Crédit : https://isport.blesk.cz/

Canadiens de Montréal

CH: «ça n’explique pas ma faible production!»

Publié | Mis à jour

«Salut, comment ça va? Moi, je vais très bien!»

C’est de cette façon et dans un impeccable français que le Tchèque Jan Mysak, choix de deuxième tour des Canadiens au plus récent repêchage de la LNH, répond à l’appel de l’auteur de ces lignes.       

La personnalité rayonnante du jeune homme de 18 ans est d’une déconcertante évidence, et ce même à des kilomètres de distance. 

«Une bonne amie de ma mère qui parlait très bien le français m’a donné plusieurs cours dans les dernières semaines. Je sais à quel point cette langue est importante à Montréal et je suis de nature curieuse. J’adore apprendre et je suis constamment en train de chercher une façon de m’améliorer.»

Et ce trait de personnalité est également perceptible sur une patinoire, où Mysak, un joueur de centre de 5 pi 11 po et 180 livres, est décrit par ses pairs comme un véritable passionné de hockey prêt à tout pour progresser. 

Ça tombe bien, parce que les défis sur la route de l’espoir du CH seront nombreux s’il souhaite un jour revêtir l’uniforme bleu, blanc et rouge. 

Depuis l’annonce de sa sélection, Jan Mysak a très souvent été qualifié de «vol du repêchage». Fera-t-il honneur à ces élogieuses paroles? 

Portrait d’un joueur qui ne demande qu’à répondre aux attentes. 

«Ce n’est vraiment pas bon»      

Mysak sait pertinemment qu’il a attiré l’attention des dirigeants du CH en raison de son profil de joueur offensif.

Pour la première fois de sa carrière (et peut-être au moins bon moment!), le Tchèque connaît cependant d’importantes difficultés en territoire ennemi.

Au sein du Litivinov HC, formation du principal championnat de la République Tchèque, Mysak n’a récolté qu’un seul petit point (une aide) en dix parties. Et il n’est pas très fier de sa fiche offensive. 

«Ce n’est vraiment pas un bon rendement», admet-il sans chercher à se défiler. 

«J’essaie toutefois de concentrer mes énergies sur le positif. Actuellement, l’équipe m’offre plusieurs outils pour que je puisse améliorer l’aspect défensif de mon jeu. Nous avons un excellent entraîneur attitré à la couverture défensive et au jeu en désavantage numérique. Je sais que mon talent est toujours là et que les choses vont débloquer, mais je sais aussi que je dois devenir un joueur complet si je souhaite un jour m’établir avec les Canadiens.»      

Pour une troisième saison consécutive (excepté un bref séjour dans la Ligue junior de l’Ontario dont nous reparlerons plus bas), Mysak évolue contre des hommes parfois deux fois plus âgés que lui en Extraliga tchèque. 

«Mais ça n’explique pas ma faible production!», s’empresse-t-il de préciser. 

«Ce n’est pas une excuse. Oui, c’est parfois plus difficile que lorsque j’affronte des joueurs de mon âge, mais si je veux faire partie des meilleurs, je dois aussi dominer contre des joueurs plus vieux que moi.»

À son grand bonheur, Mysak a toutefois récolté son premier point de la saison, mardi. 

«Je sens que les choses se replacent peu à peu. J’évolue actuellement sur le troisième trio de l’équipe et l’entraîneur compte sur moi en désavantage numérique. Depuis deux matchs, cependant, on me donne aussi du temps de glace sur l’attaque massive. J’essaie de créer le maximum d’occasions.»

De grandes responsabilités       

Mercredi, Mysak a été invité au camp de sélection de l’équipe junior de la République Tchèque en vue du Championnat mondial qui se tiendra dans le temps des fêtes. 

Le jeune patineur a un objectif bien précis en tête. 

«Je veux être le leader de cette équipe. Je veux montrer aux autres joueurs qu’ils doivent jouer de façon dédiée s’ils souhaitent voir notre pays triompher. Je suis vraiment excité par cet événement et j’ai bien hâte d’y jouer!

«Certaines personnes disent que nous serons mauvais, mais je m’en fous un peu, pour être honnête! Si nous jouons comme nous en sommes capables, nous pouvons battre n’importe qui. J’en suis persuadé.»

On sent, à travers les propos de Mysak, qu’il souhaite vraiment voir son pays être à son meilleur dans quelques semaines. 

Il faut dire que sa dernière expérience sur la scène internationale n’a pas été la plus glorieuse. À vrai dire, il l’a encore sur le cœur. 

L’an dernier, alors que la République Tchèque agissait comme pays hôte, Mysak et ses coéquipiers n’ont pu faire mieux qu’une quatrième place dans le groupe «B». Une seule petite victoire en quatre duels. Mais surtout, une dégelée de 7-2 subie aux mains de l’équipe canadienne. 

C’est d’ailleurs ce qui l’a convaincu, en janvier 2020, de s’envoler vers le Canada, où il a finalement disputé quelques matchs dans la Ligue junior de l’Ontario.

«Après notre humiliation face au Canada, j’ai vu l’équipe canadienne remporter le tournoi, chez nous de surcroît. J’ai alors compris à quel point le calibre était relevé en Amérique du Nord. Je me suis dit qu’affronter ces gars sur une base régulière serait la meilleure chose à faire pour mon développement.»

Un choc       

Entre janvier et mars 2020, Mysak a finalement disputé 22 parties avec les Bulldogs de Hamilton.

Si sa récolte de 25 points fait état d’une excellente et rapide adaptation au style de jeu nord-américain, le Tchèque avoue qu’il n’oubliera jamais son premier match dans l’uniforme des Bulldogs. 

«C’était à Ottawa. J’ai trouvé le jeu tellement rapide et physique! Je me suis fait frapper plusieurs fois et assez solidement, ce soir-là. À un certain moment, j’ai dû prendre quelques secondes pour me parler. Je me suis rappelé que j’étais amplement en mesure de rivaliser avec ces joueurs-là.»

Repêchage 2020 LNH
Crédit photo : Photo courtoisie Brandon Taylor / Hamilton Bulldogs

Avec du recul, Mysak avoue que le choix de quitter sa République Tchèque natale n’a pas été facile. Mais il ne regrette rien. 

«Ce fut une expérience assez folle, parfois très difficile. Il s’agissait de la première fois où je quittais mon pays et mes parents aussi longtemps. Après quelques semaines, les choses se sont cependant replacées. En bout de ligne, je veux vraiment remercier tous les joueurs et dirigeants des Bulldogs. Ils ont été incroyables à mon égard et m’ont fait sentir comme l’un des leurs dès mon arrivée.»

Dans le cadre d'un excellent entretien avec les collègues de La Presse, celui qui porte le numéro 91 avec le Litivinov HC a d'ailleurs révélé avoir tiré profit de son expérience dans l'OHL, mentionnant notamment être rentré du Canada «plus fort en possession de la rondelle».

Une rencontre inoubliable avec Plekanec       

Il y a deux semaines, Jan Mysak a eu l’opportunité, le temps d’un café, de s’assoir avec l’ancien des Canadiens Tomas Plekanec. 

À Prague, les deux compatriotes ont tenu une discussion qui a marqué le volubile attaquant. 

«C’est une légende de notre pays. Notre échange constitue pour moi un moment incroyable que je n’oublierai pas. Tomas m’a parlé de sa routine dans la LNH et de ce que je devais faire pour m’établir au sein des Canadiens. Je suis très reconnaissant qu’il ait pris le temps de discuter avec moi. Je vais assurément mettre ses conseils en application.»

Un moral d’acier       

On le disait plus haut, Mysak ne connaît pas un début de saison à la hauteur des attentes. Mais rassurez-vous: sa confiance n’est pas affectée et la phrase qu’il lance avant de raccrocher le prouve hors de tout doute. 

«Je sais que je peux être un joueur décisif. Je peux marquer des buts, orchestrer des jeux. Je suis un joueur intelligent qui excelle au niveau de son positionnement sur la glace. Mais la chose la plus importante me concernant est que je suis prêt à apprendre de nouvelles choses chaque jour pour devenir la meilleure version de moi-même.»

Et ça, Jan, c’est tout ce que les partisans des Canadiens te demanderont (ou devraient te demander)!