Développement de l’élite: une partie de la solution que Hockey Québec refuse de reconnaître


Jonathan Bernier
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Le Québec peine de plus en plus à développer ses joueurs de hockey. Se pourrait-il que les décideurs du hockey québécois refusent de penser au-delà des cadres établis depuis un demi-siècle ? Car dans l’ouest du Canada, on a su innover et ça marche.
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Qu’ont en commun les Connor Bedard, Dylan Guenther, Matthew Savoie et, plus récemment, Tij Iginla, Cayden Lindstrom ou même Gavin McKenna ? Ils sont le fruit de cette innovation. Cette nouvelle façon de développer l’élite, que le Québec ne considère pas.

On parle ici de la Canadian Sport School Hockey League (CSSHL). Moins connue au Québec, elle connaît une ascension fulgurante dans l’ouest du Canada depuis une décennie.
La CSSHL, c’est pas mal ce qui se fait de mieux en matière de ligue d’écoles préparatoires (prep schools) au pays. À tout le moins, au niveau de la structure.
Souvent, l’équipe de ces écoles évoluent dans des circuits indépendants et participent à des événements ponctuels (showcases) dans d’autres provinces et aux États-Unis.
La CSSHL, elle, constitue l’un des seuls regroupements d’écoles préparatoires au pays à faire partie d’une véritable ligue, avec classement de saison régulière et confrontations éliminatoires.
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Hockey-Québec se fait tirer l’oreille
En Colombie-Britannique et en Alberta, la CSSHL a tellement acquis ses lettres de noblesse qu’elle a délogé les circuits M18 AAA (anciennement appelés midget AAA) de ces provinces dans le cheminement privilégié vers le hockey junior, la NCAA et, éventuellement, la LNH.
Depuis la saison 2021-2022, 37 joueurs nés à partir de l’an 2001 et ayant évolué dans la CSSHL ont disputé au moins un match dans la LNH. Pour le Québec, c’est 26.
Lors du dernier repêchage du circuit Bettman, 20 ont été produits par la CSSHL. Pour les Québécois issus de la LHJMQ, c’était 13.
Sept joueurs de la CSSHL ont représenté le Canada lors du dernier Championnat mondial junior. Nous, c’était un.

Au Québec, malgré la forte demande pour grossir les rangs de ce circuit, on donne des accréditations au compte-gouttes. Dans la catégorie des 18 ans et moins, sommet de la pyramide de la CSSHL, seulement quatre institutions en font partie.
Le Collège Bourget, Ulysse Académie, Bishop’s College School (à ne pas confondre avec l’université du même nom) et Stanstead College compétitionnent dans la section Est avec six formations de l’Ontario et trois autres des Maritimes.
D’ailleurs, ces 13 formations se disputent, jusqu’à dimanche, le Championnat de l’Est à Saint-Roch-de-l’Achigan, devant une multitude de recruteurs des circuits juniors canadiens et de la NCAA.
Le meilleur des deux mondes
Fait-on fausse route ici en se bornant à diriger nos meilleurs joueurs strictement vers la Ligue de hockey M18 AAA du Québec ? Laissons-nous tomber trop rapidement les joueurs de 17 ans dans un sport que l’on dit à développement tardif ?
À Hockey Québec, on prétend qu’il s’agit justement du mandat de la Ligue de hockey junior AAA du Québec et de la Ligue collégial division 1. Toutefois, les patineurs de 17 ans n’obtiennent souvent que bien peu de temps de jeu dans ces circuits occupés majoritairement d’athlètes de 18, 19 et 20 ans.

Par conséquent, n’aurait-on pas intérêt à démontrer plus d’ouverture envers un circuit comme la CSSHL, surtout dans un monde où le rêve d’évoluer dans la NCAA n’a jamais été aussi grand ?
La logique voudrait que la réponse soit oui. D’ailleurs, un exode des jeunes talents est déjà amorcé spécifiquement pour cette raison. L’an dernier, 50 joueurs d’âge midget ont quitté le Québec.
Bien que conscient de cette nouvelle réalité, Hockey Québec s’obstine.
« Chaque semaine, j’ai un programme de prep school qui m’appelle pour être dans la CSSHL, a déclaré Stéphane Auger, directeur général d’Hockey Québec. Rentrer une troisième structure, ça ne ferait pas de sens. »
« D’ailleurs, je relève du ministère de l’Éducation et le Ministère m’a donné un protocole qui dit que le hockey en milieu scolaire doit passer par les sports-études [les structures AAA] ou le RSEQ, a-t-il pris soin d’ajouter. C’est un protocole qui m’est imposé par le gouvernement et avec lequel je dois travailler. »
À première vue, on peut comprendre l’ancien arbitre de la LNH de ne pas vouloir ajouter une offre supplémentaire de services à ce qui lui paraît être un programme complet.
Il est vrai que pratiquement chaque ville du Québec a une école secondaire qui possède son équipe dans le RSEQ.
Toutefois, l’offre est-elle la bonne ? Est-elle adéquate pour ceux qui voient plus loin que les frontières de la province ? Probablement pas.
Sans ouvrir les vannes, il y aurait assurément un moyen de jumeler les deux mondes. Avec leur équipe de 18 ans et moins de la CSSHL, qui sert de sommet à la pyramide de leur structure RSEQ Ulysse Académie, à Saint-Roch-de-l’Achigan, et le Collège Bourget, à Rigaud, sont de bons exemples qu’il y a moyen de jumeler les deux mondes.
Des institutions telles l’Académie Saint-Louis, à Québec, et le Séminaire Saint-Joseph, à Trois-Rivières, deux des programmes les plus respectés et les plus complets du RSEQ, auraient ce qu’il faut pour les imiter.