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«Je pensais qu’écrire des histoires qui se passaient au Québec, c’était vulgaire», confie Marie Laberge, qui a ressuscité cette année son roman disparu

PHOTO MICHEL CLOUTIER FOURNIE PAR LES ÉDITIONS BORÉAL
Photo portrait de Frédérique De Simone

Frédérique De Simone

2025-12-21T20:00:00Z

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L’autrice et dramaturge Marie Laberge a réuni cette année, sous une même couverture, les fameuses lettres de Martha qui, malgré leur immense succès, avaient presque complètement disparu au cours des 15 dernières années.

Tous les quinze jours, pendant trois ans, ses quelque 100 000 abonnés recevaient des nouvelles de Martha, sous forme de lettres personnalisées, adressées à leur nom, dans laquelle le personnage se confiait, en toute intimité, sur ses dernières aventures et l’évolution de sa relation avec ses enfants.

L’ensemble de cette vaste correspondance n’avait jusque là jamais été publiée en un seul recueil et n’apparaissait pas non plus dans la bibliographie de l’autrice.

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS BORÉAL
PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS BORÉAL

«Les gens me le demandaient. Mais j’avais fermé la boutique. En dehors d’écrire les lettres, qui étaient déjà un travail de création, il y avait un travail d’intendance qu’il fallait faire. [...] Je ne pouvais pas ressusciter le projet. Ça, c’était impossible», a indiqué l’autrice à l’Agence QMI, admettant que malgré les avertissements, la fin de son projet épistolaire, créé en partie pour contrer l’isolement et pour renforcer son lien avec ses lecteurs, a été abrupte.

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C’est finalement un concours de circonstances qui a ravivé l’envie de l’autrice, qui venait d’enregistrer toutes les lettres pour en faire une œuvre audio, de ressortir son œuvre des boules à mites et de rassembler ces quelques centaines de lettres dans un même roman.

«À partir du moment où c’était public, accessible et gratuit, je me suis dit que c’était peut-être le moment pour les rendre disponibles. L’autre chose, c’est que ces trois ans de ma vie de création avaient totalement disparu. Et pour moi, ça compte beaucoup, Martha, parce que c’est un personnage que j’ai beaucoup aimé. Je trouvais ça triste de l’avoir perdue, qu’elle ne fasse pas partie de mon œuvre», a soutenu Marie Laberge.

Photo d'archives Dario Ayala
Photo d'archives Dario Ayala

Malgré l’immense succès qu’a connu sa correspondance, l’écrivaine ne croit toutefois pas qu’une œuvre comme Des nouvelles de Martha pourrait voir le jour aujourd’hui, en 2025, au Québec.

«La poste est comme brimbalante. J’ai l’impression qu’on va nous annoncer bientôt que la poste est chose du passé. Au Québec, je ne pense pas que ça se pourrait encore. Ce serait en tout cas quelque chose de folklorique, pratiquement.»

50 ans de littérature québécoise

Dans le paysage littéraire depuis près d’un demi-siècle, Marie Laberge s’est dite rassurée par le rayonnement actuel de la littérature québécoise, qui, à une époque, était pratiquement cachée dans les rayons du fond, tandis que les œuvres étrangères trônaient sur les présentoirs des librairies.

«Quand j’étais petite, il n’y avait pas de livres québécois pour la jeunesse. Mes livres à moi venaient de France, de Belgique ou d’ailleurs en Europe. Tous les référents étaient français, belges, suisses, romands... mais jamais québécois. Jamais le fleuve Saint-Laurent», s’est-elle rappelée.

«À tel point que, quand j’étais petite et que j’ai commencé à écrire, je pensais qu’écrire des histoires qui se passaient au Québec, c’était vulgaire», a-t-elle dit en entrevue.

Aujourd’hui, l’autrice constate avec émerveillement l’essor de la littérature québécoise, particulièrement celle destinée aux enfants et aux jeunes.

«Nous sommes devenus, en ce qui concerne la littérature pour enfants et la littérature jeunesse, des grands champions. C’est quelque chose d’extrêmement important, c’est fort et c’est exporté partout dans le monde», a-t-elle poursuivi, soulignant la force et la solidité de la littérature et de la culture québécoise.

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