Pourquoi la droite et les «tradwives» aiment-elles autant le lait cru?


Genevieve Abran
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Dans les dernières années, plusieurs personnes qui adhèrent à des idées de la droite ou de l’extrême droite ont remis en question la nécessité de la pasteurisation et ont critiqué l’interdiction de la vente de lait cru au Canada. Mais pourquoi le lait cru est-il autant apprécié de la mouvance de droite?
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Avant toute chose, revenons aux bases. Du lait cru, c’est du lait qui n’a pas été pasteurisé.
La pasteurisation, nommée en l’honneur de Louis Pasteur, le biologiste et chimiste français ayant découvert la procédure au 19e siècle, consiste à chauffer le lait pour en détruire les micro-organismes pathogènes.
C’est un processus important parce qu’un échantillon de lait cru sur trois contient des pathogènes comme le E. coli, la listériose ou le Campylobacter.
Pour la population générale, la consommation de bactéries comme celles-ci peut provoquer une indigestion alimentaire. Elles sont toutefois beaucoup plus nocives pour les populations vulnérables, comme les enfants, les personnes enceintes et âgées ainsi que celles qui ont un système immunitaire affaibli, pour qui une simple intoxication peut mener à la mort.
En février 2026, un nouveau-né du Nouveau-Mexique est mort de la listériose qui pourrait avoir été causée par la consommation de lait cru de sa mère durant sa grossesse.
Depuis 1991, le lait doit obligatoirement être pasteurisé pour être vendu au Canada. La vente de lait cru est donc illégale.
Populaire sur les réseaux sociaux
Dans les dernières années, la promotion du lait cru a envahi les réseaux sociaux, notamment auprès de personnes qui adhèrent à des idées de la droite ou au mouvement de retour vers les valeurs traditionnelles, aussi connu sous le nom de «tradwives».
En février 2026, l’influenceuse originaire de l’Utah Hannah Neeleman (connue sous le pseudonyme Ballerina Farm) s’est mise dans l’embarras après que des inspecteurs sanitaires ont détecté des doses élevées de coliformes, une bactérie dans la même famille que l’E. Coli, dans le lait cru qu’elle vend.
Elle a dû mettre fin au commerce de son lait cru à ce moment. La mère de huit enfants a plutôt justifié ce changement en disant que «ça n’avait pas de sens économiquement de mettre autant de temps et d’effort dans cette opération de lait cru».
En juin 2025, la populaire influenceuse américaine Nara Smith avait suscité de vives réactions après avoir mentionné dans une vidéo qu’elle buvait du lait cru, et ce peu de temps après avoir annoncé être enceinte de son quatrième enfant.
Plusieurs influenceurs affirment être des adeptes du lait cru parce qu’il contiendrait plus de nutriments que le lait pasteurisé. C’est pourtant faux: des études scientifiques ont prouvé que chauffer le lait n’a aucun impact significatif sur les nutriments qu’il contient.
Mais pourquoi la droite aime-t-elle autant le lait cru?
«Je pense que c’est un peu une forme de retour à des valeurs traditionnelles, un retour à ce que nos grands-parents faisaient, ce qui est le plus pur et naturel possible. Je pense qu’ils ont un système de valeurs différent que d’autres groupes, qui se basent beaucoup plus sur la science», soutient la nutritionniste Marjolaine Cadieux.
Certaines personnes qui font la promotion du lait cru vont avoir tendance à parler du lait pasteurisé comme étant «industriel» ou «transformé», constate le directeur du Centre de recherche en sciences et technologie du lait Steve Labrie.
«C’est un vocabulaire qui est utilisé aujourd’hui de façon très virulente sur certains aliments et qui vient dénaturer ce qui pourrait être quelque chose d’idéal, qui est de la nature, qui est le lait qui sort directement du pis de la vache et qui est tellement mieux», image-t-il.
Selon le chercheur, l’intérêt pour le lait cru viendrait aussi d’une défiance des institutions et des experts.
«Si des experts indiquent que c’est dans le meilleur intérêt du public que le lait soit pasteurisé, dans ces groupes-là, on va souvent repousser ce discours du revers de la main, on va défier des institutions comme Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments», affirme-t-il.
Le chercheur dit remarquer que le phénomène qui prend de l’ampleur depuis la pandémie de COVID-19.