banque Nationale», admet-elle, encore fragile.

Photo Ben Pelosse
Photo Ben Pelosse

L’exemple de Valérie Tétreault

Robillard-Millette a ainsi suivi les traces de Valérie Tétreault, qui, après avoir accroché sa raquette à 22 ans, a gravi les échelons chez Tennis Canada pour devenir la directrice du tournoi montréalais.

«Val faisait ma job quand je jouais! Elle m’interviewait. C’est mon modèle, mon inspiration», assure Robillard-Millette, qui aimerait être analyste à la télévision.

La jeune femme est heureuse et fière de ce qu’elle est devenue. Son parcours, bien que parfois «frustrant, incompréhensif, décourageant et humiliant» l’a rendue «plus forte».

«C’est sûr que ça va toujours me faire un petit pincement. Et si tout ça n’était pas arrivé?» demande-t-elle en serrant les lèvres.

«Je serais là», répond Robillard-Millette en regardant le court central du stade IGA, où à 17 ans, elle avait ressenti des frissons en donnant du fil à retordre à la Chinoise Shuai Zhang, 59e à l’époque et ancienne 22e mondiale, lors des qualifications à Montréal en 2016.

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