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Deux comédiennes lesbiennes veulent «rendre ça cool d’être gouine»

Photo portrait de Sarah-Florence  Benjamin

Sarah-Florence Benjamin

2024-04-26T11:00:00Z

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En cette Journée de la visibilité lesbienne, les deux co-porte-paroles de cette année, Mélodie Noël-Rousseau et Geneviève Labelle, se sont données comme mission de «rendre ça cool d’être gouine». Parce que même en 2024, les lesbiennes restent toujours trop dans l’ombre, regrettent les deux comédiennes à qui 24 heures a parlé.

Pourquoi est-ce qu’on parle de la Journée de visibilité lesbienne plutôt qu’une journée des lesbiennes tout court?

Mélodie Noël-Rousseau: Parce qu’on est invisibles! On n’a pas aussi bonne presse que l’homme gai. Il est le meilleur ami, il s’habille bien, alors que les lesbiennes, on n’en entend pas parler, sauf si c’est pour poser une tablette.

Geneviève Labelle: C’est pour ça qu’on a besoin d’une journée, pour se voir et se rassembler. On dit «lesbienne», mais ça inclut les personnes bi, pansexuelles, toutes les personnes queers.

Photo Katya Konioukhova
Photo Katya Konioukhova

Le thème de la Journée de cette année, c’est «Habiter l’espace». Pourquoi est-ce un enjeu pour les lesbiennes?

M: On a besoin d’espaces. Oui, on est ouvert, on nous voit à la télé, mais la discrimination est encore là. Tant qu’il y aura de la discrimination, on aura besoin de lieux pour se retrouver, pour pouvoir embrasser sa blonde sans qu’on pense que c’est pour aguicher, sans avoir besoin d’être hypervigilante, au cas.

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G: Quand j’étais au secondaire, je sortais au Drugstore [un bar lesbien du Village fermé en 2013] ou au Unity avec mon ami et j’étais curieuse de tout ce qui se passait. Ces lieux-là sont importants pour les gens qui se cherchent, qui viennent fouiner.

M: Ces espaces-là sont nécessaires, on le voit, les gens sont toujours au rendez-vous. Longtemps, les lesbiennes ont senti qu’elles n’avaient pas accès à ces espaces plus safe dans le Village.

G: Les hommes gais ont la majorité du capital, ils dirigent les institutions, la Presse LGBT, ce sont eux qui bookent les artistes.

M: Historiquement, les lesbiennes ont travaillé dans le care, dans le communautaire. À une certaine époque, elles étaient très actives dans la lutte pour l’avortement, pour le droit à accéder à certains métiers. Faire de la business, c’est tabou.

Pourquoi était-ce important pour vous d’être les porte-paroles de cette journée pour une deuxième année d’affilée?

M: C’est une reconnaissance de notre travail avec [les compagnies de théâtre] Pleurer dans’ douche et le café Reine Garçon. La visibilité lesbienne, c’est au cœur de notre pratique. On a créé des lieux où on s’affichait clairement comme queer.

G: On est vraiment out et on en a fait notre marque de commerce. On essaie de rendre ça cool d’être gouines. Même dans notre milieu, on connaît encore tellement de monde dans le placard. Les gens ont peur d’être étiquetés.

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M: On veut aussi tourner en région. On revient de Rouyn et on s’en va bientôt à Caraquet. C’est une mission qu’on s’est donnée, parce que c’est plus dur d’être queer en région. Ça m’a pris 30 ans réaliser que j’étais lesbienne parce que j’ai manqué de modèles en région. On aimerait ça pouvoir être ces modèles-là.

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La société a fait beaucoup de chemin, mais est-ce que certains préjugés sont encore trop présents à votre avis?

G: Il y en a! L’idée que les lesbiennes sont traumatisées des hommes ou de leur père. (...) On ne déteste pas les hommes, on a juste envie d’être bien.

M: Les hommes qui pensent que c’est de coucher avec eux qui va nous faire changer d’idée.

M: Pour ça, il faut de la sensibilisation, de l’éducation. Apprivoiser ce qu’on ne connaît pas, c’est la clé. Heureusement qu’il y a Gris Montréal, qu’il y a Interligne, qu’il y a le Réseau des lesbiennes du Québec. Ces organismes-là préviennent la haine et il faut les financer.

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Qui sont les deux porte-paroles?

Mélodie Noël-Rousseau et Geneviève Labelle ont entrepris de raconter l’histoire oubliée des lesbiennes au Québec dans leur pièce, Ciseaux. L’identité lesbienne est au cœur des projets des fondatrices de la compagnie de théâtre Pleurer Dans' Douche et du café Reine Garçon, à Montréal. On les connaît aussi pour leur duo de drag king Rock Bière et RV Métal.

Les propos ont été édités à des fins de concision.

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