«Ce sera probablement un moment émotif»

Jonathan Bernier
Partager
Les candidats sont nombreux, les postes sont rares. Il faut avoir la couenne dure et être doté d’un talent particulier pour être en mesure de durer dans une industrie où ceux qui rêvent de vous déloger sont nombreux.
À compter de mardi soir, Shea Weber pourra se targuer d’avoir tenu le coup suffisamment longtemps pour franchir le mythique plateau des 1000 matchs dans la Ligue nationale (LNH). Un fait rarissime considérant qu’il deviendra seulement le 346e joueur à y parvenir sur les 7228 patineurs qui ont atteint la meilleure ligue au monde.
- À lire aussi: «Trade me right f*&#?$g now!»
- À lire aussi: Canadiens: Sylvain Lefebvre a tourné la page
- À lire aussi: Shea Weber: Marc Bergevin avait vu juste
«C’est assurément spécial. Enfant, on rêve de jouer dans la LNH. En grandissant, on finit par comprendre que c’est un objectif beaucoup plus difficile à atteindre qu’on le croit. Alors, être capable de connaître une aussi longue carrière, c’est quelque chose qu’on n’ose pas imaginer», a déclaré le capitaine du Canadien par le biais d’une visioconférence.
Le lock-out de l’automne 2012, une opération au pied gauche, une autre au genou droit, puis cette pandémie: ce ne sont pas les obstacles qui ont manqué en cours de route. D’ailleurs, n’eût été la suspension des activités, le printemps dernier, l’athlète de 35 ans aurait fort possiblement disputé ce 1000e match à Nashville, lieu de son premier match, le 6 janvier 2006.
«Ç’aurait été un moment particulier de célébrer l’événement là où tout a commencé. Mais on ne peut contrôler la situation dans laquelle on se trouve. Maintenant, j’ai simplement hâte que ce soit derrière moi», a lancé Weber qui éprouve toujours un malaise lorsqu’il est sous les projecteurs.
Une pensée pour ses parents
Restriction sanitaire oblige, le Britanno-Colombien ne pourra être accompagné de ses proches pour cet événement spécial. Habituellement, on tient une cérémonie au cours de laquelle la famille est invitée sur le tapis rouge, au centre de la patinoire. On remet au jubilé un bâton en argent pour souligner ce fait d’armes et on diffuse, sur l’écran géant, une vidéo-hommage.
«Je ne pourrai jamais remercier assez ma famille, mes amis et mes entraîneurs. Ce n’est pas un parcours que tu peux traverser seul. Il y a nombre incalculable de personnes qui t’aident en cours de route», a-t-il pris soin d’indiquer.
«Ma mère et mon père ont eu la plus grande influence sur moi. Ils m’ont enseigné l’ardeur au travail. Ils n’ont jamais pris une journée de congé. Ils travaillaient dur pour permettre à mon frère et moi de jouer au hockey. Ce n’était pas facile. Mon père faisait des quarts de 10 heures avant de venir entraîner notre équipe. Je les remercie. Je ne serais pas ici sans eux», a raconté l’ainé d’une famille de deux fils.
Sous l’aile de Rick Berry
Devenu un leader incontesté dans le vestiaire du Tricolore et respecté aux quatre coins de la LNH, Weber se souvient d’avoir eu des modèles de qualité à ses débuts chez les professionnels.
Quinze ans plus tard, Rick Berry est le premier nom qui lui vient en tête. Le défenseur manitobain était un vétéran de plusieurs saisons dans les rangs professionnels. Il comptait également 197 matchs d’expérience dans la LNH lorsque Weber s’est joint aux Admirals de Milwaukee dans la Ligue américaine.
«À Milwaukee, Rick Berry m’avait grandement aidé à me familiariser avec la vie de hockeyeur professionnel. On vivait dans le même édifice. Je ne sais plus combien de fois il m’a invité à souper chez lui. Il m’a permis de me sentir à l’aise. Il y a également des gars comme Ryan Suter et Dan Hamhuis, arrivés avant moi, qui avaient ouvert la voie », a énuméré ce choix de deuxième tour (49e au total) des Predators, en 2003.
Il reconnait que Berry et ces quelques autres vétérans des Predators ont modelé le leader qu’il est devenu aujourd’hui.
«Tout le monde est un peu leader à sa façon. Tu apprends de plusieurs personnes au cours d’une carrière. Tu écoutes, tu regardes, tu gardes un peu de chacun d’eux et tu l’ajoutes à la personne que tu es déjà.»
Machine rouge impressionnante
Le match du 6 janvier 2006 demeure un peu flou dans la tête de Weber. S’il se souvient de l’impressionnante formation des Red Wings (Steve Yzerman, Brendan Shanahan, Nicklas Lidstrom, Chris Chelios, Henrik Zetterberg, Pavel Datsyuk et compagnie), il se rappelle davantage de la situation particulière entourant son rappel.
«On était sur un voyage avec Milwaukee. J’ai dû sauter dans un avion pour aller à Nashville. On avait dû faire vite. Je suis arrivé tout juste à temps pour la période d’échauffement. Affronter une formation aussi aguerrie était bien.»
Dave Stubbs, véritable historien de la LNH, lui a rappelé que les Red Wings avaient inscrit le but égalisateur, alors qu’il se trouvait au banc des punitions. Ce qui a fait sourire le colosse de 6 pi et 4 po.
«Je me sentais probablement mal. Je devais me demander si on me donnerait une autre chance.»
Apparemment, il l’a obtenue. Car, nous voilà 15 ans et 1000 matchs plus tard.