«De 15 à 17 ans, c’est la tranche d’âge hyper importante dans le développement d’un joueur de hockey. Si tu es en mesure de créer un niveau de compétition élevé dans ces âges-là, tu augmentes tes chances de produire des joueurs de hockey.»
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Jocelyn Thibault en connaît un bout sur le hockey. En plus d’une carrière de 14 ans dans la Ligue nationale de hockey (LNH), il a occupé les postes de vice-président des opérations et de directeur général du Phœnix de Sherbrooke, équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) dont il est toujours l’un des actionnaires. Depuis octobre, il prend place dans la chaise du directeur général de Hockey Québec.
L’un de ses mandats (possiblement le principal) consiste à relancer notre sport national. Thibault est déjà à l’affût de ce qui se fait aux quatre coins du globe. Évidemment, comme la Greater Toronto Hockey League (GTHL) produit près de 10 % des patineurs de la LNH, l’ancien gardien des Nordiques et du Canadien souhaite y jeter un œil de plus près.
«Ce que je trouve intéressant avec la GTHL, c’est qu’elle est en mesure d’offrir à ces jeunes un niveau de compétition extrêmement relevé. Elle est capable de le faire parce qu’elle a le bassin de joueurs, mais également parce qu’elle a l’ouverture d’aller chercher des joueurs de partout», a-t-il noté.
Des discussions
Au Québec, chaque bassin est délimité par une frontière étanche. Au niveau M18 AAA (autrefois appelé midget AAA), un système de ballottage a été mis en place pour aider les territoires aux bassins plus restreints. Ainsi, un joueur retranché par une équipe se retrouve dans un système de repêchage pouvant lui permettre d’aller tenter sa chance au sein d’une autre formation.
Pour l’instant, c’est la seule règle qui se rapproche de celles de la GTHL.
Y a-t-il une ouverture auprès des dirigeants de Hockey Québec pour imiter la métropole ontarienne en adoptant une formule de hockey sans frontière similaire?
«Je sais que ça commence à se parler un peu partout à travers le pays, mais on n’en est pas encore là. Actuellement, ce n’est pas un modèle qu’on regarde, a soutenu Thibault. En ce moment, on réfléchit davantage sur comment faire pour améliorer la séquence de développement de nos joueurs.»
Le prix de l’excellence
Thibault reconnaît que la façon de faire des Torontois stimule une sorte de nivellement par le haut.
«C’est ce que la concurrence amène. C’est certain que dans une ligue où les joueurs n’arrivent pas naturellement dans le pipeline, ça force les organisations à être bonnes.»
Sauf qu’il y a un envers à cette médaille. Offrir les meilleures installations, le meilleur encadrement et les meilleurs entraîneurs vient avec son prix.
«Comment fait-on pour donner un encadrement de niveau junior majeur ou LNH à une équipe de jeunes de 15 ans sans augmenter la cotisation des parents? Le midget AAA, à certains endroits, ça coûte déjà 10 000 $! C’est de l’argent, ça!» a fait remarquer Thibault.
«Sincèrement, on a l’une des plus belles ligues midget AAA au Canada, a-t-il poursuivi. Il y a sans doute des points à améliorer. Mais, ce qui est important, c’est de regrouper les meilleurs joueurs de 15 ans de la province. Et ça, on le fait.»
Les équipes du circuit québécois ont atteint la finale de six des huit dernières présentations de la coupe Telus, emblème de la suprématie nationale du hockey midget AAA. Ce qui semble donner raison à Thibault, du moins au plan collectif.
Reste que le problème du développement individuel demeure entier.
«Il faut qu’on fasse de bons athlètes» – Jocelyn Thibault
Alors que la GTHL semble axer son programme sur la compétition précoce, Hockey Québec préfère opter pour la diversité.
«En tant que décideurs, on a la responsabilité d’encourager le développement des athlètes avant la spécialisation, a soutenu Jocelyn Thibault, directeur général de Hockey Québec. Dans notre système, il y a beaucoup de jeunes qui se consacrent uniquement au hockey beaucoup trop tôt dans leur vie.»
«Avant l’âge de 13 ans, c’est important de goûter à plein de choses, de développer sa fondation d’athlète multisport et de stimuler son développement moteur en faisant un paquet d’activités, a-t-il poursuivi. Si tu te spécialises trop jeune, il va te manquer des outils plus tard.»
Au cours de sa carrière de 14 ans dans la LNH, Thibault a évolué avec des joueurs originaires de différents pays. Ce qui lui a permis de faire le constat suivant : «J’ai joué au hockey avec des Européens et, peu importe si on faisait des parties au soccer ou au tennis, ils étaient bons dans tout. Dans leur système de développement, il faut que les jeunes fassent autre chose, a raconté l’ancien gardien. Ici, on devrait adopter la même approche. À la base, il faut qu’on fasse de bons athlètes.»
Ne pas tuer l’espoir
Thibault souhaite également changer la perception selon laquelle une carrière est définie à un jeune âge. Cette façon de penser répandue au Québec contribue, selon lui, à freiner l’élan de joueurs dont le potentiel est plus lent à développer.
«La moitié des Québécois qui jouent dans la LNH n’ont pas fait le midget AAA à 15 ans. Ça veut dire beaucoup ça. Ça veut dire que le développement n’est pas fini», a martelé Thibault.
«Il faut contrer ce désir de performance trop rapide. C’est mon grand défi. Une carrière de hockey, c’est un marathon et non un sprint», a-t-il poursuivi.
Thibault cite en exemple Félix Robert, qui a porté les couleurs du Phœnix de Sherbrooke pendant trois ans et demi après avoir gravi les échelons lentement dans le réseau scolaire et dans la ligue collégiale de la RSEQ.
«C’est un exemple flagrant. Il n’a jamais été repêché dans la LHJMQ. Quand on l’a invité à Sherbrooke, il avait 17 ans. Aujourd’hui, à 22 ans, il est l’un des meilleurs joueurs de son équipe à Wilkes-Barre, dans la Ligue américaine.»
«Je veux que plus de jeunes de 20 ans de la LHJMQ continuent d’y croire. Même chose pour ceux qui évoluent dans le circuit universitaire canadien, un niveau auquel je crois beaucoup. Il faut qu’ils gardent espoir.»
LES JOUEURS DANS LA LNH EN 2021-2022
736 joueurs ont débuté la saison 2021-2022 dans la LNH. En décortiquant leur provenance on voit à quel point la ligue Toronto Metro (GTHL) déclasse le Québec en entier. Et ce même si avant la COVID, le Québec comptait plus du double de jeunes pratiquant le hockey (87 000) comparé aux (35 000) joueurs jouant dans la GTHL.

UNE LIGUE BIEN REPRÉSENTÉE
QUELQUES GRANDS NOMS



