Voici pourquoi le marqueur X sur les cartes d’identité va changer des vies


Sarah-Florence Benjamin
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Le gouvernement Legault a fait volte-face en autorisant le marqueur X sur les cartes d’identité. C’est vrai, cette décision n’a pas d’impact sur la vie de la majorité de la population. Elle simplifie pourtant la vie des personnes non binaires pour qui chaque demande administrative pouvait se transformer en casse-tête.
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Le jour même de l’annonce de la décision du gouvernement, début mars, Carben s’est rendu.e dans un bureau de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour faire changer sa mention de genre. «Ça me dérangeait au point que j’avais imprimé mon propre X pour coller sur ma carte», raconte Carben.
Sa demande lui a toutefois été refusée. On lui a dit ne pas avoir reçu la permission officielle d’effectuer le changement et ne pas être en mesure de faire la modification dans le système informatique.
«Cette carte montre de fausses informations et c’est inacceptable. Si un gars moyen se faisait donner une carte avec la mention “F” par erreur, il ne serait pas content non plus», ajoute Carben.
Lourdeur administrative
Depuis l’adoption du projet de loi 2 en 2022, il est possible d’utiliser le marqueur X sur le certificat de naissance. Jusqu’au 4 mars dernier, ce changement ne pouvait pas être étendu à d’autres preuves d’identité. À cause de cette incohérence, certaines personnes non binaires pouvaient avoir du mal à recevoir des services, dénonce Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence.

«Si une personne a une mention de sexe différente sur différents papiers d’identité, cela peut mener à ce qu’on la mégenre, qu’on ne la dirige pas vers les services appropriés. On peut aussi douter de son identité et refuser de lui donner des informations confidentielles ou des services», explique-t-il.
De simples tâches administratives, comme renouveler sa carte d’assurance maladie ou demander un prêt à la banque, pouvaient ainsi se transformer en cauchemar pour ces personnes qui doivent «toujours corriger, présenter des papiers, expliquer leur identité».
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«On était très en retard»
Le directeur général du Conseil québécois LGBT, G. James Galantino, est soulagé par la volte-face du gouvernement Legault. Cette victoire est néanmoins douce-amère.
Le Québec est en effet la dernière province canadienne à permettre que le marqueur X puisse être apposé à des cartes d’identité. «On était très en retard», déplore G. James Galantino.
«Le fait que le gouvernement ait décidé de maintenir aussi longtemps une identification inexacte sur nos cartes d’identité me dit qu’il ne reconnait pas notre identité. Je ne devrais pas avoir à me rappeler de ça chaque fois que j’ouvre mon portefeuille», se désole Carben qui se dit toujours aussi désillusioné.e après sa dernière visite à la SAAQ.
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Encore du chemin à faire
Ce ne seront pas nécessairement toutes les personnes non binaires qui voudront demander de changer la mention de sexe sur leurs pièces d’identité, souligne par ailleurs G. James Galantino.
«Certaines personnes préfèrent éviter de se faire outer pour se protéger de la discrimination», précise-t-il.
La décision du gouvernement de permettre le marqueur X sur les cartes d’identité n’est qu’un pas dans la bonne direction, rappelle pour sa part Laurent Breault de la Fondation Émergence.
«Ça nous prend du progrès législatif, mais aussi un changement de mentalité et en ce moment, il y a un écart entre les deux», insiste-t-il.
«Même au sein de la communauté LGBT, ça [le concept de non-binarité] peut être encore nouveau. C’est pourquoi il faut continuer d’informer et de raconter leurs histoires», conclut-il.