Lait au chocolat, grosses épinglettes et froid glacial: les joueurs du Canadien racontent leurs souvenirs magiques du Tournoi pee-wee
La finale de 2013 mettait d’ailleurs aux prises deux futurs membres de l’organisation

Jessica Lapinski, Jonathan Bernier et Jean-François Chaumont
Partager
Parmi les 1385 joueurs qui ont disputé des matchs dans la LNH ou dans l’Association mondiale de hockey après leur passage au Tournoi pee-wee, dont, bien sûr, Mario Lemieux, Guy Lafleur ou Wayne Gretzky, il y a plusieurs joueurs de l’édition actuelle du Canadien.
- À lire aussi: Les sacrifices des équipes pour prendre part au Tournoi pee-wee
- À lire aussi: Ces anciens joueurs de la LNH (ou leur descendance) qui seront au Tournoi pee-wee
- À lire aussi: La quatrième membre de sa lignée au Tournoi pee-wee... 62 ans après son grand-papa!
Et un autre visage bien connu à Montréal a aussi patiné à Québec, à qui nous avons parlé dans les derniers jours: Kent Hughes, le directeur général, qui a vécu la déception d’une défaite en finale, sans savoir à l’époque qu’il venait de se faire battre par l’un de ses futurs joueurs!
Lait au chocolat, froid glacial, grosses épinglettes, foules monstres et journée de rêve dans la neige: les huit derniers membres du Canadien qui y ont pris part nous ont raconté leurs plus beaux souvenirs de leur présence au tournoi.
Jordan Harris a battu... son futur directeur général
Minuteman Flames – 2013
AA-Élites
«J’ai gagné ce tournoi, se souvient très bien Jordan Harris. Je jouais pour les Minuteman Flames et nous avions gagné contre l’équipe de Kent [Hughes]!»

Bien des années avant que Hughes ne devienne son directeur général chez le Canadien, le défenseur a vécu le tournoi et le qualifie de «pur plaisir».
«Le lait au chocolat et les pommes après chaque match. C’était fantastique!» se remémore-t-il.
«Ce fut une expérience incroyable. En finale, il devait y avoir 9000 ou 10 000 personnes à l’intérieur du Colisée. L’ambiance au cours de la semaine était fabuleuse.»
Un moment attendu
La finale était d’autant plus particulière pour Harris que leurs adversaires venaient aussi de Boston.
«Eux, ils avaient passé par le parcours des perdants. Nous avions passé par le parcours des gagnants», se remémore-t-il.

«On avait joué trois matchs préparatoires. On en avait perdu deux sur trois. Mais ensuite, lorsque le tournoi s’est officiellement amorcé, on a remporté tous nos matchs.»
Cette présence à Québec, Harris et ses coéquipiers l’avaient d’ailleurs attendue durant «toute la saison».
«Pour nous, c’était gros, car nous avions une très bonne équipe. Notre objectif était de connaître un bon tournoi. Alors, nous nous étions préparés pendant des mois. J’étais persuadé que nous ferions bonne figure, mais je n’aurais jamais pensé que nous aurions gagné.»
De père en fils
Et le Tournoi pee-wee de Québec, c’est une histoire de famille chez les Harris.
«Mon père entraîne les équipes du hockey mineur, souligne-t-il. Il y est retourné à deux autres occasions après que mon frère (Elijah en 2010) et moi y ayons participé. Chaque fois, il a eu énormément de plaisir.»
«De savoir qu’il y a autant de personnes qui se déplacent pour voir des enfants de 12 ans, c’était complètement fou.»
Kent Hughes tente d’oublier cette défaite
Entraîneur des Eagles junior de Boston - 2013
AA-Élites

Le directeur général du Canadien a connu deux fois la déception d’une défaite en finale à Québec: la première, comme joueur, au début des années 1980, et l’autre, dans ce fameux match en 2013 contre leurs rivaux de Boston et un certain Jordan Harris.
Il y est aussi allé par la suite avec son cadet, Jack, mais l’équipe ne s’était pas rendue aussi loin.

«J’essaie de l’oublier!» a-t-il déclaré en riant au sujet de cette défaite contre son futur défenseur.
«On était dans la même ligue qu’eux, a ajouté Hughes. Leur équipe était plus forte que la nôtre, mais on les avait battus dans les deux matchs de saison régulière qu’on avait joués contre eux. En finale du tournoi, on a perdu 3 à 0, mais ç’aurait pu être 6 à 0.»
«L’une des plus belles expériences»
Le DG semble conserver d’excellents souvenirs du tournoi, qu’il qualifie «d’expérience inoubliable».
«On a été là 10 jours, a-t-il dit au sujet de son passage en 2013, et on a eu tellement de plaisir. C’était comme des vacances. On est allé glisser en montagne, on a joué un match à l’extérieur contre les représentants des Islanders de New York.
«Pour tous les jeunes, c’est l’une des plus belles expériences d’une carrière dans le hockey mineur.»
Se faire demander son épinglette sur le banc
Kent Hughes se souvient aussi de la folie des épinglettes... et des jeunes qui lui demandaient la sienne en plein match, alors qu’il était derrière le banc, sans se douter qu’ils s’adressaient à l’homme qui allait un jour devenir le directeur général du Canadien.
Si Hughes a un regret concernant cette épopée jusqu’en finale, c’est d’avoir accepté de donner une entrevue télévisée dans le vestiaire, avant le grand match.
«Je pense que ça avait intimidé les p’tits gars. Ça les a fait réaliser que c’était plus gros que ce qu’ils pensaient. Quand j’y repense, j’aurais dû dire non pour l’entrevue.
«Mais, en bout de ligne, ce qui était important, c’était surtout l’expérience.»
Cayden Primeau se souvient de son match à côté de la montagne russe
Flyers de Philadelphie - 2012
AA-Elites
Le gardien du Canadien a le sourire fendu jusqu'aux oreilles quand il raconte sa présence au Tournoi pee-wee, dans l'uniforme des Flyers de Philadelphie, une équipe composée des meilleurs espoirs de la région, de laquelle faisait partie plusieurs fils d'anciens de la LNH: Carson Brière (Daniel), Kelton Hatcher (Derian, qui était aussi l'entraîneur), Jagger LeClair (John), et bien sûr, lui, le fils de Keith Primeau.

«C'était super spécial! Je trouvais ça génial d'habiter dans une famille de pension, avec un de mes coéquipiers. C'était une formidable expérience», précise-t-il.
«J’avais aimé les matchs, mais encore plus l’ambiance pendant les rencontres, ajoute Primeau. Je garde aussi de bons souvenirs des trucs à l’extérieur de la patinoire. Nous avions mangé dans une cabane à sucre et nous avions fait de la glissade dans des tubes.
Comme dans la LNH
Primeau garde aussi un précieux souvenir d'avoir porté le chandail des Flyers devant une foule imposante.
«J’avais le sentiment que je me retrouvais dans la LNH. Plus jeune, je rêvais déjà de la LNH, mais c’est comme si j’y touchais à l’avance avec ce tournoi. En temps normal quand tu as cet âge, tu joues devant ta famille et tes amis, pas devant des milliers de spectateurs!»
Le gardien se rappelle aussi très bien avoir joué un match contre Rouyn-Noranda dans un centre commercial (aux Galeries de la Capitale). Encore aujourd'hui, il trouve très cool le fait d'avoir patiné à côté d'une montagne russe... et il se souvient très bien de la délicieuse fondue que lui avait préparée sa famille de pension.
Quand Rafaël Harvey-Pinard a affronté Mario Lemieux
2011 – Saguenéens de Chicoutimi
AA-Légaré
Comme il venait du Saguenay, Rafaël Harvey-Pinard n’a pas connu l’expérience totale du Tournoi pee-wee, avec les nuits à l’hôtel ou encore, en famille de pension, et les activités en ville.

Mais l’attaquant y a vécu une expérience inoubliable, en 2011, quand il a affronté les petits Penguins de Pittsburgh au Colisée, qui étaient alors dirigés par un certain... Mario Lemieux!
«Ç’avait été un gros match, même si on avait perdu. Ç’avait été tellement le fun», raconte-t-il aujourd’hui.
La fierté du Saguenay
Les jeunes Saguenéens n’avaient pas fait long feu. Mais «ç’avait été un honneur pour les p’tits gars qu’on était de porter le logo des Saguenéens de Chicoutimi pour la première fois», se remémore «RHP».
«C’était un moment magique, dit-il. Chaque année, il y avait une alternance entre une équipe du Saguenay et une équipe du Lac-Saint-Jean. Cette année-là, c’était à notre tour.
«Alors, dès le début de la saison, on savait qu’on allait représenter les Saguenéens. On avait hâte que ce moment-là arrive. On avait encerclé la date sur le calendrier. »
Comme un pro
Et évidemment, comme pas mal tous les jeunes qui sont passés par là, Harvey-Pinard dit avoir été «impressionné en entrant dans les vestiaires du Colisée».
«Tout était pas mal plus gros qu’à Jonquière, où on jouait. On avait l’impression de vivre une expérience professionnelle, mais à un niveau un peu plus petit.»
Les joueurs voulaient «les grosses pins» de Justin Barron
2013 et 2014 – Mooseheads de Halifax (Hawks)
AA Bolduc et AA
Le défenseur de l’organisation du Canadien a participé deux fois au Tournoi, en 2013 et en 2014. Il y a joué devant 8000 personnes, la seconde fois, qui coïncidait aussi avec l’année de fermeture du Colisée.

Même s’il est désormais un joueur professionnel, il se rappelle très bien «l’ambiance» durant cette rencontre face aux Cyclones de SSF.
«Je n’en revenais pas!» lance-t-il.
Les glissades d’eau à l’hôtel, c’était aussi «le bonheur», tout comme «le plaisir [au Village Vacances] Valcartier», dit Barron.
«C’était le tournoi le plus cool dans ma jeunesse. Je n’oublierai jamais mes deux expériences.»
Dessinée par son frère
Ce qui semble toutefois l’avoir particulièrement marqué, c’était les échanges d’épinglettes, les fameuses «pins».
«À ma première année, nous avions une petite épinglette, explique-t-il, et nous avions de la difficulté à l’échanger. Pour la deuxième année, mon père avait pris le projet en main. Mon frère Morgan [qui joue pour les Jets de Winnipeg et qui aussi participé au tournoi, plus jeune] avait fait le design.
«Alors, nous avions une grosse épinglette à notre deuxième année. Plusieurs équipes la voulaient, elle était vraiment cool!»
Juraj Slafkovsky a tripé au Village Vacances Valcartier
Slovakia HSM Select – 2017
AAA
Même s’il fait «environ -40» à son arrivée à Québec et qu’il a brisé «quelques bâtons parce qu’il était déçu de perdre», l’attaquant slovaque a vécu un rêve en participant au tournoi, il y a à peine sept ans.

Slafkovsky y était en compagnie de plusieurs compatriotes qui sont aujourd’hui dans la LNH, dont Simon Nemec, des Devils du New Jersey, ou d’espoirs, comme l’attaquant Filip Mesar, qui a été repêché par le Canadien au même repêchage que lui.
«C’était fou de jouer au Centre Vidéotron! raconte-t-il. C’était comme un rêve, nous jouions devant 10 000 partisans environ.»
Le plus grand et le plus petit
Mais ses plus beaux souvenirs ne sont pas liés au hockey, surtout qu’il s’attendait à vivre un gros tournoi avec son équipe et que celle-ci avait connu la défaite dès son premier match.
Non, ce qui marque encore le premier choix au total en 2022, aujourd’hui, c’était «un gros parc de neige avec d’énormes glissades» (le Village Vacances Valcartier) et «centre d’achat à Québec» (dans ce cas-ci, nous ne savons pas précisément duquel il parlait).
«Nous étions des enfants qui s’amusaient dans la neige», sourit-il, même s’il se souvient encore très bien des froides températures, dont il parle comme «d’un choc».
«J’étais le plus grand et le plus gros de mon équipe, se remémore-t-il aussi. Filip [Mesar] était encore l’un des plus petits. Il ne mesurait même pas un mètre!» lance-t-il aussi.
Et aujourd’hui, «Slafko» mesure 6 pi 3 po pour 230 lb, comparativement aux 5 pi 9 po pour 179 lb de son ami Mesar...
Jesse Ylönen avec plusieurs futurs joueurs de la LNH
Finland Selects – 2012
AA-Élites
L’attaquant finlandais avait été surpris de voir autant de gens dans les gradins pour des joueurs d’âge pee-wee. «En Finlande, nous ne suivons pas avec la même passion les tournois de ce niveau!» souligne-t-il.

«À cette époque, je ne parlais pas beaucoup anglais, raconte-t-il. Mais je trouvais ça fou comme le hockey était gros au Québec et au Canada, et qu’autant de gens soient venus voir jouer des enfants.»
Son équipe n’avait pas connu un bon tournoi et Ylonen se souvient encore très bien de la déception que ses coéquipiers et lui avaient ressentie.
Une star des Stars
Certains de ses coéquipiers, d’ailleurs, se sont taillé comme lui une place chez les professionnels par la suite.
Miro Heiskanen, le prolifique défenseur des Stars de Dallas, jouait aussi pour Finland Selects cette année-là, tout comme Urho Vaakanainen, défenseur pour les Ducks d'Anaheim, et Henri Jokiharku, qui joue à la même position chez les Sabres de Buffalo.
Samuel Montembeault et les barbus du Colorado
Cataractes de Shawinigan (Estacades de la Mauricie) – 2009
Samuel Montembeault a plusieurs bonnes raisons de se souvenir du Tournoi pee-wee, et l’une d’entre elles est que le gardien n’y a jamais accordé un but.

«Le match que j’ai joué, on avait gagné 4 à 0 contre la Suisse, se remémore-t-il. Ce qui était particulier, c’est qu’au lieu de nous donner des épinglettes [comme le veut la tradition], les gars de l’autre équipe nous avaient donné du chocolat!»
Montembeault devait aussi affronter l’équipe de Rimouski et un certain Samuel Blais, qui est désormais attaquant pour les Blues de St. Louis.
Ils étaient la «grosse attraction» du tournoi cette année-là, raconte-t-il, mais finalement, le gardien était malade et n’avait pu défendre le filet de son club.
«On était pee-wee!»
Le Tournoi pee-wee, c’est aussi une bonne occasion de noter à quel point les athlètes ne se développent pas tous au même rythme, physiquement.
Et Montembeault avait été à même de le constater dans le troisième match des Cataractes, qui n’avaient pas fait long feu lors de cette édition (ce qui ne l’empêche pas de qualifier son passage à Québec de «belle expérience»).
«On avait affronté une équipe du Colorado. Les gars mesuraient tous 6 pi 2 po et avaient tous de la barbe. On était pee-wee!» lance-t-il.