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«Biohacking»: pourquoi tout le monde s’injecte des peptides sur TikTok?

Photomontage Benoit Dussault
Photo portrait de Sarah-Florence  Benjamin

Sarah-Florence Benjamin

2026-02-26T21:54:32Z

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Et s’il existait une substance qui vous permettait, en quelques jours, d’avoir une plus belle peau, des cheveux plus forts, de plus gros muscles, une taille fine ou de guérir des blessures en un rien de temps ? Ce sont quelques-uns des effets miraculeux que des influenceurs attribuent aux peptides, ces substances censées transformer le corps de manière dramatique. D’où vient cette tendance et quels sont les risques ?

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Une recherche sur Google Trends montre que l’intérêt pour le mot « peptides » est en hausse au Canada depuis l’été 2025 et que cette hausse est encore plus marquée depuis l’automne dernier.

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large qu’on désigne sous le nom de « biohacking », soit l’art de contrôler son corps et son apparence par le biais de la « science », même si cette science se base peu sur de réelles recherches sérieuses.

En allant faire un tour dans le forum r/BiohackingU sur Reddit, on trouve rapidement des publications dans lesquelles des usagers dressent des listes de recommandations de peptides censés améliorer l’apparence physique, en passant de la peau, aux cheveux, aux muscles et même pour améliorer sa libido, en plus de fournir des liens vers des sites où se les procurer.

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Afin de contourner les règles d’autorisation des produits de santé, ces médicaments peptidiques sont souvent étiquetés comme « à des fins de recherche seulement », même si les consommateurs les achètent dans le but de se les autoadministrer.

Course à la beauté

Pour Laurence Grondin-Robillard, professeure associée à l’école des médias de l’UQAM, il n’est pas étonnant que ce genre de tendance soit populaire sur les réseaux sociaux.

Il a été prouvé maintes fois qu’ils ont un impact sur la perception sur l’image de soi des usagers. « En 2020, The Intercept a découvert que TikTok censurait le contenu de personnes laides, pauvres ou handicapées. Ça donne l’impression que tout le monde est beau sur les réseaux sociaux », illustre-t-elle.

Laurence Grondin-Robillard
Laurence Grondin-Robillard Capture d'écran

En jumelant à cette tendance les interventions cosmétiques auxquelles ont recours les célébrités ainsi que l’efficacité des filtres de beauté, la pression pour paraître plus beau est immense, d’où la popularité grandissante de mots-clics comme « biohacking » ou « looksmaxxing ».

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« On veut optimiser notre apparence et on cherche des alternatives plus accessibles que la chirurgie plastique par tous les moyens », précise la professeure.

Cette volonté s’explique, selon elle, par le besoin d’être vu et reconnu par les autres, mais aussi par le fait que l’image est très importante si on espère percer sur les réseaux sociaux.

Le fait de voir plusieurs autres usagers partager leur expérience ou même faire la promotion de peptides a un effet d’entraînement et donne l’impression que ça doit être efficace, ce pour quoi tant de gens sont prêts à les essayer sans connaître tous les risques.

@myhealthdiaries1

A year ago, I didn’t even know what a peptide was. I’ve taken this year to learn, grow and heal… just supporting my body… and I feel like I continue to change in the way I look, the way I feel, how my clothes are fitting, what I see in the mirror. I love it, I love it so much. Just giving myself an opportunity to feel confident and healthy in my body as I age. As always drop a comment to learn more 😜🙏🏻

♬ original sound - First Motors

Pas d’effets prouvés

On peut avoir l’impression que ces produits sont efficaces, car des peptides sont utilisés dans plusieurs médicaments testés et approuvés par Santé Canada.

Le terme « peptide » désigne de courtes chaînes d’acides aminés, qui servent à construire nos protéines et qui envoient des signaux aux cellules pour qu’elles réagissent d’une certaine façon, dans des processus comme la régulation hormonale, la guérison de tissus ou la libération de neurotransmetteurs.

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L’insuline et les médicaments agonistes du GLP-1 (comme Ozempic ou Wegovy) sont des exemples très connus de traitements à base de peptides.

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Ces traitements de peptides injectables qu’on peut se procurer sur Internet sont différents. Ces substances ne sont pas homologuées par Santé Canada, ce qui veut dire qu’on n’a pas testé leur efficacité et leur innocuité dans le cadre d’études cliniques rigoureuses étalées sur plusieurs phases.

« Certaines personnes prennent des peptides de manière expérimentale dans l’espoir de guérir une blessure, d’améliorer leur mémoire, de booster leur libido, ou encore d’augmenter leur longévité, en s’appuyant sur des études réalisées sur des cellules cultivées en laboratoire ou sur des rongeurs », peut-on lire dans la rubrique contre la désinformation de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale de France (INSERM).

Il n’existe pas de preuves scientifiques solides de leurs effets sur l’humain.

« Le risque n’en vaut pas la peine »

Le chimiste Normand Voyer rappelle qu’il faut toujours se méfier des discours où on présente des traitements expérimentaux comme la réponse à tous les problèmes. « Si ça fonctionnait, on serait tous beaux et bronzés », souligne-t-il.

S’injecter des substances non homologuées sans supervision médicale est à proscrire « pour tout le monde » selon celui qui enseigne un cours sur la cosméceutique à l’Université Laval.

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« Quand on s’injecte une substance chimique dont on ne connaît pas les effets secondaires, il peut y avoir des réactions immunitaires imprévues. Le risque n’en vaut pas la peine », explique-t-il.

Normand Voyer
Normand Voyer Photo Marcographie

Il souligne également que ce ne sont pas seulement les peptides qu’on s’injecte, mais aussi d’autres composés qui servent à formuler du produit ou le protéger des micro-organismes. Ces substances peuvent aussi provoquer des effets indésirables.

L’INSERM avertit également que l’utilisation de peptides de croissance non homologués peut mener à l’accélération de certains cancers, à des changements permanents au niveau des os, des muscles et des organes.

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Normand Voyer appelle à la prudence par rapport à ce qu’on peut voir sur Internet, surtout des pages qui cultivent la méfiance envers les professionnels de la santé et les organismes réglementaires.

« Santé Canada n’est pas là pour empêcher des médicaments miracles d’aller sur le marché, mais pour assurer la sécurité du public », rassure le chimiste.

Il recommande de faire ses recherches, de ne pas se limiter à une seule source d’information et, dans le doute, s’abstenir de s’injecter des substances non homologuées sans une recommandation et une supervision médicale.

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