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À 73 ans, elle transitionne et devient une femme: «Je me sens tellement bien»

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Photo portrait de Léa  Martin

Léa Martin

2024-07-19T10:00:00Z

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Suzie-Maude a 73 ans. Vous ne la connaissez peut-être pas encore, mais vous l’avez sûrement croisée dans les rues du quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec. Souriante, colorée et élégante: c’est de cette manière que les gens du quartier la décriraient. La femme trans se confie à 24 heures sur sa transition entamée dans les derniers mois.

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Assise à une table du bar Le Drague, elle raconte qu’une maladie de peau lui a fait vivre l’enfer il y a quelques années. Même après plusieurs traitements, elle n’arrivait pas à venir à bout des plaques inconnues qui recouvraient son corps.

Jusqu’au jour où elle a commencé à s’habiller en femme.

«Il y a un banc près de chez moi, que j’appelle maintenant “mon banc magique”, sur lequel il y avait un immense sac sur lequel il était marqué “linge de femme à donner”, se souvient-elle. J’étais attirée. Je l’ai rapporté chez moi et je me suis dit que ça pouvait servir à des copines.»

Mais en scrutant le contenu du sac, elle est tombée sur de petites camisoles noires à bretelles fines. «Je me suis dit: “Il me semble que je serais bien là-dedans”», se rappelle-t-elle.

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Elle s’est vite sentie mieux dans ces vêtements plus proches du corps à l’allure plus féminine. Elle a donc décidé de s’acheter des «bas-culottes» sur internet, des jaquettes pour dormir la nuit, etc.

«Après deux mois, continuellement habillée en femme, tout à coup, je n’avais plus ma maladie de peau, affirme-t-elle. Quand j’ai dit ça à mon médecin de famille, il a dit qu’on avait trouvé. C’était ça, de la dysphorie de genre.»

Selon le dermatologue Marc-André Doré, le fait de se sentir mieux dans son corps, ainsi que psychologiquement, peut aider à atténuer certaines conditions de peau. 

«Je le verrais dans un contexte global d’anxiété associé probablement à [la dysphorie de genre]. Ce que cette personne-là décrit, on l’entend souvent aussi de certaines personnes qui vont dire: “J’ai fait de l'eczéma toute ma vie d’adulte, puis quand j’ai déménagé, quand j’ai laissé mon emploi, quand j’ai laissé mon chum ou ma blonde, tout d’un coup, je n’en faisais plus”», indique-t-il. 

Toutefois, il précise que le fait de se sentir mieux psychologiquement n’est pas toujours la clé pour régler des conditions qui demandent une certaine médication. 

Son coming out

Le 14 février 2024, le jour de la Saint-Valentin, Suzie-Maude fait son coming out comme femme trans dans une réunion Zoom anonyme d'Aide aux trans du Québec.

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Elle a ensuite révélé sa transidentité au Comité populaire de Saint-Jean-Baptiste, avec lequel elle milite depuis 45 ans, et à la ligue d’impro La VIE, dont elle est une spectatrice assidue.

«Quand ils m’ont vue arriver en Suzie, ils ont dit: “Oh, bien oui, c’est toi! Tu as l’air trop bien”, raconte-t-elle. Je n’étais même pas encore passée aux perruques et au maquillage.»

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Parlant de maquillage: ce sont les cosméticiennes de la pharmacie Jean Coutu dans le Vieux-Québec qui lui ont tout appris.

Aujourd’hui, Suzie-Maude raconte qu’elle se fait souvent complimenter dans la rue par des passants. «Je me sens tellement bien et je suis portée par l’amour que les gens me donnent aussi», confie-t-elle.

De belles et de tristes histoires

Si de nombreuses personnes trans redoutent de faire leur coming out, ça se passe généralement mieux que ce qu’elles appréhendaient, assure le chargé du programme Pour que vieillir soit gai à la Fondation Émergence, Julien Rougerie.

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Il cite Marie-Marcelle Godbout, surnommée la «Mère Teresa» des personnes trans au Québec, qui disait: «C’est toujours pire dans la tête que dans la réalité».

«En tant que personne queer, on a souvent l’impression que le monde va s’écrouler quand on fait un coming out. Malheureusement, c’est parfois le cas, mais il existe aussi de belles histoires», explique-t-il.

Il n’y a d’ailleurs pas d’âge pour faire un coming out.

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«Souvent on entend des milieux dire que ce sont des phénomènes nouveaux, donc que ça ne concerne que les jeunes, mais les personnes trans existent depuis la nuit des temps», insiste Julien Rougerie.

Pour certaines personnes âgées, un coming out peut toutefois les placer dans un état de vulnérabilité, puisque plusieurs d’entre elles dépendent de leur entourage pour vivre.

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Ce n’est pas le cas de Suzie-Maude, qui est très indépendante.

De plus, sa famille l’accepte comme elle est. Même que son fils n’était pas surpris lorsqu’elle lui a annoncé qu’elle était une femme trans.

«J’étais monoparentale et il m’a dit: “Tu as été mon père et ma mère. Je savais bien que tu avais un côté féminin”», raconte-t-elle.

Si elle se sent bien dans son entourage, lorsqu’elle ouvre le journal ou la télé, il lui arrive d’être choquée par ce qu’elle entend ou lit sur les personnes trans.

Elle soutient avoir été particulièrement heurtée par une chronique de Mathieu Bock-Côté intitulée «On naît femme, on ne le devient pas».

«Le commun des mortels que je rencontre quotidiennement dans mon travail, mes courses, mes loisirs me considère comme une femme trans, pour ceux qui me connaissaient avant, et comme une femme tout court pour ce qui est des nouvelles rencontres, le tout dans le sourire et la bienveillance de gens qui savent vivre. Qu’est-ce qui vous fait si peur?» écrit-elle dans une lettre adressée au chroniqueur qu’elle compte bientôt publier.

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