Quatre syndicats en grève: pourquoi ça va si mal à la STM?

Genevieve Abran
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Les employés professionnels de la STM ont voté en faveur d’un mandat de grève jeudi. C’est le quatrième syndicat de six à tenir des moyens de pression à la société de transport. Mais qu’est-ce qui explique ces grèves à répétition?
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Pour rappel, les syndicats représentant les employés d’entretien, les chauffeurs d’autobus et opérateurs de métro, de même que le personnel administratif de la Société de transport de Montréal (STM) ont également voté en faveur de grève dans les derniers mois.
Les employés professionnels, qui travaillent dans des secteurs comme l’architecture, la comptabilité, l’approvisionnement ou l’ingénierie, sont en négociation pour leur contrat de travail depuis un an.
Pourquoi donc est-ce que ça va si mal à la STM?
Sous-financement
Si les sociétés de transport peinent à s’entendre avec leurs employés, c’est parce qu’elles se retrouvent dans une situation économique particulièrement difficile.
Il faut dire que la STM n’est pas la seule dans cette situation: des employés du Service de transport de l’Outaouais (STO), à Gatineau, du Réseau de transport de la Capitale (RTC), à Québec, et de la Régie de transport en commun de Shawinigan (RTCS) ont aussi fait la grève ou s’apprêtent à débrayer.
«Depuis trois ans, il y a des coupures financières. Donc ça a amené les organismes de transport partout au Québec, pas juste la STM, à être obligés de revoir leur façon de faire, leur gestion», explique la professeure associée au Département d'études urbaines et touristiques de l’UQAM, Florence Junca-Adenot.
Dans les dernières années, le gouvernement de François Legault a coupé dans le financement du transport collectif au Québec.
Le plus récent budget caquiste alloue 560 millions de dollars supplémentaires sur cinq entre 2030 et 2035 pour le maintien d’actifs dans le transport collectif partout dans la province, ce qui est en deçà des 585 millions de dollars sur trois ans que la STM estimait nécessaire.
«Le financement du transport collectif étant ce qu’il est, les ressources disponibles sont en décroissance. Ça explique qu’il y ait moins d’argent pour remettre à niveau les infrastructures. Donc, on voit le métro s’abîmer un peu plus vite et puis les autobus aussi», ajoute celle qui est également porte-parole de l’Alliance TRANSIT pour le financement des transports collectifs.
Les conséquences des difficultés budgétaires se font ressentir depuis quelques années à la STM: en 2023, elle évoquait notamment la possibilité de fermer le métro à 23h, ce qui avait causé un tollé.
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Un discours incohérent
Pourtant, le ministre du Travail Jean Boulet a déclaré mardi qu’«il fallait mettre fin à ce conflit-là qui fait tellement de mal à Montréal».
«Le transport en commun à Montréal, littéralement, c'est un service essentiel, on ne peut pas tolérer ça», a-t-il imploré.
«Ce n’est pas cohérent. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre», lance Florence Junca-Adenot.
«C’est l’une des causes des grèves: il n’y a pas de marge de manœuvre de la part des employeurs pour négocier avec les syndicats étant donné que le gouvernement n’a pas priorisé les transports collectifs, même s’il reconnait que c’est un service essentiel», renchérit le co-directeur-général et porte-parole de Trajectoire Québec, Philippe Jacques.
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Pistes de solution
Serait-il possible pour le gouvernement de la CAQ de bonifier le financement dans les transports collectifs? Les deux experts croient que oui.
«Ce sont des choix qui sont faits politiquement. On parle d’un troisième lien à 10 milliards. L’argent est là», estime Philippe Jacques.
Pour financer les sociétés de transport, il suggère notamment l’ajout d’un péage à certains endroits stratégiques, comme il existe à New York.
«Les gens sont contents de le payer parce que ça réduit vraiment leur délai pour se rendre à destination. Et ça finance le métro de New York», illustre-t-il.
Selon Florence Junca-Adenot, la CAQ pourrait augmenter la taxe sur l’essence, dont une partie sert à financer le transport collectif.