L’autre visage de San Francisco qu’on ne veut pas montrer à la visite au Super Bowl


Stéphane Cadorette
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SAN FRANCISCO | Tout est beau et festif dans le meilleur des mondes dans le cadre du Super Bowl LX, à San Francisco, où la visite, nombreuse, n’est qu’émerveillée. Pourvu qu’on se ferme un peu les yeux ou qu’on ne se dirige pas du mauvais côté de la ville, où la misère frappe.
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Chaque fois que j’effectue mon pèlerinage annuel au Super Bowl, je suis conscient que je suis privilégié.
Pendant toute la semaine, je me fais un bonheur de partager avec vous les histoires inspirantes des grands athlètes qui sont présents. Les Patriots et les Seahawks y sont cette année et dans les derniers jours, j’ai pris plaisir à vous parler autant des quarts-arrières vedettes que des héros obscurs.
Je me fais aussi, tous les ans, un devoir de vous faire voyager avec moi en vous plongeant au cœur de l’ambiance festive qui règne dans chaque ville qui présente le Super Bowl.
C’est toujours le cas, mais la réalité cette année à San Francisco, c’est qu’on nage entre l’allégresse entourant le grand match et la désolation d’une misère humaine. Et tout ça, côte à côte.
Un autre monde
Le contraste entre les deux univers parallèles est carrément saisissant au centre-ville.
Dans le secteur d’Union Square, où est situé l’hôtel des médias, c’est la fête. Ce coin touristique, où des marques comme Gucci, Rolex et Louis Vuitton ont pignon sur rue, respire le bonheur.
Et littéralement à quelques pas de ce petit monde huppé, c’est comme si une bombe avait frappé, avec des commerces placardés et une pauvreté évidente.

On parle ici du quartier Tenderloin, tristement réputé pour son taux de criminalité élevé, tout comme pour ses problèmes frappants d’itinérance, de vol et de consommation de drogue. Tenderloin, ça peut sonner un peu comme un nom de steakhouse renommé, mais c’est tout le contraire.
Une ambiance lourde
Il m’a suffi d'arpenter quelques coins de rue pour constater l’ampleur du désespoir qui frappe. Le nombre de sans-abri ne se compte même plus. La drogue est consommée ouvertement. À San Francisco, la quantité d’overdoses par 100 000 habitants est plus de deux fois plus élevée que la moyenne nationale aux États-Unis.
Le département de la santé publique de la ville évoque 3500 décès à la suite d’overdoses dans les quatre dernières années.

Depuis le lancement d’un programme de répression en mai 2023 pour s’attaquer au commerce de la drogue, la police de San Francisco a saisi plus de 426 kilos de stupéfiants, dont 153 kilos de fentanyl. On comprend vite qu’on ne parle plus ici du petit joint de pot pour relaxer.
L’autre problème majeur qui afflige ce quartier dans l’ombre des festivités du Super Bowl, c’est l’insalubrité.
Très tôt tous les matins, une escouade communautaire doit nettoyer et désinfecter au jet les trottoirs jonchés de déchets, mais surtout de défécations. Même ces interventions charitables ne permettent pas de chasser, à certains endroits, l’odeur persistante d’urine.
La ville de San Francisco a dû remplacer, dans les dernières années, des centaines de lampadaires ravagés par la corrosion sévère due à l’acide dans l’urine.
On ne parle pas seulement de celle provenant des humains, mais aussi des nombreux chiens errants qui déambulent.
Dès mon arrivée à l’hôtel, dimanche dernier, le préposé à l’accueil m’a remis une carte de la ville avec quelques rues barrées de gros X au stylo.

C’était évidemment le Tenderloin, où je me suis retrouvé sans le savoir en rejoignant l’ami et collègue de l’excellent balado de football Premier et les buts, William Boivin. Il n’avait pas entendu parler du coin lui non plus. Le bon Will a été joueur de ligne défensive dans son ancienne vie. Sans blague, sa présence m’a presque rassuré.
La fête continue
Mettons que tout ça nous fait oublier momentanément qu’à 10 minutes de marche, on célèbre en grande pompe la grand-messe du football et que la ville est superbe.

Le bouillonnement est grandiose au centre des congrès, où l’essentiel des activités médiatiques et le toujours populaire «Fan Experience» se déroulent.
Un peu plus loin, dans le très touristique secteur portuaire de l’Embarcadero, de magnifiques jeux de son et lumière projettent des moments marquants des 59 premiers Super Bowl sur le splendide Ferry Building.

De quoi m’en mettre plein les yeux et plein les oreilles. Le cœur, lui, demeure quand même lourd quand je repense à la détresse humaine, à quelques pâtés de maisons.
Il y a des cernes que même le puissant maquillage du grand cirque du Super Bowl n’arrive pas à masquer.