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Le prochain défi du «nouveau» Patrick Roy?

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Le TVASports.ca a récemment recueilli des témoignages de plusieurs joueurs ayant évolué sous les ordres de Patrick Roy et ceux-ci ont permis de confirmer une croyance populaire : l’ancienne vedette des Canadiens et de l’Avalanche a toujours voulu gagner... coûte que coûte. 

Occupant le rôle d’entraîneur depuis 2005, l’actuel pilote des Remparts de Québec ne s’est jamais gêné, dans le passé, pour utiliser des techniques de coaching qui ne faisaient pas l’unanimité.          

«Il y a des choses que je ne peux pas te dire, parce que j’adore Patrick. Mais je vais te dire une chose : sa soif de victoire était plus grande que tout. TOUT. À toi, maintenant, de te faire une idée sur le sujet.»

Danick Paquette a évolué sous les ordres de Patrick Roy lors de la saison 2009-2010. Il était alors âgé de 19 ans et était à ce moment un leader incontesté chez les Remparts. Il avoue avoir été quelque peu déstabilisé à son arrivée à Québec. 

«J’arrivais de Lewiston où on nous enseignait le hockey avec douceur. À Québec, si tu voulais juste enfiler le chandail des Remparts et te pavaner en lançant quelques rondelles la tête en l’air, ça ne marchait pas. À partir du moment où tu entrais au Colisée Pepsi, tu rejoignais l’univers de Pat et tu devais tout donner... ou tu te le faisais dire en maudit.

«Un gars comme Jonathan Marchessault en a eu pour son argent, crois-moi. Il se faisait brasser comme j’avais rarement vu un joueur se faire brasser. Le gars avait 17-18 ans et il se faisait jouer dans la tête. Il avait été sélectionné en 14e ronde par Roy. S’il ne frappait pas, il ne jouait pas, point barre».

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Crédit photo : Les archives Didier Debusschère

Mais les années ont passé et Patrick Roy a graduellement changé son approche. 

«Tu regardes un gars comme Théo Rochette, aujourd’hui. Jamais Pat ne va lui demander d’aller finir un gars dans le coin», poursuit Paquette.

C’est justement ce changement de mentalité de la part de «Casseau» que l’auteur de ces lignes souhaite aborder aujourd’hui. 

Toujours aussi désireux de l’emporter lorsqu’il se retrouve derrière un banc, Roy a cependant dû suivre le mouvement d’une ligue qui se concentre de plus en plus sur l’unique aspect du développement des joueurs. Exit les entraînements punitifs de 90 minutes et les bagarres générales impliquant les entraîneurs. Ce «matériel» appartient aujourd’hui à une autre époque. 

Portrait du «nouveau» Patrick Roy.

Évolution          

Mikaël Tam a été capitaine chez les Remparts de 2010 à 2012. Il a tellement apprécié son expérience avec Patrick Roy qu’il est revenu lui prêter main forte en tant qu’adjoint au début de la présente campagne. Et il concède effectivement avoir remarqué une importante évolution chez son ancien coach.

«Avec les années, tu vieillis et tu t’adaptes. Le hockey n’est plus ce qu’il était il y a dix ans. Patrick a su suivre la parade. Les jeunes d’aujourd’hui veulent qu’on leur explique le pourquoi des choses. Ils ne veulent pas juste être opposés à une réalité/punition. 

«Aujourd’hui, et j’ai pu le constater en le côtoyant pendant trois mois, je trouve que Patrick est beaucoup plus calme. Il a évolué. C’est un nouvel entraîneur et je le trouve même meilleur qu’il y a 10-15 ans.»

Un gars à l’écoute          

Félix Bibeau a occupé l’an dernier (jusqu’aux fêtes) le rôle de capitaine chez les Remparts de Québec. 

Il a été impressionné par l’ouverture d’esprit et l’écoute de Patrick Roy.

«En tant que capitaine, j’ai eu plusieurs discussions avec lui. Bien sûr, nous avons eu notre part de désaccords, mais il a toujours été à l’écoute de mes idées et les prenait en considération. Ce n’est pas un gars borné».

Crédit photo : PHOTO D'ARCHIVES, ANNIE T. ROUSSEL

 Mikaël Tam est du même avis. 

«Patrick, c’est la prestance incarnée. Il arrive à l’aréna et il est toujours prêt. Il pourrait très bien se foutre de l’avis de tout le monde considérant son statut, mais il accorde vraiment de l’importance à tous les membres de l’équipe, que ce soit son meilleur marqueur ou un préposé à l’équipement.»

Des méthodes... révisées          

À une certaine époque, les entraînements punitifs dirigés par Patrick Roy étaient coutume quand les défaites s’accumulaient. 

Mais preuve d’un important changement de cap, Félix Bibeau jure que son ancien pilote, en six mois, n’est jamais même passé près de tenir une pratique du genre. 

«Ce n’est jamais arrivé, même lorsqu’on en perdait plusieurs de suite! Patrick préférait nous rappeler à quel point nous étions une jeune équipe. Il nous disait que les choses allaient se replacer. Il a toujours préféré l’enseignement à la punition.

Mis au fait des propos de Bibeau, Brent Aubin, qui a lui aussi été capitaine des Remparts (en 2007), ne peut s’empêcher d’éclater de rire. 

«Es-tu sérieux?! Nous, si on avait le malheur d’en perdre trois de suite à l’époque, on souffrait pendant deux semaines!» 

Aubin et Bibeau s’entendent toutefois sur un point : l’ex-gardien de la LNH est un motivateur hors pair. 

«C’est incroyable avoir un entraîneur comme lui, car il parvient à te faire croire que tu as des chances même si ce n’est pas le cas, en réalité», lance Bibeau. 

Aubin abonde dans le même sens. 

«Si tu venais à l’aréna pour jouer au hockey, tu trouvais ton compte avec Pat. Il appréciait ceux qui donnaient leur 100%. Ils devenaient ses meilleurs amis.»

Marc-Olivier Vallerand et Kelsey Tessier, deux autres ex-capitaines de l’équipe, sont en parfaite symbiose avec les propos relatés plus haut. 

«Tu regardes les gars qui ont apprécié Patrick et ils jouent pas mal tous encore aujourd’hui. Patrick, c’était un passionné. Les joueurs qui aimaient la game ont toujours davantage compris sa mentalité», lance Vallerand. 

Pour Kelsey Tessier, l’opinion de ses homologues ne pourrait être plus véridique. 

«Avec Pat, ç’a cliqué dès le départ, car nous avions la même soif de victoire. Et notre relation a été sublime jusqu’à la toute fin». 

Danick Paquette acquiesce. 

«Vrai que certains ont eu beaucoup de mal à "dealer" avec Pat. Même que quelques joueurs en ont tout simplement été incapables. Mais pas moi. Je le respecte beaucoup. C’est un "winner" et ceux qui voulaient gagner n'ont rien à dire de mal sur lui.» 

Et la suite?          

Patrick Roy, au fil de sa carrière de gardien et d’entraîneur, a habitué tout le monde aux rebondissements. 

Il n’est donc pas étonnant que la question la plus populaire, lorsqu’il est question de l’ancien no 33, soit celle-ci : «et la suite?»

Eh bien la suite, dans le cas de Roy, semble peu à peu se dessiner. 

Félix Bibeau raconte une discussion particulièrement révélatrice à ce sujet. 

«Je me souviens d’une discussion marquante avec Pat où il m’a confié que le travail de directeur général dans la LNH l’intéressait beaucoup. D’ailleurs, s’il retourne dans la grande ligue, un jour, il veut que ce soit dans ce rôle-là.»

Crédit photo : DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QUEBEC

 Les anciens troupiers de Roy qui ont participé à ce dossier ne sont pas du tout surpris. 

«Patrick adore bâtir sa propre équipe. Un poste de directeur général dans la LNH est un fit parfait pour lui», lance d’abord Kelsey Tessier. 

Jean-Sébastien Giguère, qui était le gardien réserviste de l’Avalanche du Colorado lors de la première campagne de Roy en tant qu’entraîneur dans la LNH, est du même avis. 

«Dans le rôle d’entraîneur, au Colorado, il devait obtenir l’accord de plusieurs personnes pour prendre ses décisions finales, ce qu’il n’aimait pas. Il n’aurait pas le même problème en tant que directeur général. Je le vois vraiment revenir dans ce rôle-là, justement. Il connaît tellement la game.»

Brent Aubin va plus loin. 

«Patrick est le genre de gars qui est capable d’aller chercher le maximum de chaque transaction qu’il effectue. Il ne laisse rien au hasard. On sous-estime beaucoup son intelligence du jeu. Il a souvent prouvé son efficacité en tant que DG à Québec, mais il ferait aussi des ravages dans la LNH, j’en suis persuadé.»

Aux dernières nouvelles, Patrick Roy était toujours heureux dans ses fonctions au sein de l'organisation des Remparts de Québec. Mais s’il devait signifier ne serait-ce qu’un infime intérêt pour un retour dans la LNH en tant que DG, gageons qu’il ne resterait pas «joueur autonome» très longtemps...