Accueil Bonneau: «Quand tu viens manger ici, t’as pas la tête à aller voler les gens»

Axel Tardieu
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Pour la première fois depuis 146 ans, l’Accueil Bonneau devrait arrêter de servir des repas la fin de semaine après le mois de mars. Le plus vieil organisme pour les personnes en situation d’itinérance à Montréal dit ne pas avoir assez d’argent du gouvernement provincial pour continuer à servir à manger à 400 personnes tous les jours. 24 heures est allé rencontrer les personnes qui comptent sur cette soupe populaire pour se nourrir.
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Comme chaque jour de la semaine, entre 8h30 et 11h30, c’est l’heure des repas chauds. François Beaulieu vient manger à l’Accueil Bonneau depuis 30 ans. Cette personne en situation d’itinérance de 54 ans ne savait pas que l’établissement allait devoir fermer sa salle à manger les fins de semaine si rien ne change.
«Ça m’étonne», dit-il. «C’est une bonne maison, un coin familial pour nous. Je n’ai pas d’autres options.»

Après son repas, Benoît, 62 ans, sort dehors fumer une cigarette. Atteint d’un cancer des poumons, il vit dans une tente depuis trois ans. Il a tout de suite été à l’Accueil Bonneau pour se nourrir. Les fins de semaine, les options sont très limitées pour les sans-abri.
«Je n’ai pas de famille. Ma famille, c’est ici», avoue-t-il. «Quand tu viens manger ici, t’as pas dans la tête à aller voler les gens, à l’épicerie, pour te nourrir.»

Perte de repères
Benoît en est certain: des clients de l’Accueil Bonneau, déjà instables, à la rue depuis 20 ou 30 ans, seront désorientés de voir leur seule ressource fermer. «Rien de bon sortira de ça.»
Selon Emmanuel, en situation d'itinérance depuis deux ans, il leur restera la Maison Benoît-Labre, dans le quartier Saint-Henri, les samedis et dimanches, et des soupes populaires de passage à la place Émilie-Gamelin. «On va aller où? La Ville ne nous voit pas», estime Emmanuel.
La soupe populaire de l’Accueil Bonneau permet aussi aux personnes en situation d’itinérance de profiter, une fois le ventre plein, de services médicaux, de soutien psychologique ou d’aide pour trouver un logement.
«Ils m’ont aidé à faire mes impôts et à demander ma carte d’assurance maladie», détaille Emmanuel.

Ce matin-là, François n’était pas dans son assiette. «J’ai une pneumonie et je crache du sang.» Il est passé par l’infirmerie avant son repas chaud.
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Une aide d’urgence
Le ministre québécois responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, a rencontré la direction de l'organisme mercredi matin. Sur Twitter/X, il a ensuite déclaré: «Les discussions se poursuivent afin de trouver une solution pérenne. C’est une priorité de notre gouvernement.»
Une aide d'urgence a été annoncée et donne un sursis jusqu’en mars à l'Accueil Bonneau, mais une solution à long terme est toujours en attente. C’est la troisième année consécutive que la direction fait face à des problèmes de financement.
Sans plan solide, la soupe populaire pourrait totalement fermer d’ici quelques mois. Huit personnes en cuisine perdraient leur emploi.
L'organisme cherche à obtenir un financement stable du gouvernement d'une hauteur de 1,2 million de dollars par an.
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