Retour vers le passé
Robert Cléroux garde de beaux souvenirs de sa brillante carrière


Mathieu Boulay
Partager
Le nom de Robert Cléroux est associé à une génération de boxeurs québécois qui est trop souvent oubliée par les amateurs. Celui qu’on surnommait « le Beu de Chomedey » a bien voulu revenir sur son parcours bien rempli.
• À lire aussi: Se retirer avant le combat de trop
Cléroux, maintenant âgé de 82 ans, se souvient encore très bien des hauts et des bas de sa carrière, qui s’est déroulée entre 1957 et 1969. Il est d’avis que la mentalité dans la boxe n’a pas beaucoup évolué entre sa génération et celle d’aujourd’hui.
« Je regarde la boxe de la même façon que durant ma carrière, souligne M. Cléroux. Rien n’a changé. J’ai toujours dit que la boxe, ce n’est pas un sport, c’est une tuerie. Il faut vraiment que tu aimes te battre pour la pratiquer.
« Tu dois avoir la mentalité : kill, kill, kill. Plus tu maganes ton adversaire, plus tu as de chances de l’emporter rapidement et plus tu vas avoir des contrats. Dans le ring, j’étais un animal. »

Il a participé à un total de 54 combats (fiche de 47-6-1, 37 K.-O.) durant sa carrière. Il s’est notamment battu à trois reprises pour le titre canadien des lourds contre Georges Chuvalo. Plusieurs milliers de spectateurs avaient assisté à leurs affrontements.
Tirer un trait
Cléroux a accroché ses gants après une défaite crève-cœur contre Billy Joiner en 1969. Il n’avait que 31 ans à ce moment.
« Ça n’a pas été une décision difficile. J’ai tiré un trait et c’était terminé. Dans ma vie, j’ai toujours été capable de tourner la page rapidement.
« D’ailleurs, je n’ai jamais compris les boxeurs qui veulent sortir de leur retraite. »
Dans les dernières semaines, on a assisté à un duel d’exhibition entre les légendes Mike Tyson et Roy Jones Jr. Le même type d’événement avait été présenté au Québec à l’époque. Cléroux avait alors mis les gants avec Yvon Durelle pour ramasser de l’argent pour une cause caritative.
« À première vue, c’était assez inégal parce que je me battais à 200 lb alors que lui le faisait à 180 lb. C’était un combat de cinq rounds de deux minutes.

« On avait des gants de 12 onces pour ne pas se blesser. Dès les premiers instants du duel, Durelle s’était lancé sur moi et il avait essayé de me knocker en frappant de toutes ses forces. »
Cléroux ne s’est pas rendu riche avec la boxe. Loin de là. Les bourses n’avaient rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui.
« Je n’ai pas fait beaucoup d’argent, confirme-t-il. Ma plus grosse bourse a été de 15 000 $. C’était pas mal dans les années 60.
« Par contre, mon gérant en prenait 50 %. Par la suite, je devais payer mes entraîneurs. Au moins, les promoteurs payaient mes dépenses. »
En bonne santé
Après sa carrière, Cléroux a été propriétaire de plusieurs bars dans la région de Montréal. Il s’est bâti un fonds de pension intéressant avec la vente de ses entreprises. Il mène maintenant une vie paisible dans une résidence pour personnes âgées de Laval.
À l’exception de quelques pertes de mémoire à court terme, M. Cléroux est en bonne condition physique. Sa carrière entre les câbles ne l’a pas trop hypothéqué.

« Avec ou sans médecin à proximité, un coup de poing sur la tête, ce n’est bon pour personne. J’ai eu mal à un coude pendant quelques années.
« Mes jambes sont encore bonnes et je pourrais courir. Toutefois, c’est ma colonne vertébrale qui ne voudrait pas collaborer. »
Ses petits bobos ne lui font pas regretter ses nombreux combats.
« Je suis venu au monde pour me batailler. Si tu n’as pas cette étincelle à l’intérieur de toi, tu ne peux pas devenir boxeur. »
Il n’a qu’un seul regret et il a bien voulu le partager avec Le Journal de Montréal.
« Les promoteurs d’aujourd’hui ne m’invitent plus à leurs événements. Ça me fait quelque chose. On dirait que les gens ont tendance à oublier ce que les boxeurs de ma génération ont bâti. »
Le message est passé.
De la boxe à l’enseignement
Mick Gadbois

Mick « l’Unique » Gadbois a fait un virage à 180 degrés après sa carrière de boxeur. Il a terminé ses cours universitaires pour devenir professeur au primaire en Montérégie.
Selon lui, la boxe et l’enseignement ne peuvent pas se comparer même si la force de caractère des enseignants est mise à rude épreuve depuis le début de l’année avec les mesures sanitaires.
« La boxe, il n’y a rien de plus difficile. La pandémie apporte une charge de travail supplémentaire dans les écoles. Il faut tout désinfecter tout le temps.
« C’est impossible de penser seulement à l’enseignement. Comme si tu montes dans un ring pour un duel de 10 rounds et qu’on te dit que, finalement, c’est pour 20 rounds ! »
Malgré tout, il aime ce domaine pour suivre l’évolution des enfants et pour les aider à prendre des décisions éclairées pour leur avenir.
De plus, l’ancien pugiliste fait présentement une maîtrise en éducation, profil didactique.
Et la boxe ?
Il est l’adjoint de l’entraîneur Marc Seyer avec le boxeur Raphaël Courchesne tout en s’occupant de l’équipe de compétition du Club de boxe de Saint-Hyacinthe.
« L’an dernier, j’ai remis les gants avec Martin Germain et je me suis rendu compte que mes gants devaient rester loin de moi. J’ai constaté que ça ne prendrait pas grand-chose pour rallumer ma flamme. La boxe, ça ne sort jamais de toi.
« Pour ce qui est de mon rôle avec Raphy, il est avant tout stratégique. J’étudie les adversaires et je participe à l’élaboration du plan de match. »
Sébastien Gauthier
La boxe dans le sang

Même s’il a accroché ses gants depuis 2014, Sébastien Gauthier parle encore de la boxe avec passion. Ça fait partie de son ADN.
Lorsqu’il n’analyse pas les combats des pugilistes québécois à la radio ou à la télévision, il les regarde avec ses yeux d’amateur. De plus, il est entraîneur bénévole dans un gymnase de boxe à Sainte-Adèle.
« La boxe fera toujours partie de ma vie, raconte Gauthier. C’est un sport qui a été rassembleur pour ma famille.
« Mes parents ont souvent voyagé pour me voir lorsque je participais aux Championnats canadiens, mais aussi pour des événements dans lesquels je n’étais même pas impliqué. »
Prendre sa retraite n’a pas été facile.
« Ce fut la partie la plus dure de ma carrière. Tu fais quelque chose pendant 18 ans. Tu ne veux pas la laisser tomber. Par contre, tu ne veux pas devenir un trouble pour ta famille. »
Un verdict nul contre Javier Franco l’a poussé à réfléchir à son avenir.
« À un certain âge, tu n’es plus prêt à mourir dans le ring. Tu as une bonne vie et tu as des gens incroyables autour de toi. Tu te demandes si tu es prêt à sacrifier cela. »
Gauthier travaille également au sein de l’entreprise familiale, qui se spécialise dans la vente d’outils aux petites entreprises.
« On a démarré notre entreprise dans le garage familial. Maintenant, nous sommes rendus dans un entrepôt de 10 000 pieds carrés. Lorsqu’une grosse compagnie ferme, on tente d’aider une petite à se construire. On est loin des prix courants. On vend souvent du neuf au prix de l’usagé. »
Stéphane « Brutus » Tessier
De l’autre côté de la clôture

Malgré sa fiche peu reluisante de 3-30-2, 1 K.-O., Stéphane « Brutus » Tessier a été l’un des boxeurs les plus respectés au Québec durant sa carrière.
Le poids lourd n’hésitait pas à accepter des combats à la dernière minute pour dépanner des promoteurs en mauvaise posture. Il n’a jamais rouspété et il a toujours rempli ses obligations.
« C’était ma vie, dans la boxe, souligne Tessier. À un moment donné, je n’avais plus de demandes. J’avais mal aux articulations et ma femme m’a demandé d’arrêter. Un coup de trop, ça peut avoir des conséquences plus importantes qu’un combat et des sous. J’aimais ce monde-là et je me sentais apprécié.
« Je me disais toujours dans ma tête en regardant mon adversaire qu’il ne me coucherait pas. »
Au cours de sa carrière, il a encaissé les coups de puissance de plusieurs boxeurs de l’élite mondiale, mais il n’est pas allé souvent au plancher.
« J’ai eu trois flashs knock-down en 35 combats. Je suis chanceux de ne pas avoir eu de commotion. D’ailleurs, je fais des suivis médicaux sur une base régulière et je fais partie des travaux de recherche du Dr Louis De Beaumont.»
Aujourd’hui, il est commis d’entrepôt pour la compagnie Lowe’s. Il est aussi superviseur pour la Régie des alcools, des courses et des jeux lors des galas de boxe.
« J’ai toujours travaillé en même temps que je boxais. J’avais besoin d’un travail physique après ma carrière. Pour ce qui est de la Régie, je voulais garder un pied dans la boxe. »
Avant et après les combats, il surveille les boxeurs dans leur vestiaire, notamment pendant leurs tests antidopage. D’ailleurs, il a eu un rôle important dans le vestiaire d’Adonis Stevenson après sa défaite contre Oleksandr Gvozdyk en 2018. Tessier avait réagi rapidement alors que le boxeur québécois avait été victime d’un malaise.