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Un campement pour itinérants financé par le privé ne fait pas l’unanimité à Gatineau

Photo portrait de Axel  Tardieu

Axel Tardieu

2024-02-08T12:00:00Z

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À Gatineau, 48 tentes chauffées accueillent des personnes en situation d'itinérance depuis la mi-décembre. Cette initiative du secteur privé est applaudie par des organismes, mais certains usagers rencontrés sur le terrain sont loin d’être ravis.

«Avant, j'étais dans le bois. C'était pratiquement mieux qu’ici», avoue Chloé Gauthier. À 33 ans, elle vit avec son chien et sa conjointe dans ce campement autorisé par la Ville sur le stationnement de l’aréna Robert-Guertin. «Au moins, on a un petit toit sur la tête, un peu de chaleur et de l'électricité». 

À quelques mètres de son ancien emplacement, les conditions sont quand même plus hospitalières. Des toilettes chauffées ont été installées au centre du campement. Pour assurer la sécurité des personnes en situation d’itinérance, le périmètre est entouré d’une clôture, sept caméras scrutent chaque direction et un gardien est posté à l’entrée.  

Le campement de l’aréna Robert-Guertin.
Le campement de l’aréna Robert-Guertin. Photo Axel Tardieu

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Deux intervenants sociaux sont également présents pour vérifier les tentes deux fois par jour et aider les usagers dans leurs démarches avec l’assurance maladie et les impôts. 

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La cinquantaine de campeurs doit respecter des règles : pas de vente de drogues, couvre-feu dès 23h, pas de propanes, pas de comportements dérangeants. 

Ce projet a été rendu possible grâce à des promoteurs immobiliers et des entrepreneurs de la construction de l’Outaouais. Jean-Pierre Poulin, président de l’entreprise Devcore, a rassemblé 350 000 $ et s’est associé avec l’organisme Itinérance Zéro pour sortir ce campement de terre. 

Jean-Pierre Poulin, président de Devcore.
Jean-Pierre Poulin, président de Devcore. Photo Axel Tardieu

«C’est un partage de richesses, mais c’est surtout la preuve que ça peut fonctionner rapidement un projet avec le privé, le public, les organismes communautaires, la santé et la Ville», explique-t-il. 

Jean-Pierre Poulin, a décidé d’agir en voyant les centaines de personnes qui vivaient dans un campement sauvage près du ruisseau. «Je vais peut-être avoir une place au paradis», dit-il en souriant. 

Répit pour les organismes 

Lise Paradis, directrice du Gîte Ami, applaudit le projet qui a poussé devant son centre d'hébergement communautaire, plein à craquer tout au long de l’année. Elle espère ne voir personne mourir de froid ou de surdose cet hiver.  

«Ces personnes dorment en sécurité et ça influence beaucoup leur caractère, leur façon d’être», dit celle qui observe déjà une baisse de la consommation de drogues dans le coin. 

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Les tentes sont chauffées et équipées de l'électricité.
Les tentes sont chauffées et équipées de l'électricité. Photo Axel Tardieu

Annie Castonguay, chargée de cours en travail social du Collège Universel de Gatineau, est active dans la lutte contre l’itinérance depuis 28 ans.  

«Il faut voir ce projet comme une victoire parce que des gens ne gèlent pas dehors et on peut les aider à faire leurs impôts. La réussite est au quotidien, pas seulement quand on les a mis dans un appartement», explique celle qui oeuvre aussi pour l’organisme Itinérance Zéro. 

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Des usagers mécontents 

Tout n’est pas au point dans ce campement, selon trois personnes à qui le 24 heures a parlées. Jean-François Bourgon, sans situation stable depuis 21 ans, a quitté sa roulotte pour vivre dans une des tentes chauffées. «On n’a accès à aucune douche», dit-il. «Je me lave avec des lingettes tous les soirs. Ils nous avaient promis ça au début». 

Le trentenaire qui cohabite avec son conjoint et deux chiens se plaint aussi du manque d’intimité. «Ils ouvrent la porte, ils rentrent la tête et regardent ce que tu fais», décrit-il. «Ils violent ta vie privée». 

Les clôtures et les caméras ne le rassurent pas non plus. «On voit du monde qui rentre n’importe quand», assure Jean-François Bourgon. Pendant sa visite, le 24 heures a constaté qu’au moins un intru avait réussi à passer la sécurité. 

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Chloé Gauthier, installée depuis décembre, est également déçue du manque d’organisation sur place de la part des entités responsables, l’entreprise Devcore et l’organisme Itinérance Zéro.  

Chloé Gauthier et son chien.
Chloé Gauthier et son chien. Photo Axel Tardieu

«On n'avait pas de douche dans le bois non plus, mais on avait plus de liberté. Ça fait deux semaines que je n’ai pas pris une douche. On n'avait pas les policiers qui venaient nous voir».

Le bloc sanitaire qui était prévu dans le bâtiment voisin ne répond finalement pas aux normes de sécurité. L’Office d’habitation de l’Outaouais (OHO), gestionnaire de la bâtisse, était d'accord pour libérer une partie de l'immeuble afin d'y installer des douches et des laveuses-sécheuses, mais, sans permis de la Ville, le chantier ne bouge pas.

«L'idée n'est pas abandonnée», assure à 24 heures la porte-parole de l'OHO, Karina Osiecka. «Il y a tellement d'étapes administratrives», déplore-t-elle.

«Une première au Québec» 

«C’est la première fois que je vois au Québec une initiative du privé qui va de l’avant et qui pousse autant. C’est peu coûteux. Ça vaut la peine, temporairement», résume Nancy Martineau, directrice des projets humanitaires pour Devcore et ancienne propriétaire de maisons de chambres pour sans-abri.

Nancy Martineau dans la cabane à l'entrée.
Nancy Martineau dans la cabane à l'entrée. Photo Axel Tardieu

Malgré les ratés dénoncés par certains usagers, le campement de l’aréna Robert-Guertin a tout son intérêt pendant la période hivernale dans une ville qui a vu sa population itinérante quadruplé entre 2018 et 2022, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. 

Le résultat direct de ce projet mis sur pied en 21 jours seulement, «c’est qu’il n’y a personne qui va mourir gelé ou agressé», estime Nancy Martineau. Une surdose mortelle a même été évitée en décembre, ajoute-t-elle. 

Le campement devra être démantelé le 15 mai. «On ne fera pas de miracle d’ici là», avoue Annie Castonguay de l’organisme Itinérance Zéro. «Il nous faut plus de logements et plus d’intervenants spécialisés dans la région.» 

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