Italie 2026: William Dandjinou peut écrire l'histoire à Milan tellement qu'il est dominant... mais c'est aussi un phénomène en dehors du sport
Passionné par les échecs, la lecture, les sciences et la nature, le patineur déborde du cadre habituel des patineurs.

Richard Boutin
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William Dandjinou, l’un des plus grands patineurs sur courte piste du haut de ses 6 pieds et 3 pouces, mise sur des célébrations d’après victoire sortant de l’ordinaire. Il est attiré par un très grand nombre de champs d’intérêt qui ne sont pas l’apanage de ses coéquipiers, et détonne dans le monde du patinage de vitesse.
S’il retient l’attention à l’extérieur de la patinoire en raison de ses intérêts variés, Dandjinou brille encore plus sur la glace alors qu’il pourrait écrire une page d’histoire aux Jeux olympiques de Milan Cortina en remportant cinq médailles. Pour vous donner une petite idée de l’ampleur de l’exploit que pourrait réaliser le Canadian volant, la meilleure récolte de l’équipe canadienne au total aux Jeux est de six médailles réussie en 2002 à Salt Lake City. Réaliste de réussir un tel exploit ?
« La ligne est très mince entre capable et réaliste, résume-t-il. C’est possible de remporter cinq médailles, mais ça ne s’est jamais vu. Mon objectif principal est de contribuer à l’objectif de l’équipe qui est de gagner sept médailles. »
Locomotive de l’équipe canadienne en 2002, Marc Gagnon est impressionné que Dandjinou parvienne à mener de front tous ses projets. « Ce n’est pas tous les athlètes qui ont les capacités de s’épanouir tant sur la glace qu’à l’extérieur au cours de leur carrière, explique l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne. Plusieurs découvrent leurs intérêts plus tard. William est le patineur qui se défonce le plus sur la glace et à l’extérieur. Cette éthique de travail combinée à son très grand désir de gagner (il déteste perdre) et son très grand talent expliquent pourquoi il est actuellement le meilleur patineur au monde. »
Des parents très ouverts
Tout jeune, Dandjinou a été encouragé par ses parents à ne pas hésiter à afficher ses différences. « Mes parents m’ont toujours encouragé à être authentique et à ne pas suivre les autres, souligne-t-il, pour expliquer ses intérêts très diversifiés. Mes célébrations sont différentes, tout comme ma technique que j’ai adaptée en raison de ma grandeur. »

Avec ses bras, il fait le mouvement des ailes d’un oiseau qui vole, d’où son surnom du « Canadien volant ». « C’était magique de voir la réaction de la foule à Montréal quand je l’ai fait pour la première fois. C’est devenu ma marque de commerce. Il s’agissait de ma première victoire sur la scène internationale. Ça signifiait aussi que je m’envolais hors du nid, et un sentiment de liberté. »
« Un défi et non un problème »
Les patineurs de son gabarit optent habituellement pour le patinage de vitesse sur longue piste. Au sein de l’équipe canadienne, on retrouve également Félix Roussel, qui mesure 6 pieds, 2 pouces.
« À 6 pieds, 3 pouces, j’ai des défis que les autres n’ont pas, indique-t-il. J’aborde toutefois cette situation comme un défi et non un problème. Je me demande toujours comment ça peut fonctionner. Des gens m’ont souvent dit que je serais mieux en longue piste en raison de ma grandeur, mais je savais que je pouvais réussir en courte piste. »
« J’ai déjà essayé le longue piste, mais c’est un potentiel que je ne voulais pas exploiter pour les Jeux de 2022, ajoute Dandjinou. J’adore le longue piste, mais mon cœur est encore en courte piste. Je suis encore dédié au courte piste, mais je ne ferme pas la porte dans le futur. »
Entraîneur au Centre régional canadien d’entraînement (CRCE) quand il a rencontré Dandjinou pour la première fois, Marc Gagnon a rapidement été convaincu par ses habiletés. « On se questionne sur l’agilité d’un patineur de son gabarit, mais j’ai été convaincu dès ses premiers tours, souligne l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne. Son agilité était évidente. Il n’y avait aucune limitation quand il se lançait à l’intérieur pour un dépassement. Les poussées en ligne droite représentent un avantage pour un grand patineur. »
Un passionné des échecs
Passionné de sport, comme le démontrent ses expériences au basketball, au hockey et au soccer, Dandjinou adore tout autant les échecs, les livres, les sciences, la nature et les séries. Il a été membre du club des jeunes naturalistes du jardin botanique qu’il fréquentait avec sa mère.
« Tous les hommes du côté de ma mère jouent aux échecs, explique-t-il. Mon grand-père, qui est décédé récemment, a participé à de grands tournois. Je l’ai battu une seule fois, mais ça ne compte pas vraiment parce qu’il n’était pas à son meilleur. »
Si on le taquine encore pour ses goûts diversifiés, Dandjinou prend ses remarques avec un grain de sel. « Ce n’est pas une préoccupation. Qui sont-ils pour juger ce que les autres font ? »
Volet académique
En plus du patin et de ses multiples intérêts, Dandjinou prend très au sérieux ses études. Il a terminé ses études collégiales en sciences de la santé. « Quand j’ai débuté le courte piste, mes parents étaient assez inquiets parce que c’était moins propice de concilier le tout avec mes études, contrairement à d’autres ports. Le patin n’est pas toute ma vie. »
En raison des Jeux, Dandjinou s’est accordé une année sabbatique à l’école. Il jongle avec la possibilité de se tourner vers le droit, mais pas dans l’immédiat. « Parce que je ne veux pas faire les choses à moitié et que c’est super important de suivre ma cohorte, j’ai repoussé mes débuts universitaires. »
Après avoir surmonté une énorme déception, Dandjinou peut-il inscrire un record mondial de 5 médailles ?
Réserviste aux Jeux olympiques de Pékin il y a quatre ans, William Dandjinou n’a aucunement eu à s’inquiéter pour sa place cette année.
Meilleur patineur de la planète au cours des deux dernières années, Dandjinou est le pilier de l’équipe canadienne qui a remporté les trois globes de cristal cette saison.
Dandjinou dit avoir retiré du positif de cette expérience déchirante où il a regardé ses coéquipiers à Pékin depuis son salon. « J’ai vu le processus de sélection olympique et j’ai compris ce que j’avais besoin de faire pour être olympien, explique-t-il. J’ai fait partie d’une équipe gagnante. »
« Même si c’était moins le fun d’être à la maison et ce fut parfois amer, j’ai réussi à regarder la situation avec une certaine perspective parce qu’il ne s’agissait pas de ma dernière chance de me qualifier pour les Jeux, d’ajouter Dandjinou. Je ne sais pas si ma réaction aurait été la même si j’en avais été à ma dernière occasion de me qualifier. »

S’il a réussi à surmonter son immense déception, le Canadien volant a songé très sérieusement à délaisser le patinage courte piste. « J’ai vraiment pensé beaucoup à quitter. Avec le recul et la maturité, j’ai décidé de continuer. Je n’aime pas seulement les résultats, mais aussi l’expérience. J’ai retrouvé le plaisir et je l’ai conservé. »
Dandjinou s’est retrouvé dans la même situation que celle que son coéquipier Steven Dubois avait vécue quatre ans plus tôt à Pyeongchang en Corée du Sud. Dubois a volé la vedette en Chine avec une récolte de trois médailles.
« J’étais très ému de voir Steven aussi bien faire alors qu’il était dans la même situation que moi en 2018, exprime-t-il. Parce que je me suis beaucoup entraîné avec l’équipe, il y avait une partie qui disait que j’avais contribué au succès. »
Prêt à tout pour qu’il reste
L’entraîneur-chef de l’équipe canadienne Marc Gagnon avait confiance de voir Dandjinou de retour. « Parce que William vivait une profonde déception, j’évaluais à cinq pour cent les chances qu’il quitte le courte piste. La situation aurait été différente s’il avait atteint ses objectifs ou s’il avait été tanné. »
Une autre raison laissait croire à Gagnon que son patineur vedette serait de retour. « Nous étions prêts à mettre tous les efforts pour qu’il reste et à utiliser toutes les ressources nécessaires. Son départ aurait été trop décevant pour lui compte tenu de son potentiel. Will est un passionné et il veut gagner. S’il avait quitté, cela n’aurait pas été la bonne décision pour lui. »
Chacun sa route
Dandjinou considère qu’il n’y a pas de formule qui convient à tout le monde. « On a chacun notre histoire et la mienne est différente. Samuel Girard a remporté deux médailles aux Jeux à l’âge de 22 ans. Marc Gagnon a été champion du monde à 17 ans, ce qui est incroyable. À Pékin, j’étais encore en découverte de mon sport. J’étais affamé et curieux. »
Le grand stress des Jeux du Québec
Pour son baptême olympique, le patineur de 24 ans sera le point de mire au sein de l’équipe canadienne et aura une cible dans le dos pour ses adversaires. Sera-t-il en mesure de jongler avec la pression de ces grandes attentes ?
« Ça va être plus grand que tout ce que j’ai vécu auparavant et je devrai bien gérer la situation, mais je n’ai jamais été plus stressé que lors des Jeux du Québec, raconte-t-il. Pour un petit gars de 13 ou 14 ans, c’était autant important sinon plus que les Jeux olympiques. J’avais été trois jours sans dormir avant ma première course. Cette expérience me permet de relativiser ce qui s’en vient. »
Dandjinou estime qu’il s’agit d’un privilège de se retrouver dans une telle situation. Certains parlent même d’une récolte de cinq médailles (500 m, 1000 m, 1500 m, relais 5000 m et relais mixte). Il s’agirait d’un record mondial en courte piste.
« C’est bon signe quand les attentes sont élevées, sinon ça signifierait que je ne suis pas parmi les favoris. C’était le même questionnement l’an dernier avant les mondiaux et ça s’est bien passé. »
L’actuelle marque mondiale appartient à un même patineur... sous deux noms différents. Ahn Hyun-Soo a triomphé sous les couleurs de la Corée du Sud en 2006 à Turin avant de changer de nom et de se joindre à la Russie en 2014 à Sotchi. Ce nouveau Viktor Ahn a aussi gagné quatre médailles, dont trois d’or. Notons que le relais mixte n’existait pas avant les Jeux de 2022.