Le Journal descend avec le «Roi des bosses» Mikaël Kingsbury
Il explique sa recette du succès en temps réel au Journal à l’entraînement de la Coupe du monde à Val Saint-Côme


François-David Rouleau
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SAINT-CÔME | Ce n’est pas tous les jours que l’on peut suivre le plus grand athlète de tous les temps dans son sport. À l’entraînement, cette semaine, sur les pistes de la station Val Saint-Côme en prévision de la Coupe du monde de ski acrobatique, Mikaël Kingsbury a accepté que le représentant du Journal le suive sur ses planches pour une complète immersion dans sa tête.
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Embarquez avec nous pour une extraordinaire expérience afin de mieux comprendre pourquoi le «Roi des bosses» québécois est l’athlète trois fois plus décoré que n’importe quel autre skieur avec ses 109 victoires en carrière et ses 29 globes de cristal.
Avec ses 142 podiums en carrière, Kingsbury a dominé sa discipline acrobatique avec une constance jamais vue.
Approchant la retraite alors qu’il fait fort probablement ses dernières descentes en Coupe du monde au Québec à Saint-Côme, le généreux skieur a bien voulu expliquer tout le processus menant à s’élancer dans le champ de bosses de l’abrupte piste.

Comme il nous l’avait dit en entrevue à pareille date l’an dernier, il est prêt à léguer son savoir et son expérience à la prochaine génération de bosseurs et de bosseuses.
À l’entraînement, rien n’est laissé au hasard dans son univers. Du télésiège à l’examen de chacune de ses descentes.
Bonne descente !
9h30
Après son échauffement en gymnase, Kingsbury enfile son manteau, ses bottes et son casque, sur lequel le nom de son fils, Henrik, est écrit au-dessus des pictogrammes de ses globes de cristal, saisit ses skis et se dirige vers la remontée mécanique avec son entraîneur, Michel Hamelin.
Dans l’attente, il reçoit les encouragements de plusieurs skieurs de la station, auxquels il sourit et répond avec grande courtoisie.
Mais il est déjà au travail. Il doit se concentrer.
Bien qu’il monte souvent avec les skieurs publics, les entraîneurs ont établi des stratégies afin d’éviter certains dérangements.
Dans la remontée, Kingsbury peut faire le vide, discuter de tout et de rien avec ses compagnons ou tout simplement se concentrer.

10h à 10h15


Dans sa routine, Mikaël préfère arriver au sommet de la piste parmi les premiers skieurs pour l’inspection. Bien qu’il connaisse la piste Alexandre Bilodeau comme le fond de sa poche, il est concentré en fixant le bas du parcours. L’inclinaison au départ est impressionnante et le premier saut, mesurant environ un mètre de haut, détonne dans le paysage.
C’est l’heure de l’inspection. Il pitonne sur son cellulaire pour lancer son lecteur de musique, qui sélectionne la chanson de Money for nothing, de Dire Straits, sortie en 1985. Il l’avance à la 90e seconde et descend sur la piste.
Qu’est-ce que l’inspection?

Tous les athlètes descendent la piste pour amasser une foule d’informations importantes avant les descentes d’entraînement.
«J’observe la qualité de la neige. Je regarde les endroits glacés. Je veux voir les entrées et les sorties des sauts. Je veux aussi savoir où il est nécessaire de se décaler dans un corridor ou dans les airs. Il faut que je trouve les points d’accélération et les pièges. C’est important de trouver ses repères avant de se lancer.»
Lignes

En ligne droite de haut en bas, le parcours compte quatre lignes. En simple, les skieurs décident de la ligne à emprunter. Comment Kingsbury la sélectionne-t-il?
«Je veux voir où je peux maximiser ma vitesse, les types de bosses et leurs faces. Je cherche la constance afin d’être en mesure d’accélérer et décélérer aux bons endroits. Chaque ligne a son type de neige. J’aime aussi les lignes plus silencieuses.»
À l’entraînement, Kingsbury est toujours épié. Tous le suivent, ou presque. Le «King» essaie plusieurs lignes, mais en fin d’entraînement, il sort des plus populaires en prenant ses rivaux par surprise. C’est d’ailleurs sur la ligne extérieure très peu pratiquée qu’il a remporté les deux épreuves de Saint-Côme l’an dernier!

«J'ai décidé de skier sur la ligne extérieure rouge. Là, persoinne ne pouvait m’attraper avec ma vitesse. J'étais battable dans la ligne intérieure du côté bleu, mais imbattable sur l'extérieur de la rouge.»
Sauts

Chaque ligne compte deux sauts sur lesquels les skieurs exécutent des figures notées par les juges. À l’inspection, Kingsbury a une bonne idée des figures qu’il fera sur le saut du haut et du bas de la piste. Il discute très souvent avec son entraîneur.

«J’analyse les distances entre les bosses et l’entrée de saut. Mon plan A sur celui du haut, c’est pas mal toujours le double full 1080 ou le backflip double full. Je prends ma décision en fonction de la température, de la qualité de la neige et de la construction des sauts.»
Aires d’atterrissage

Cassée à la pelle et constamment entretenue par les entraîneurs afin de ramollir la surface et ainsi adoucir la réception à pleine vitesse des skieurs, l’aire d’atterrissage des sauts est importante à analyser.

«Selon la grosseur du saut et la manœuvre choisie, je dois savoir où atterrir. Je cherche aussi à vraiment distinguer l’angle de l’aire d’atterrissage. C’est important pour la position du corps. Il faut vraiment savoir où atterrir pour bien s’aligner. Il y a aussi la qualité de la neige à analyser et les trous à trouver. Parfois, si c’est trop mou, on peut passer par-dessus les skis. Et si c’est trop dur, il faut être plus agressif avec les bottes.»

10h30


C’est le début de l’entraînement d’une durée de 45 minutes. La deuxième séance débutera à 11h30, après un entretien de la piste. De retour d’une blessure à l’aine, chaque descente est importante pour Mikaël. Rien n’est laissé au hasard.

«Il faut que je trouve mon synchronisme sur la piste. J’ai à trouver les bonnes rapidités selon les formes des bosses et les bonnes vitesses dans les sauts. C’est important de distinguer tout ça dans les trois premières descentes afin de bâtir une bonne séance. J’accumule les informations de descente en descente. Le parcours prend aussi en maturité. Les bosses deviennent plus carrées et je dois voir les creux pour gagner du rythme dans l’absorption.
«Il faut aussi que je place bien mon centre de gravité sur les lignes choisies. La position du corps avec les changements de cassure de la piste est aussi hyper importante pour ne pas se faire prendre.»


Observations et commentaires en temps réel
Au bas de la piste, armé de sa caméra et d’une tablette, Michel Hamelin observe attentivement les descentes de tous ses athlètes.

Celles-ci sont décortiquées en temps réel. Il livre ses commentaires et discute de stratégies, de techniques et de correctifs à adopter pour la descente suivante.


Mikaël remonte et enchaîne les descentes en vue de l’épreuve du simple, qui est à l’horaire 48 heures plus tard.