Mikaël Kingsbury: pour une dernière fois en compétition au Québec ce week-end
Le «roi des bosses» prendra la grande décision sur sa carrière en fin de saison


François-David Rouleau
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VAL SAINT-CÔME | Le compteur de l’enregistreur n’affichait pas encore cinq minutes à notre entrevue avec Mikaël Kingsbury, lundi midi, que le prolifique athlète avait déjà laissé trois indices concernant une imminente retraite couronnée de 142 podiums en Coupe du monde, 109 victoires, l’or olympique et 29 globes de cristal.
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Le sujet court depuis l’aube de la saison 2025. L’an passé, en marge des épreuves de la Coupe du monde de ski acrobatique à Val Saint-Côme, il nous avait laissés entrevoir ses plans quand il accrocherait possiblement ses planches, après les Jeux olympiques de Milan-Cortina. C’était toutefois dans un avenir plutôt lointain.
Avançons rapidement de 12 mois. Il s’en est passé, des péripéties, dans l’univers de Kingsbury. Le petit Henrik, son fiston âgé de 16 mois, marche, parle et court partout. Sur les pistes, il s'approche de sa 100e victoire sur le circuit de la Coupe du monde. Mais une blessure à l’aine l’a ralenti. Elle l’a forcé à réfléchir, à adapter et à modifier ses plans de la présente saison. Et peut-être à penser à entonner son chant du cygne, qui rime avec le grand succès de 1988 de Gerry Boulet Pour une dernière fois.
Après avoir parlé des prouesses de son petit bonhomme, discuté de la famille, de sa période des Fêtes et de sa préparation olympique dans les premières minutes de notre conversation, «Mik» avait laissé suffisamment d’indices sur la longue table au pied de la piste de la station de ski Val Saint-Côme pour qu’on pose la question avec cordialité.
«Est-ce ton dernier passage en compétition en carrière au Québec?», lui demande-t-on, après son entraînement en piste.
Kingsbury réfléchit brièvement, avant sa très généreuse réponse.

En conciliabule
«Il y a de bonnes chances que oui, lâche-t-il, en regardant la piste abrupte. Je n’ai pas officiellement pris ma décision. Elle viendra en fin de saison, après en avoir discuté avec Laurence, Henrik, ma famille et mon équipe.
«Avec ma blessure, ce n’est pas la chose la plus agréable de terminer ainsi. Je fais de mon mieux avec ce que j’ai. Ce n’est pas optimal, mais dans ma condition présentement, c’est ce que je peux livrer. Je suis content de mon progrès.
«C’est évident que j’aimerais prendre ma retraite au sommet, en ayant atteint les 100 victoires en Coupe du monde et en skiant de gros Jeux olympiques, insiste le meilleur de tous les temps dans sa discipline et un des athlètes les plus accomplis de la planète.
«Mais on va peser les pour et les contre en famille après la saison», dit sagement le vainqueur de 29 globes de cristal (FIS) en carrière.

Nouvelle construction
À 33 ans, avec son épais cartable de route ultradécoré comptant neuf titres en Championnat du monde — sans compter qu’il n’a pas été écarté du podium à ses huit présences depuis 2011 —, trois médailles olympiques, dont l’or de 2018, une multitude de records et d’honneurs, Kingsbury aurait pu accrocher ses planches depuis un bon moment. La passion et le feu de la compétition l’incitaient à continuer.

Jusqu’à ce que cette blessure à l’aine subie sur une rampe d’eau à l’entraînement, à la fin du mois d’août dernier, vienne jeter un tonneau d’eau froide sur ce feu brûlant, qu'il dit encore allumé malgré tout.
En cette année olympique, il n’était pas question d’éteindre son rêve, même s’il allait probablement traverser les moments les plus difficiles de sa carrière. Avec sa sagesse et sa maturité, il a accepté un changement de mentalité. Il a bûché de longues heures en réadaptation dans le gym pour retrouver ses skis et tranquillement, ses repères.
Plutôt que de descendre à fond de train en mettant le paquet sur la victoire, il apprend à bâtir son aventure olympique en Italie.
«C’est l’objectif de la saison. Je dois toujours me le rappeler. Le but, c’est d’arriver aux Jeux à 100%. Est-ce que ce sera le cas? Peut-être ou peut-être pas. Mais je veux m’en approcher le plus possible. Le reste de la saison sur le circuit, c’est important. Sauf que je dois faire attention», explique le champion olympique de 2018 à Pyeongchang, et gagnant de l’argent à Sotchi et à Pékin.

«J’aimerais davantage remporter les Jeux que l’épreuve à Saint-Côme. Je pense que tout le monde le comprend.»
Retour de blessure: petit train va loin
Sur une échelle de 0 à 100, où en est rendu Kingsbury dans sa réadaptation et sa capacité à retrouver tous ses moyens?
«À 80%, affirme-t-il. C’est parfois plus difficile de gagner à 80%, mais je sais que j’en suis capable. D’ici les Jeux, avec de petits gains quotidiens, je devrais m’approcher d’une condition physique à 100%.»
L’arrêt du circuit de la Coupe du monde à Val Saint-Côme, vendredi et samedi, se veut une étape de préparation aux Olympiques. C’est la stratégie adoptée.

Son entraîneur-chef, Michel Hamelin, estime qu’il doit réhabituer son corps à son exigeante discipline, même si Mikaël la pratique depuis son enfance.
De mieux en mieux
«Quand il descend dans des bosses rapprochées et agressives, il ne ressent plus de douleur, mais sa tête lui rappelle que de pareilles conditions lui ont déjà fait mal. Il travaille donc son cerveau à lui signaler que tout est maintenant correct, image Hamelin.
«Après une blessure, ce sont souvent les mouvements rapides et les réflexes qui sont plus lents ou qui manquent de synchronisme», ajoute-t-il, à propos de ce sport acrobatique dans lequel les athlètes filent à toute allure sur la pente.

«Il commence à se sentir de mieux en mieux. Dimanche, il était un peu plus sur les freins à l’entraînement. Son corps ne voulait pas tout à fait y aller pleinement. Mais lundi, il a fait de bonnes descentes.»
En début de semaine, la piste fraîchement faite dans des conditions dures comme du béton et glacées était encore trop jeune pour donner une idée des conditions de la compétition; avec les accumulations de neige de la semaine, la remontée du mercure et la multiplication des descentes du peloton entier, elles ont changé au fil des jours d’entraînement.
«Dans ma réhabilitation, ce dont je me suis rendu compte, c’est que mon sport est vraiment agréable quand la douleur n’est pas présente», lâche Kingsbury en riant.

«Pour l’instant, la piste et les conditions sont dures sur mon corps, ajoute le skieur de Deux-Montagnes. Ce n’est pas l’idéal pour un retour, mais je me sens bien.»