Au cœur d’un méchant buzz au Super Bowl autour de Bad Bunny!

Stéphane Cadorette
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SAN FRANCISCO | Personnellement, j’ai toujours été plus familier avec l’œuvre de Bugs Bunny que celle de Bad Bunny. Reste que l’artiste qui animera le spectacle de la mi-temps suscite un buzz à San Francisco comme on en voit rarement pendant la semaine du Super Bowl.
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Bon, j’exagère quand je dis que je connais mieux le lapin des dessins animés que le chanteur portoricain. Ce n’est pas comme si j’avais investi dans l’achat d’une grotte privée de wifi dans les dernières années pour me loger, n’ayez crainte!
C’est juste que dans ma palette habituelle d’artistes, la guitare électrique et la batterie sont plus prédominantes que les rythmes entraînants du roi du latino.
Oui, je suis de ceux qui réclament plus de rock à la mi-temps, mais je suis assez ouvert d’esprit pour comprendre que la NFL travaille activement à étendre ses tentacules à l’international et que Bad Bunny représente en ce sens un véhicule puissant.
Sa popularité va bien au-delà de la communauté latino. Sur Apple Music, ses chansons ont atteint le sommet des classements dans 34 pays aussi diversifiés que la Chine, la Suisse, la Lituanie et le Bélize. Même en Macédoine du Nord, il est le roi.
Sur Spotify, en 2025, aucun artiste n’a approché ses 19,8 milliards d’écoutes.
Vous pouvez aimer, vous pouvez détester, mais si j’étais dans les grosses godasses du commissaire de la NFL, Roger Goodell, j’aurais l’impression d’avoir frappé un méchant coup de circuit.
La folie furieuse
C’est ma 14e présence au Super Bowl pour Le Journal et j’ai souvent couvert les conférences de presse des artistes du spectacle de la mi-temps. Chaque année, entre 5000 et 6000 journalistes sont accrédités pour couvrir les différents événements durant la semaine pour mousser le grand match.
Les conférences pour la mi-temps sont toujours très courues. Qu’il s’agisse de Madonna, Beyoncé, Katy Perry, Lady Gaga, Justin Timberlake, Eminem ou Rihanna, personne n’a soulevé une telle frénésie médiatique comparativement à ce que j’ai vu de mes yeux pour Bad Bunny.

Pour entrer dans le centre des médias, c’était la file jusque dans la rue pour les journalistes à la sécurité. Une fois à l’intérieur, une heure et demie avant la conférence, c’était une autre file, qui semblait s’étendre vers l’infini et même au-delà, pour entrer dans la salle.


Une fois arrivé à destination, tout ce beau monde était entassé, sans le moindre espace pour bouger sur sa chaise. Au point où ça devenait même difficile de mâcher de la gomme!
Mon voisin, un journaliste mexicain, s’est mis à grogner.
«C’est pire que dans un avion», m’a-t-il bougonné à l’oreille tandis que je tentais de le soutenir dans cette épreuve.
Une arrivée survoltée
Quand le chanteur et ancien lutteur de la WWE s’est enfin présenté sur scène vêtu de son manteau de fourrure grise, tuque sur la tête et lunettes de soleil devant les yeux, le parterre de journalistes a bondi d’un trait.
Plusieurs lui hurlaient des mots d’encouragement en espagnol. Je pense que ça parlait d’amour, mais je ne saurais dire. La moindre retenue élémentaire n’existait plus. Au point où l’un des modérateurs d’Apple Music, qui animait la conférence, a cru bon de demander aux journalistes de chiller. Pour vrai!
Dans ma tête de journaliste sportif, je m’amusais à imaginer Martin St-Louis arriver au podium pour une conférence de presse, avec mes collègues Jonathan Bernier et Dave Lévesque, au paroxysme de l’émoustillement, en train de crier leur amour au coach du Canadien. La somme que je paierais pour voir ça...
Pas de scandale

Depuis plusieurs semaines, les médias font leurs choux gras de l’affaire Bunny contre Trump. La présence de celui qui chante à peu près exclusivement en espagnol et qui s’est plusieurs fois prononcé contre les politiques du président américain dérange la frange la plus conservatrice.
«Le président préférerait de loin une performance de Kid Rock à celle de Bad Bunny», a rappelé la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, jeudi, en référence au spectacle alternatif organisé par Turning Point USA.
Il est évident que le buzz généré par Bad Bunny à San Francisco est en lien avec sa popularité, mais aussi beaucoup avec la tension politique qui fait office de trame de fond au spectacle.
Cette semaine, la NFL prenait soin de rappeler que le spectacle de la mi-temps du Super Bowl se voulait un moment rassembleur. Bad Bunny semble avoir saisi le mémo puisqu’il n’a pas soulevé l’ombre d’une parcelle de controverse dans ses propos du jour à San Francisco.
«Je veux juste que les gens s’amusent. C’est ce que je veux amener sur la scène. Ce sera un party. J’ai déjà dit que les gens avaient quatre mois pour apprendre l’espagnol, mais en fait, ils ont juste à apprendre à danser», a-t-il essentiellement résumé.

Des révélations?
Pour les plus curieux, il n’a pas voulu révéler quoi que ce soit sur son spectacle de dimanche. Aucun invité surprise n’a été annoncé, évidemment.
Le musicien de 31 ans a décroché, dimanche, le Grammy pour l’album de l’année. C’était la toute première fois qu’un album en espagnol était récompensé dans cette catégorie.
En pleine tournée mondiale, ce sera son unique arrêt aux États-Unis, lui qui s’était déjà prononcé contre la police de l’immigration (ICE).
À San Francisco, où tout le monde marche sur des œufs quant à un potentiel message politique dans son spectacle, Bad Bunny n’a pas ajouté d’huile sur le feu pour l’instant.
«Mon but avec le dernier album était juste de connecter avec mon peuple, mes racines et ma culture. J’ai voulu amener tout ça sur la plus grosse scène du monde. Je sais d’où je viens, mais je sais aussi où je peux aller», a dit le chanteur.
Il a aussi promis que dimanche, il ferait danser la planète. Ça me laisse deux jours pour prendre des leçons.