Carte d’assurance maladie valide un an: une galère pour les sans-abri

Axel Tardieu
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La carte d’assurance maladie n’est valide qu’un an pour les personnes en situation d’itinérance au Québec, plutôt que quatre à huit ans pour les autres citoyens. Une injustice qui doit changer, tonnent des organismes et des sans-abri.
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Francis Des Forges Poliquin a enfin trouvé un logement à Montréal après sept longues années sans domicile. Sa vie dans la rue était bien occupée, rythmée par la recherche quotidienne de repas gratuits et d’un lit dans un refuge.
Souffrant de problèmes de santé mentale, il lui fallait une carte d’assurance maladie à jour pour régulièrement récupérer ses précieux médicaments. Mais l’accès aux soins de santé était compliqué.

«Ça me prenait beaucoup de temps, dit Francis Des Forges Poliquin. Beaucoup de personnes à la rue sont incapables de prendre du temps pour faire la carte d’assurance maladie.»
Il se rappelle avoir souvent rencontré des personnes sans-abri qui jetaient l’éponge et tiraient un trait sur leurs traitements. «C’est trop pour eux. Heureusement, moi, j’étais organisé», explique l’homme de 51 ans.
«Un stress énorme»
Cette réalité a été dénoncée début mars par l'intervenante de proximité Annie Archambault sur son compte TikTok @surleborddelaligne. «C'est du non-sens pour moi parce que ça rend les choses bien compliquées», disait-elle.
@surleborddelaligne Réponse à @Chantal Dubois ♬ son original - Surleborddelaligne
Le processus de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) est trop compliqué, estime Andréanne Fortin, infirmière à la Clinique mobile de Médecins du monde, qui offre des soins de première ligne aux exclus du système.
«Il leur faut parfois trois mois pour recevoir la carte. Il ne leur reste ensuite que neuf mois pour en profiter, avant de devoir recommencer le processus. Cela crée un stress énorme pour les personnes qui ont besoin de soins médicaux ou de médicaments», observe-t-elle.

Martine Bélanger, coordinatrice à la Maison du Père, se dit indignée et souhaite que le système soit simplifié.
«Je ne comprends pas pourquoi ils ont un traitement différencié sur ce nombre d’années, déplore-t-elle. Refaire cette démarche régulièrement génère des crises. Ils attendent un travail ou l’ouverture d’un compte bancaire et sont souvent bloqués dans leurs démarches.»
La RAMQ s’explique
La RAMQ se défend en affirmant avoir déjà allégé le processus en 2018. Depuis cette date, aucun frais n’est demandé et l’authentification peut se faire grâce à un papier signé par un des 253 organismes communautaires affiliés de la province.
Avant, «les personnes en situation d’itinérance se retrouvaient habituellement dans l’incapacité d’obtenir une carte d’assurance maladie», rappelle par courriel une porte-parole.
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Mais pourquoi leur imposer une durée de validité de seulement un an? Pour les pousser à rester en contact avec les organismes et le système de santé, ajoute la RAMQ par téléphone.
Cet allègement est sensé aider à la réinsertion, selon la Régie, puisque la carte peut servir de pièce d'identité avec photo pour la location d’un logement, l’ouverture d’un compte bancaire et même pour les demandes d’aide financière.
Un système à repenser?
Martin Pagé, directeur général de l’organisme Dopamine, est mitigé. «C’est stigmatisant, dit-il. C’est noté dans leur dossier qu’ils sont en situation d’itinérance.»
Ce manque d’accès aux soins de santé est injuste, selon l’infirmière Andréanne Fortin. «C'est un frein à leur autonomie et à leur réinsertion sociale. Ces personnes ont besoin de se sentir en sécurité et en bonne santé pour pouvoir se projeter dans l'avenir et reconstruire leur vie».
«Sans carte d’assurance maladie, elles ne peuvent pas aller en thérapie, renouveler des médicaments ou aller chez le dentiste. Ne pas avoir la même durée de validité que les autres citoyens, c’est une violence et une injustice systémiques», juge Ann-Gaël Whiteman, coordinatrice à La rue des Femmes, à Montréal. «Ils n’ont pas le droit aux mêmes droits.»
Comme les autres intervenants, «il faudrait que ce soit plus d’un an», pense Francis Lacharité, directeur général de La Piaule à Drummondville. Mais ce changement n’est pas pour l’instant envisagé par la RAMQ.