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Tournoi pee-wee: en coulisses du passage historique de l’Ukraine, un an plus tard

Photo d'archives, Didier Debusschère
Photo portrait de Kevin Dubé

Kevin Dubé

2024-02-05T00:30:00Z

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Le 11 février 2023 restera, à tout jamais, gravé dans l’histoire du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec. 

Le match entre l’équipe ukrainienne et les petits Bruins de Boston a marqué l’imaginaire des gens de la Vieille Capitale. Le Journal s’est replongé dans ce moment historique en compagnie de quatre personnes qui ont vécu, chacune à leur façon, mais toutes de l’intérieur, la venue de Team Ukraine Select.

Un engouement monstre et imprévu 

Sean Bérubé a multiplié les acrobaties afin que les jeunes Ukrainiens puissent participer à ce tournoi. Et malgré l’ampleur de la guerre en Ukraine et de tout ce qu’il a dû accomplir pour aller chercher certains de ces jeunes en territoire de guerre pour les amener à Québec, jamais il ne se serait douté que leur venue prendrait cette ampleur dans la Vieille Capitale.

Quelques semaines avant leur arrivée, leur histoire avait commencé à être racontée dans les médias. 

«Deux ou trois semaines avant leur arrivée, je recevais des appels de journalistes qui voulaient me parler et c’est là que j’ai réalisé que c’était plus gros que je pensais.»

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Sean Bérubé
Sean Bérubé Photo d’archives, Stevens LeBlanc

François Robert, qui a hébergé deux jeunes Ukrainiens lors du tournoi – dont un qui est de retour au Québec depuis septembre, mais on y reviendra – a lui aussi été frappé par l’engouement que suscitait Team Ukraine Select le 1er février 2023, lorsqu’il a fait partie du convoi chargé d’aller accueillir l’équipe à l’aéroport de Montréal et de les conduire jusqu’au Centre Vidéotron.

«Quand on est arrivé à Montréal, il y avait déjà beaucoup de médias et j’ai réalisé qu’il se passait quelque chose. Mais quand on est débarqué au Centre Vidéotron, qu’on est sorti des camionnettes et que j’ai vu le nombre de caméras qui étaient là, je me suis dit: “Ok, c’est gros.’’»

Et «gros» est probablement un euphémisme. Les Ukrainiens ont vécu une vie de rockstar qui les a même menés jusqu’à une invitation dans la loge de Geoff Molson au Centre Bell pour une partie du Canadien de Montréal.

Les joueurs de l’équipe ukrainienne étaient attendus par plusieurs caméras à l’aéroport de Montréal, le 1er février 2023.
Les joueurs de l’équipe ukrainienne étaient attendus par plusieurs caméras à l’aéroport de Montréal, le 1er février 2023. Photo Agence QMI, Joël Lemay

Une équipe trop forte? On ne sait pas. Brûlée? Oui! 

Dès leur arrivée à Québec, ils attirent l’attention. En coulisses, toutefois, on se pose des questions puisqu’ils font des ravages en matchs hors-concours et certains commencent à se demander s’ils n’ont pas été sous-classés en étant placés dans la classe AA.

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Mis au parfum, le directeur général du Tournoi, Patrick Dom, prend les grands moyens: il prépare en amont une deuxième version de son calendrier, advenant le cas où Team Ukraine Select soit effectivement trop forte pour la classe AA.

Team Ukraine Select avait commencé à faire parler d’elle comme une équipe trop forte pour la classe AA, avant le début du Tournoi pee-wee.
Team Ukraine Select avait commencé à faire parler d’elle comme une équipe trop forte pour la classe AA, avant le début du Tournoi pee-wee. Photo Stevens LeBlanc

Plus le 11 février approche, date de leur premier match qui sera vraisemblablement présenté à guichets fermés, plus Dom s’inquiète. S’il fallait que tout cet engouement mène finalement à une correction en règle des Ukrainiens et qu’on accuse ensuite le Tournoi d’avoir été trop clément envers cette équipe à l’histoire hollywoodienne.

«J’avais la chienne, n’a pas caché Dom. La chienne que ça finisse 10-0 pour un ou pour l’autre. On avait entendu des ouï-dire qu’ils étaient vraiment forts et qu’il donnait des volées aux autres équipes. Ça aurait été mortel.»

À la fin, et ce n’est plus important, on ne saura jamais si cette équipe était réellement trop forte pour les autres. Premièrement, elle n’a pas gagné le tournoi et, deuxièmement, elle n’a jamais joué durant les rencontres officielles comme elle l’avait fait en matchs hors-concours.

«Ils faisaient des jeux de fous en matchs hors-concours qu’ils n’ont pas faits durant le tournoi », se remémore Sean Bérubé, qui avoue avoir eu des craintes lui aussi sur le classement de l’équipe.

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À un moment donné, il leur a posé la question, à savoir pourquoi ils ne jouaient pas comme avant le tournoi.

«La foule, ça les a rendus très nerveux. Ils étaient habitués de jouer devant 10 ou 15 parents chez eux.»

Autre chose: l’équipe a été sollicitée de toute part. De belles expériences, certes, mais qui ont complètement vidé les joueurs de leur énergie. Lors de leur élimination, à leur troisième match face aux Flames du Vermont, ils étaient revenus, la veille, de Montréal pour y voir le Canadien.

L’horaire sera d’ailleurs allégé, cette année, pour permettre aux jeunes Ukrainiens de se concentrer davantage sur la raison principale de leur venue à Québec: le Tournoi pee-wee.

Exténués, les jeunes Ukrainiens s’étaient inclinés face aux Flames du Vermont en quarts de finale.
Exténués, les jeunes Ukrainiens s’étaient inclinés face aux Flames du Vermont en quarts de finale. Photo Didier Debusschère

Un match historique 

Mais tout ce branle-bas de combat, en coulisses, ce n’est pas ce qui va rester dans les annales du Tournoi pee-wee. C’est ce match du 11 février entre l’Ukraine et les Bruins de Boston.

Dans un Centre Vidéotron rempli de gens habillés en blanc en soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, les joueurs des deux équipes se sont tout d’abord réunis autour du cercle central, bras dessus, bras dessous, pour écouter les hymnes nationaux des deux pays. Un moment poignant et des images qui ont fait le tour du monde.

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«C’est ma photo Twitter [maintenant X] qui a reçu le plus de mentions J’aime, lance Dom en riant. Cette photo-là, c’est exactement ce qu’on voulait que ce match soit. Quand je repense à ce match, c’est cette image-là que j’ai en tête.»

De son côté, Olivier Hubert-Benoit, le bras droit de Sean Bérubé dans la venue de l’Ukraine à Québec, était aux premières loges de ce moment historique. Avant même l’entrée sur la glace des deux équipes, il a compris à quel point ce qui se passerait serait puissant, cette journée-là.

«J’étais dans le vestiaire où tout le monde était tellement nerveux. Puis les gars sont sortis et j’ai encore une photo quand les deux équipes se sont rencontrées dans le passage. J’étais au milieu de ça et c’est là que j’ai compris que ce serait un match historique. Tout ce qui se passait, ça dépassait le sport.»

Pour sa part, Sean Bérubé a des souvenirs un peu particuliers de ce match qu’il a regardé... sur un écran dans les sous-sols du Centre Vidéotron!

«Au début, quand les joueurs sont embarqués sur la glace, je suis allé sur le bord de la patinoire et j’ai pris le temps de regarder tous les gens qui s’étaient déplacés. C’était un beau moment et j’en ai profité. Par contre, quand ça a commencé, le stress est embarqué et j’ai regardé le match d’en bas. Je ne sais pas si c’est de la superstition ou quoi, mais j’ai préféré rester là!»

En fin de compte, ce match aura offert un scénario idéal, digne d’Hollywood: les petits Ukrainiens l’ont emporté, mais ont eu chaud, surtout en raison du brio du jeune gardien de but bostonnais James Borccuzzi, qui a tenu son équipe en avance 1-0 pendant deux périodes et demie, avant que Team Ukraine Select ne parvienne finalement à le déjouer en troisième période, en route vers un gain de 3 à 1.

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«J’ai pleuré, reconnaît François Robert. C’était magique. On avait passé beaucoup de temps avec les joueurs et on avait appris à les connaître. De voir des jeunes de secondaire 1 applaudis par une foule digne de la LNH, c’était vraiment touchant.»

L’après: six joueurs reviennent au Québec 

Le quotidien de quelques familles de Québec a complètement changé après la venue de l’équipe ukrainienne, puisque six joueurs ont décidé de revenir au Québec s’y installer. Ce fut entre autres le cas des deux amis François Robert et Olivier Hubert-Benoit, ainsi que leurs conjointes Geneviève Beaucage et Marie-Claude Pageau, qui ont accepté d’héberger les jeunes Matvii Kulish et Nikita Staskevich.

«Avoir un pensionnaire dans notre maison, ça change la dynamique familiale de beaucoup, lance Hubert-Benoit, déjà père d’un garçon et deux filles. Toutefois, c’est une expérience très positive pour notre famille. On a fait une patinoire en arrière et Nikita et mon fils Alexis sont rendus comme deux frères. »

Olivier Hubert-Benoit et sa famille hébergent le jeune Nikita Staskevich (deuxième à partir de la gauche) depuis le mois de septembre.
Olivier Hubert-Benoit et sa famille hébergent le jeune Nikita Staskevich (deuxième à partir de la gauche) depuis le mois de septembre. Photo fournie par Olivier Hubert-Benoit

Mais tout n’est pas rose, convient François Robert, un enseignant, tout comme sa conjointe, qui a dû traverser la récente grève tout en continuant de subvenir aux besoins de leurs trois filles ainsi que Matvii Kulish.

«On s’est embarqué là-dedans en pensant avec notre cœur, mais on n’avait pas pensé à plusieurs aspects, dont le budget, confie-t-il. Toutefois, il ne fait aucun doute que sur le plan humain, c’est une expérience incroyable.»

François Robert, sa conjointe, Geneviève Beaucage, et leurs trois filles hébergent quant à eux le gardien Matvii Kulish.
François Robert, sa conjointe, Geneviève Beaucage, et leurs trois filles hébergent quant à eux le gardien Matvii Kulish. Photo fournie par François Robert

L’Ukraine sera de retour au Tournoi pee-wee cette année, mais l’engouement est déjà bien moindre qu’il l’était l’an dernier.

«C’est différent! L’an dernier, ça nous avait pris une semaine pour trouver nos familles d’accueil alors que ce n’est pas le cas cette année. J’ai averti les entraîneurs. Les joueurs aimeraient retourner voir une partie de la LNH, mais ce ne sera pas comme l’an dernier», mentionne Sean Bérubé, qui s’est assuré que les familles d’accueil comprennent qu’ils ne seraient pas obligés de garder les pee-wee avec eux, après le tournoi.

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