«J’ai voulu détourner la façon dont internet nous donne accès à la vie de tout le monde», confie l'auteur Simon Brousseau qui présente son cinquième roman, «Foule monstre»


Frédérique De Simone
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Simon Brousseau joue avec les codes de la littérature dans son nouveau roman, Foule monstre.
L’auteur y présente une succession de microrécits parfois lumineux, parfois sombres, parfois épiphaniques, rappelant le défilement d’écrans sur les réseaux sociaux, tout en renvoyant aux lecteurs une réflexion empathique face aux autres.
«J’ai voulu en quelque sorte détourner la façon dont internet nous donne accès à la vie de tout le monde. Il me semblait que c’était intéressant d’essayer de donner un tour littéraire à cette pratique qu’on a déjà et qui ressemble un petit peu au voyeurisme», a-t-il expliqué à l’Agence QMI lors d’une entrevue.
«L’idée, c’était de reproduire un peu la forme du fil de nouvelles et du fil qui défile sous nos yeux sur les réseaux sociaux, mais en abordant la vie intérieure des personnages: leurs peurs, leurs bonheurs, leurs projets, leurs épiphanies», a-t-il ajouté.

Dans son cinquième roman, l’écrivain brosse ainsi le portrait d’une foule dense et des individus très différents, bien qu'ils partagent un même contexte et une même époque, qui la composent.
«C’est un pari que je faisais, a-t-il lancé. Dire quelque chose sur notre époque que le roman au sens traditionnel, avec un personnage, un héros, qui vit une histoire extraordinaire, ne peut pas nécessairement dire. Je voulais montrer que même les petits moments de la vie ordinaire ont leur place en littérature.»
«Je trouve que ça débouche sur de vrais enjeux de notre époque. Depuis la pandémie, on parle beaucoup des difficultés du vivre-ensemble. On parle du fait qu’il y a moins de courtoisie dans l’espace public et plus de polarisation des discours. Tout cela montre peut-être qu’une des difficultés qu’on a aujourd’hui, c’est de sortir un peu de soi pour se mettre véritablement à la place des autres», estime l’auteur.

Ce dernier reconnaît toutefois qu’une œuvre «hors-norme» comme Foule monstre peut sembler contre-intuitive à première vue, puisqu’il faut sans cesse refaire l’effort de se plonger dans un nouveau personnage. Un effort qui n’est pas sans rappeler le paradoxe des foules qui sont parfois attirantes, comme lors d’événements culturels ou sportifs, et parfois écrasantes, comme dans un métro bondé.
«Cette tension-là m’intéressait beaucoup. Le fait de devoir appartenir à la foule tout en n’ayant pas toujours envie d’en faire partie», a soutenu Simon Brousseau.
Foule monstre est un bain de foule ouvert sur la diversité et l’expérience humaine. Bon nombre des histoires qui y sont racontées sont inspirées de l’actualité politique et de faits divers, bien que tout soit inventé.
Le roman est paru aux Éditions Héliotrope en septembre dernier.
Foule monstre
Simon Brousseau
Héliotrope
228 pages