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Canadiens: Sylvain Lefebvre a tourné la page

Louis-André Larivière

2021-02-02T05:00:00Z

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Après un séjour dans l’organisation des Canadiens de Montréal, Sylvain Lefebvre se plait en Californie. Après tout, comment ne pas aimer se rendre au travail tous les jours sous un soleil de plomb en tenue d’été?  

«Peut-être pas en gougounes tous les jours, il fait frais ces temps-ci, a-t-il précisé à l’auteur de ces lignes à l’occasion d’un généreux entretien téléphonique. Quand je dis ça à ma femme, elle me rappelle qu’il fait (-11 degrés) au Québec!»          

L’ancien entraîneur-chef du Rocket de Laval entame sa troisième saison comme adjoint avec la filiale des Ducks d’Anaheim, les Gulls de San Diego, qui disputeront cette saison tous leurs matchs au domicile du grand club. Un peu plus d’une heure de voiture sépare ces deux villes du sud de la Californie.  

«On s’installe du mieux qu’on peut à Anaheim. Je suis rendu à une étape de ma vie où il n’y a que ma femme et moi, car les enfants sont grands, donc ils n’ont pas à nous suivre. On s’installe pour la saison puis on revient à la maison. Je loue un logement déjà meublé et j’entrepose mes choses pour l’année.»  

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Trois joyaux à polir   

À première vue, les Gulls forment une équipe bien balancée. Un mélange de jeune talent et de vétérans aguerris, dont quelques anciens de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.  

«Nous avons beaucoup de joueurs repêchés dans les premier ou deuxième tours, se targue Lefebvre. On a des gars qui vont jouer leur première année chez les pros comme Benoit-Olivier Groulx. En défense, on a pas mal d'expérience et devant le filet, Lukas Dostal arrive d’Europe.   

«Antoine Morand en sera à sa deuxième année, puis Simon Benoit et Alex Dostie à leur quatrième. C’est vraiment un mélange de vétérans et de jeunes.»  

Parmi les espoirs prometteurs figurent trois joyaux à polir : Trevor Zegras, choix de premier tour en 2019, Jamie Drysdale, sixième choix au total au plus récent encan, puis Jacob Perreault, également repêché par les Ducks en octobre dernier avec la 27e sélection de la séance - et fils de l’ex-spécialiste des mises au jeu du CH, Yanic Perreault.  

Lefebvre aime ce qu’il a vu chez ces trois jeunes au camp des Gulls. Et si les ligues juniors devaient retarder ou annuler carrément leurs activités en raison de la pandémie, le plan serait «possiblement» d’en garder deux, voire les trois pour la saison.  

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«Zegras, on l’a vu jouer au Championnat mondial de hockey junior. Il a des mains! Drysdale, c’est un petit défenseur qui joue bien des deux côtés de la patinoire. Perreault est plus jeune, mais il possède une bonne vitesse et un bon lancer.   

«Ils auront tous une période d’apprentissage.»  

Certes, de beaux espoirs feront leurs classes en 2020-2021. Et bien que les professeurs qui les encadreront dans la Ligue américaine s’en frottent les mains, la décision finale appartiendra aux hautes instances.  

«C’est la direction des Ducks qui décidera. En ce moment, ils commencent leur parcours professionnel et l’avenir le dira. Tout dépendra de leur progression sur le plan physique, mais psychologique aussi.»  

Contraste avec Laval   

Si le mandat d’enseignant de Lefebvre représente un défi enrichissant en raison du talent qui regorge de l’incubateur californien, il y a là un contraste avec son emploi précédent, car il n’a pas toujours eu les meilleurs effectifs sous la main pour que le club-école du CH aspire aux grands honneurs.  

Il n'a pas dirigé de Cole Caufield ou d'Alex Romanov, par exemple.

Malgré tout, l’instructeur de 53 ans n’a jamais ressenti l’envie de commenter son congédiement, prononcé en avril 2018. 

«Le Canadien a été très bon pour moi. Tant comme joueur que comme entraîneur. Je n'avais pas d'expérience de coach. C'est l'organisation qui m'a permis de la gagner et je suis reconnaissant.»

Sous la tutelle de Lefebvre (188-210-58), les Bulldogs, le Rocket et les éphémères IceCaps ont raté les séries cinq fois sur six et déménagé deux fois : de Hamilton à Laval, après un détour à Terre-Neuve-et-Labrador. Mais l’ancien défenseur a toujours fait face à la musique, tout en essuyant des critiques et en prenant le blâme pour les insuccès de la filiale du Bleu-blanc-rouge.  

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Martin Chevalier / JdeM
Martin Chevalier / JdeM

«Mon job était de travailler avec les joueurs qu’on me donnait, précise-t-il. Pas de me plaindre. Pas de dire "un tel ne peut pas jouer", mais plutôt de l’aider à s’améliorer. Je ne voulais pas commenter et comparer chacun de mes joueurs.   

«Mon travail et mon mandat étaient de développer les jeunes joueurs du Canadien. Dans les années que j’ai été là, certains n’ont presque pas joué dans la LNH. Par contre, quelques-uns ont bien fait et ils ont aidé le CH à se rendre en demi-finale (en 2014). Le Canadien a manqué les séries deux fois.   

«Le travail que j’ai accompli, j’en suis fier. Ton rôle à ce niveau-là, c’est d’aider le grand club à gagner et que tous les joueurs soient prêts.»  

Le développement change tout   

Cette analyse offre ce qu’il y a de plus vrai dans le métier. Il s’agit d’une réalité avec laquelle tous les instructeurs dans la LAH doivent composer. Car personne ne sait quand le téléphone sonnera pour un rappel.  

«Ta place dans l’organigramme, quand tu la comprends, ton emploi est facile. Mais ce n’est pas si facile de l’extérieur si le club ne va pas bien. Les gens qui critiquent ne regardent pas combien de joueurs sont passés entre les deux ligues. Une année, j’ai perdu mon top 4 en défense et on était seulement à quelques points d’accéder aux séries.   

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«Tu t’ajustes une journée à la fois. Quand tu joues le soir, tu tiens un entraînement le matin pour pratiquer l’avantage numérique, puis... un joueur se fait rappeler. Ça change tout. Joël Bouchard vit la même chose à Laval.   

«Je n’ai pas fait la moyenne, mais environ 45 joueurs sont passés entre Laval et Montréal en six années. Si le club te demande de développer certains joueurs, tu prends des décisions et il faut acheter la philosophie du grand club.   

Photo d'archives, Martin Chevalier
Photo d'archives, Martin Chevalier

«Tu ne peux pas penser à toi-même. Moi, je voulais gagner chaque match, mais tu prends des décisions pour le développement, pis ça change.»  

À titre d’exemple, envoyer un joueur sur la glace dans une situation d'enjeu ou une pression de performer. Une mise au jeu cruciale en zone défensive ou une occasion de compter un but important en fin de rencontre. Bref, une situation où un jeune peut aider l'équipe à gagner. 

«Ces joueurs ont besoin d’expérience et ça leur prend deux ou trois fois avant de réussir le jeu en question. On parle de développer. On parle d’encourager et d’offrir des outils.   

«Le joueur a son mot à dire. Il ne peut pas tout contrôler, sauf qu’il obtient ses chances de performer et montrer ce qu’il peut faire.»  

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Pas plus le party qu'ailleurs  

Il n'y a pas que le rendement du club-école qui a fait jaser lorsque Lefebvre était aux commandes.

En 2015-2016, l'année Cendrillon de John Scott, ce hockeyeur format géant avait laissé entendre après un bref passage dans l’organisation que les joueurs des IceCaps n’en avaient que pour les nuits endiablées dans les bars de Saint-Jean de Terre-Neuve plutôt que de mettre le cap sur les éliminatoires.  

Lefebvre, réticent à commenter ce vieux ouï-dire déjà bien noyé dans l’eau de glacier, rétorque que le propos du vétéran a été amplifié tel un tintement de cloche.  

«C’était un peu hors contexte, a-t-il souhaité mettre au clair. Il arrivait du match des étoiles. De là à dire que tous les jeunes étaient sur le party, c’est une autre chose. Et on n’a pas essayé de tout savoir.  

«On ne l’a pas revu Scott après ça. Il a été rappelé à Montréal pour un match et il est parti chez lui. Ça ne veut pas dire que si un tel le dit, que c’est ainsi. Mais d’un autre côté, c’est au niveau professionnel. Ce n’est plus le junior.»  

Ben Pelosse/ Le Journal de Mont
Ben Pelosse/ Le Journal de Mont

C’est là que se limite le travail de l’entraîneur en ce qui a trait au développement. Il offre des outils, propose des méthodes et le reste du travail appartient aux joueurs.  

«Chez les pros, tu ne peux pas contrôler tes joueurs 24 heures sur 24, a prévenu Lefebvre. Ils ont leur mot à dire sur les décisions qui s’offrent à eux à l’extérieur de la patinoire. Ceux qui ne réussissent pas n’échouent pas pour les mêmes raisons. 

«Ce n’est pas la même chose pour chaque joueur : certains manquent de patin, d’autres n’ont pas assez de sérieux. Ce sont des cas individuels.»  

Reste que Lefebvre et la quasi-totalité des entraîneurs ont à cœur le succès de leurs élèves. Et l’Estrien de 53 ans préfère illustrer le côté positif des expériences qu’il traîne dans son bagage.  

«Mon but est de voir un gars comme Nathan Beaulieu jouer dans la Ligue nationale et de dire ‘lui, je l’ai coaché’. Que ça prenne un an ou deux, tant que le jeune réussit.    

«En tant qu’entraîneur, c’est ça la récompense. De voir les joueurs connaître une belle carrière. 

«Peu importe à quel niveau.»  

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