Tous les moyens sont bons pour participer au tournoi pee-wee
Emballage, ventes de produits et chasse aux commandites pour s’assurer d’une présence à Québec


Stéphane Cadorette
Partager
D’une certaine manière, le tournoi international de hockey pee-wee de Québec est le reflet de la LNH, avec ses plus grands et plus petits marchés. Plusieurs équipes ne bénéficient pas de gros moyens et doivent trouver toutes sortes de trucs ingénieux pour équilibrer le budget et vivre pleinement l’expérience.
- À lire aussi: Une (folle) journée dans la vie du directeur général du Tournoi pee-wee, Patrick Dom
- À lire aussi: Les joueurs du Canadien nous racontent leurs souvenirs les plus magiques du Tournoi pee-wee
Si, pour certains clubs de renom, la présence annuelle au tournoi est un acquis, ce n’est certainement pas le cas pour tous les convives présents à la grande table du Centre Vidéotron.
En novembre dernier, les Forestiers d’Amos ont reçu le coup de fil qu’ils espéraient depuis une vingtaine d’années, quand leur place au tournoi a été confirmée.
Rapidement, l’immense fierté ressentie à la suite de la bonne nouvelle a fait place à une certaine anxiété.
«Il n’y a rien qui se compare à une opportunité comme le tournoi pee-wee de Québec. C’est grandiose, c’est international», souligne la gérante de l’équipe, Line Gagnon.
«Par contre, c’est un blitz intense. On passe beaucoup de temps à travailler là-dessus les soirs et fins de semaine. On veut que les familles aient le moins de coûts possible à défrayer», poursuit-elle.
De gros dollars
Partir d’Amos pour s’établir à Québec pendant deux semaines nécessite évidemment un investissement important. La longue route depuis l’Abitibi force l’équipe à ne pas retraiter à la maison.
Question de couper dans les frais de restaurant, les Forestiers ont fait le choix de loger dans quatre chalets à Stoneham, où des repas à coûts moindres pourront être concoctés et où les lavages quotidiens pourront être faits.
En incluant les coûts liés aux matchs, à l’hébergement, à la nourriture, aux multiples souvenirs, à un match des Remparts et autres activités dans la région, l’organisation prévoit débourser plus de 30 000$.
«Il y a plusieurs choses pas obligatoires, mais ça fait partie de l’expérience et de la culture du tournoi. Quand on part d’Amos, on veut vivre le tournoi à fond la caisse. On veut que les enfants gardent de bons souvenirs et qu’ils puissent échanger avec les autres cultures», note Mme Gagnon.

Emballage, café, sirop d’érable...
Rapidement, l’organisation a élaboré un plan de match pour que personne ne reparte du tournoi ruiné. Pendant que des parents ont obtenu une quarantaine de dons et commandites, les jeunes joueurs ont aussi participé à l’effort collectif.
Il y a notamment eu un week-end d’emballage à l’épicerie, ainsi que de la vente de café, de boîtes de viande et de sirop d’érable parce que l’un des parents possède une érablière.
Même l’attaquant abitibien des Golden Knights Nicolas Roy a participé à l’effort de guerre en signant une lettre de recommandation et en participant à une vidéo promotionnelle.
En plus d’équilibrer le budget, toutes les démarches ont constitué une façon idéale d’amener les jeunes à l’école de la vie.
«J’en parle et j’ai la chair de poule. On dit à nos jeunes qu’ils sont chanceux, qu’ils ont une opportunité extraordinaire et on sent de la gratitude.»
«Ça nous permet d’enseigner aux jeunes qu’ils ont leur rôle à jouer là-dedans. On les implique dans le financement et on leur dit qu’ils ont un rôle à jouer sur la glace et en dehors en ayant une attitude hors pair», s’exprime Line Gagnon.

Efforts récompensés
En classe AA, les Forestiers d’Amos vivront donc une expérience inoubliable, notamment en affrontant les Golden Knights de Vegas au Centre Vidéotron. En matchs hors concours, des rencontres culturelles enrichissantes auront lieu avec l’Autriche et une équipe du Connecticut.
En plus des moments sur la glace, les jeunes pee-wee se souviendront de tous les efforts investis en amont.
«C’est toute une fierté pour la ville de savoir qu’on aura une équipe au tournoi pee-wee. Pour les jeunes de l’équipe, c’est un grand moment, même si c’est beaucoup de temps et d’organisation», se réjouit Mme Gagnon.
Une grande première pour le Royal de Métabetchouan

À sa toute première présence au tournoi pee-wee de Québec en classe BB, le Royal de Métabetchouan savoure l’extase, mais doit faire face à la réalité. Participer, oui, mais pas à n’importe quel prix.
«On a fait un budget d’environ 10 000$ et il a fallu faire des choix, par exemple, au niveau des souvenirs qui marquent les enfants. Il faut minimiser les coûts pour les parents. On a fait des choix judicieux et si des parents veulent investir plus dans des souvenirs de grande envergure, ils vont pouvoir le faire», explique Pascal Girard, le gérant responsable de l’équipe du Lac-Saint-Jean.
En d’autres termes, les joueurs ne porteront peut-être pas la veste et la tuque du tournoi, mais l’essentiel est qu’ils y seront. Il ne faut pas conclure pourtant que les petits pee-wee de Métabetchouan ne vivront pas le summum de l’expérience à Québec, au contraire.
«On est très contents d’aller à Québec, mais on le voit comme si on était une toute petite compagnie et on ne veut pas vider les poches de notre monde non plus. L’objectif à la base, c’est de créer de beaux souvenirs pour les jeunes», ajoute-t-il.
Des aller-retour
Pour aider à financer sa présence, le Royal a recours à divers partenaires d’affaires et commandites qui permettent d’alléger la facture.
De l’emballage dans les commerces locaux et des billets pour des tirages de prix ont aussi été mis en vente, permettant aux participants de gagner entre autres un chandail de Raymond Bourque autographié, un barbecue ou même un bon d’essence ou encore des pizzas au dépanneur du coin.
Il n’y a pas de mauvais moyen, quand vient le temps de financer un premier périple au Centre Vidéotron.
L’équipe de Métabetchouan ne s’offrira pas non plus le luxe de dormir à Québec entre ses deux matchs, mais se paiera ce petit bonheur seulement pour le dernier week-end du tournoi.
«On a choisi de faire des aller-retour après nos matchs. Gagne ou perd, on a aussi réservé de l’hébergement du jeudi au dimanche pour la fin de semaine de la finale. On est tous des passionnés de hockey, donc si on ne joue plus, ce sera juste pour aller voir des matchs de qualité impressionnante... mais assurément qu’on va jouer! Je ne suis pas inquiet de nos jeunes», promet M. Girard.
Environ 3000 dollars pour chaque Brûleur de Loups de Grenoble

Pour les Brûleurs de Loups de Grenoble, la tradition du tournoi pee-wee de Québec est bien ancrée depuis des décennies et pas question de s’arrêter même si la facture pour s’offrir une visite à partir de la France ne cesse de prendre de fortes proportions.
Selon Sophie Collomb, gérante et impliquée dans l’équipe depuis 15 ans, le constat est particulièrement frappant depuis la COVID.
«Pour 15 jours, on calcule maintenant 2000 euros (tout près de 3000$) par enfant. On parle d’une augmentation de 200 euros (300$) par enfant juste avec le prix des billets d’avion qui a explosé», fait-elle remarquer.
À Grenoble, des dons d’entreprises et la participation des parents sont les principaux vecteurs financiers derrière la venue au tournoi.
«Cette année, on a eu 15 000 euros (22 000$) des entreprises. On n’a jamais reçu autant. On a eu des parents qui veulent payer et ne rien faire d’autre et on en a qui organisent des ventes de vin, de galettes des Rois, de bières, de bûches de Noël, de tombolas... Tout cet argent récolté va directement dans l’enveloppe de l’enfant», explique Mme Collomb.
De génération en génération
Même si la facture explose, il n’est pas question pour les Brûleurs de Loups de rester penauds à la maison.
«Ce n’est pas une option. Dans les Alpes, il y a vraiment une culture hockey. Les enfants n’ont pas de mal à faire réaliser l’importance de leur projet, surtout quand ils font valoir qu’ils vont au Québec.»
«Pour les enfants, c’est franchement un rêve. Ils vivent quelque chose de spécial avec les familles d’accueil et quand ça finit, j’en ai qui pleurent et qui ne veulent pas repartir en France. Ils vivent à la québécoise, ils mangent à la québécoise, ils jouent au hockey à l’extérieur et pensent que c’est la vie!» rigole la gérante.
Elle-même une ancienne hockeyeuse, elle a vu des familles au fil des ans se transmettre la passion du tournoi pee-wee de Québec, de génération en génération.
«Il y a maintenant des parents qui ont joué au tournoi et qui commencent à y amener leurs enfants. On en a qui décident d’arrêter ou de changer de sport, mais ils se rendent d’abord au tournoi pee-wee avant d’arrêter le hockey. Ils tiennent à vivre ce tournoi dans le pays du hockey.»