Patinage de vitesse courte piste à Milan: de l’entraînement avec l’équipe féminine à la formation masculine à battre aux Jeux olympiques
Félix Roussel a mené les entraînements féminins avant de passer sur l’équipe nationale


François-David Rouleau
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MILAN | Il y a quatre ans, Félix Roussel a pris un dur coup. Le genre de droite à la mâchoire qui fait mal et blesse du même élan l’ego d’un jeune patineur affamé et bourré de testostérone.
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Parce que l’équipe débordait de talents et qu’il avait subi une commotion cérébrale qui l’avait ralenti au moment de la sélection nationale, le jeune homme de 20 ans à l’époque avait été relégué à l’entraînement avec l’équipe féminine de patinage de vitesse sur courte piste.
«C’est un bon coup sur l’ego de m’envoyer avec les filles. J’ai été mis au pied du mur. Je n’avais d’autre choix que de m’entraîner fort si je voulais me sortir de là.»
En rejoignant la bande à Kim Boutin, l’orgueil en a aussi pris pour son rhume. Mais ce n’était pas une punition ou une rétrogradation. C’est plutôt qu’au moment de la sélection de l’équipe nationale masculine, le patineur âgé de 20 ans à l’époque n’était pas parvenu à se faufiler dans le top 8 à l’échelle du pays.
«L’entonnoir s’est fermé et les entraîneurs m’ont donc invité à rejoindre les filles. Je l’ai ensuite pris comme une preuve de confiance, car on croyait assez en moi pour me garder. Je n’étais pas prêt à patiner avec les gars, donc j’ai patiné avec les meilleures filles du pays en leur montrant que je pouvais gagner.»

Pas question de le laisser tomber
L’entraîneur-chef du programme national, Marc Gagnon, reconnaît que ce n’était pas la situation idéale pour son jeune patineur. Il tenait à celui qui avait brillé aux Jeux olympiques de la jeunesse à Lausanne en 2020. Et il ne voulait pas le perdre ou qu’il abandonne son sport pour une question de points au classement qui fluctuait chaque semaine.
«C’était aussi une façon de l’aider et de continuer à bien l’encadrer. Ça peut être difficile pour un gars de l’accepter, car en effet, ç’aurait été mieux qu’il patine avec les hommes, a-t-il relaté dans une généreuse entrevue dans les coulisses de l’aréna à Milan. Mais on ne voulait pas le perdre. Les filles sont primordiales dans notre programme et on lui a donné des défis.»
Roussel a donc pris les bouchées doubles et tiré le peloton féminin. Pendant qu’il forçait comme un cheval à l’avant du groupe afin de faciliter le travail de ses coéquipières, il a gagné en confiance et, évidemment, en force physique.
«L’entraînement est différent. Son rôle était vraiment difficile, parce qu’au lieu de passer 10% du temps à l’entraînement à l’avant du peloton, il y était à plus de 80%. C’est très dur.»

À travers cette épreuve, avec déjà trois médailles olympiques autour du cou, Boutin a aussi aidé Roussel à trouver l’équilibre entre l’humain et l’athlète dans la vie. Un prérequis important pour ensuite connaître du succès au sein d’une puissante équipe masculine sur la scène internationale.
Des outils de plus
Rusée, la direction du programme national a usé de stratégie pour continuer à polir le diamant Roussel sur la glace. En le plaçant à l’avant du peloton, il a appris de nombreuses stratégies de course qu’il n’aurait peut-être pas expérimentée derrière les «top gun» de l’équipe masculine.
«Il a développé des routines et des tracés en guidant le groupe. Les répétitions font en sorte que de passer à l’avant devient davantage une habitude qu’une crainte. Des patineurs craignent de patiner en avant. Félix, lui, n’a pas peur. Il fonce», a fait remarquer Gagnon.

Colocataire de Roussel durant une année à Montréal, William Dandjinou croit que ce passage au sein de la formation féminine a permis à son grand ami d’attaquer la suite de sa carrière.
«Il a saisi l’opportunité et il [ne l’a] pas pris de façon négative. C’était vraiment bénéfique pour lui», a signalé celui qui est l’une des grandes vedettes de l’équipe.
Une autre preuve qu’un cycle olympique est parsemé d’obstacles et de défis avant d’intégrer une équipe visant un record olympique canadien de sept médailles à ces JO.
Comme le veut le dicton, tous les chemins mènent à... Milan. Même avec un passage avec les filles qui affecte l’ego masculin.