Lorsque son gouvernement a mis de l’avant le comité sur le développement du hockey au Québec, à la mi-novembre, le premier ministre François Legault lui a confié un mandat clair: mettre sur pied un plan qui permettra à plus de hockeyeurs québécois d’atteindre la LNH et les Jeux olympiques.
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Au fil des semaines, ce comité a étudié ce qui se fait partout à travers le monde. Parions qu’il a jeté un regard attentif du côté de la Greater Toronto Hockey League (GTHL).
Il y a des milliers de ligues de hockey mineures partout dans le monde. Mais la GTHL les surpasse toutes. Elle peut se targuer d'être LA pépinière de la LNH. Son succès réside dans la force du nombre, le niveau de compétition élevé, tant sur la glace que dans les bureaux de chacune de ses organisations, et un système sans délimitation de territoire.
«Ce que je trouve intéressant avec la GTHL, c’est qu’elle est en mesure d’offrir à ces jeunes un niveau de compétition très relevé. Elle est capable de le faire parce qu’elle a le bassin de joueurs, mais également parce qu’elle a l’ouverture d’aller chercher des joueurs de partout», a reconnu Jocelyn Thibault, directeur général d’Hockey Québec depuis octobre.
Au premier jour de la présente saison, 72 des 736 joueurs s’étant taillé un poste au sein de l’une des 32 équipes du circuit Bettman (9,8%) avaient grandi dans le système de la GTHL.
«Et si tu regardes la formation d’Équipe Canada junior, c’est habituellement entre 20% et 25%», n’a pas manqué d’ajouter Scott Oakman, directeur exécutif et chef des opérations de la GTHL, lorsque joint par le Journal, il y a quelques semaines.
Entendons-nous bien ici. On ne parle pas de la Fédération de hockey de l'Ontario, l’équivalent de Hockey Québec, qui chapeaute les activités de notre sport national sur la totalité du territoire ontarien. On parle bien d’une association régionale, celle qui couvre les villes de Mississauga, Vaughan, Markham et Toronto. Une superficie équivalente à celle de Laval et Montréal, multiplié par deux.
Vérification faite, ce sont cinq joueurs sur 25 (20%) issus de la GTHL qui représentaient le Canada, en décembre dernier, lorsque le tournoi a été annulé. À titre comparatif, 40 Québécois ont amorcé la saison dans la LNH (5,4%) et trois ont porté l’uniforme canadien (12%).
Compétition mur à mur
Puisque le système de développement et les catégories sont identiques d’un océan à l’autre, comment la GTHL, qui offre du hockey de la catégorie initiation au niveau M18, parvient-elle à être aussi dominante? Évidemment, il y a la force du nombre.

«Dans une année normale, sans COVID, on a 35 000 joueurs. C’est un bassin plus élevé que celui d’une province complète comme l’Île du Prince Édouard ou la Nouvelle-Écosse», a souligné M. Oakman.
C’est possiblement une partie de la réponse. Toutefois, l’année avant la pandémie, les rapports d’Hockey Québec faisaient état de 87 430 inscriptions. C’est plus du double que le recensement de la GTHL.
L’autre portion de la réponse réside possiblement dans le fait que le volet compétitif est omniprésent. Même la ligue récréative de chaque ville met sur pied une équipe regroupant ses meilleurs joueurs (le programme all-star) pour affronter celle des autres villes.
«C’est comme une ligue à part», a expliqué M. Oakman.
Hockey sans frontière
Évidemment, si le niveau récréatif comporte une part de compétitif, on peut imaginer ce qu’il en est pour les niveaux supérieurs.
Cinquante-deux organisations forment les rangs du volet compétitif de la GTHL, dont 12 évoluent au niveau AAA, du niveau M12 à M18. C’est au sein de ce groupe des 12 que la particularité la plus frappante se trouve en comparaison à ce qui se fait au Québec: celle du hockey sans limites de territoire.

«Les jeunes dans les juridictions de Markham, Mississauga, Vaughan et Toronto peuvent évoluer dans n’importe laquelle des organisations. Ils ne sont restreints par aucune limite ou frontière», a spécifié M. Oakman.
Comme si un joueur de Laval choisissait de s’aligner avec une équipe du Lac-Saint-Louis.
À première vue, ce système semble être propice au pot-de-vin, au cadeau en dessous de la table et aux enveloppes brunes. S’il reconnaît que le système a ses travers, M. Oakman préfère insister sur le nivellement par le haut qu’il crée.
«Chaque système a ses avantages et ses inconvénients. Au niveau des avantages, les parents ont la liberté de trouver l’entraîneur qui rencontre le mieux leur philosophie. Également, ça motive les organisations à se surpasser parce qu’elles sont en compétition les unes contre les autres», a-t-il soutenu.
«C'est comme dans n'importe quel domaine d’affaires. Si tu veux être meilleur que ton compétiteur, tu améliores ton programme, tu engages du personnel adéquat pour t’assurer que ton organisation supplante les autres, a-t-il poursuivi. Un système où les joueurs n’ont pas le choix, ça n’incite pas les organisations à devenir meilleures.»
Et quand, en plus, les dépisteurs sont à un maximum de 35 minutes de chacune des 12 formations du circuit, ça rend la visibilité beaucoup plus grande.
Le Journal a déposé une demande d’entrevue à Marc Denis, président du comité gouvernemental sur le développement du hockey au Québec. En raison d’une entente de confidentialité, il a dû décliner l’invitation.
Une popularité sans égale

La Greater Toronto Hockey League est reconnue à un point tel qu’on vient de partout pour y jouer. Par exemple, les frères Jack et Quinn Hughes, deux Floridiens d’origine, y ont complété leur stage de hockey mineur.
Devant cette popularité sans égale, la direction de la fédération a dû instaurer des balises et des limites.
«En fait, on admet un nombre limité de joueurs provenant de certaines villes autour de Toronto, comme Oakville, Brampton, Richmond Hill, Pickering et Ajax dans le A, AA et AAA. Pour les joueurs qui viennent de plus loin que ces juridictions, il est seulement possible de jouer au niveau AAA», a expliqué Scott Oakman, précisant que la limite est de quatre «joueurs étrangers» par équipe.
Ces postes sont grandement prisés. Des joueurs provenant des quatre coins de l’Ontario viennent pour tenter de se tailler un poste dans le circuit de développement le plus en vue au monde.
«Des parents souhaitent que leur fils joue dans notre coin pour qu’ils puissent obtenir l’occasion de se développer avec ce qu’on offre, a souligné M. Oakman. En plus, c’est plus facile pour les recruteurs de venir ici. On a 12 équipes dans un rayon de quatre municipalités. Il y a donc une plus grande visibilité.»
D’aussi loin que l’Europe
Les hockeyeurs du Québec sont également nombreux à vouloir participer à la fête. Chaque année, ils sont quelques-uns à parvenir à se dénicher un poste dans la GTHL. Dans certains cas, ça implique un déménagement, dans d’autres, l’option de la pension est priorisée.
«Le grand nombre d’entreprises basées à Toronto donne l’occasion à des familles de déménager ici lors de transferts. Pour d’autres, c’est véritablement avec l’objectif de faire jouer leur enfant dans la GTHL, a expliqué M. Oakman. Les opinions sont partagées à savoir si c’est une bonne chose ou pas, mais ce n’est pas à moi de juger. On reçoit environ 50 transferts par année. C’est difficile de dire combien sont reliés strictement au hockey.»
C’est assurément le cas pour ceux qui viennent de l’Europe. À un certain moment, des athlètes du Vieux Continent faisaient un saut d’une saison dans la GTHL de façon à être disponibles pour les équipes de la Ligue de hockey junior de l’Ontario (OHL) sans devoir passer par le repêchage des joueurs européens.
Devant cette pratique devenue un fléau, l’OHL a instauré un règlement stipulant qu’un joueur devait avoir disputé au moins deux saisons dans la GTHL pour être dédouané de son statut de joueur européen.
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