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Vivre «pauvre» de son sport: vivre en pension pendant les tournois afin d’économiser

Valérie Tétreault lors de son match de premier tour aux Internationaux d'Australie, contre Kim Clijsters, en 2010.
Valérie Tétreault lors de son match de premier tour aux Internationaux d'Australie, contre Kim Clijsters, en 2010. Photo AFP
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2024-05-18T04:00:00Z

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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...

Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.

Valérie Tétreault a pris sa retraite du tennis professionnel à 22 ans. Sa décision était réfléchie: «J’avais réalisé mon rêve, j’avais joué des tournois du Grand Chelem», dit-elle. Elle était aussi, beaucoup, basée sur ses finances.

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«Je me demandais si je pouvais continuer pendant 10 ans alors que chaque année, j’arrivais pas mal kif-kif», explique celle qui est aujourd’hui la directrice de l’Omnium Banque Nationale de Montréal, et qui précise avoir réussi à mettre «un tout petit peu d’argent de côté à la fin de sa carrière».

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Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

Tétreault estimait aussi qu’elle «n’avait pas le talent pour percer le top 50», un classement qui lui aurait permis de voyager à travers le monde afin de disputer des tournois sans trop se casser la tête avec les chiffres inscrits dans son compte bancaire.

Beaucoup de vols et des pensions de famille

Parce que ces calculs, ils ont fait partie intégrante de sa carrière, durant laquelle la Québécoise aura atteint le 112e rang sur la WTA et touché quelque 169 000$ en bourses, selon le site du circuit.

«Ça t’ajoute une forme de pression, en plus de celle que tu te mets à tenter de défendre des points, à progresser au classement, affirme-t-elle. Tu dois en plus t’assurer que financièrement, c’est encore viable, que tu ne t’endettes pas.»

Photo d'archives
Photo d'archives

Pour ne pas s’endetter, justement, Valérie Tétreault explique avoir mis en place plusieurs stratégies. Ils étaient rares, les voyages en Europe, parce qu’il était moins coûteux de disputer plusieurs tournois ITF – dans l’antichambre de la WTA – aux États-Unis, où il était possible pour les athlètes de demeurer en pension.

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Même si cela impliquait parfois d’aller jouer au tennis avec les enfants de la famille, entre deux matchs. «Ce qui n’est pas nécessairement recommandé pour une joueuse professionnelle!» raconte-t-elle en riant.

«Il m’arrivait aussi de disputer deux tournois de suite dans l’est, mais de faire une connexion au Texas plutôt qu’un vol direct, parce que ça coûtait moins cher, illustre également Tétreault. Ou encore, d’arrêter à Plattsburgh et de prendre un autobus Greyhound afin de revenir à Montréal.»

Ce qui la rendait envieuse

Tétreault voyageait souvent seule, sans entraîneur. Ce qui la faisait le plus rêver chez ses adversaires qui elles, étaient parvenues à toucher des millions en gains et en commandites, c’était leur grand entourage.

Photo d'archives
Photo d'archives

Le coach, le physiothérapeute et l’agent, tous ces gens qui se déplaçaient avec certaines de ses rivales, aux frais de ces dernières, afin de lui permettre d’être à 100% concentrée sur ses performances sur le terrain.

«Quand tu y penses, c’est un peu l’œuf ou la poule, analyse-t-elle, parce que tu compétitionnes contre des gens qui ont plus de moyens et qui sont capables de jouer dans des conditions optimales, en investissant plus, en ayant un entraîneur qui voyage avec elles.»

La pression d’y aller all in

À un moment dans sa courte carrière, c’était en 2008, Tétreault y est allée all in. Sans tomber dans l’excès, précise-t-elle, mais elle a décidé qu’elle devrait au moins voyager durant 20 semaines avec son entraîneur Jack Cinciripini.

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«Dans ces mois-là, je la ressentais encore plus, la pression de faire des points», se souvient-elle.

«Quand tu regardes un tableau, tu as toujours une colonne au bas avec les points, et un autre avec les bourses. Ce n’est jamais bon signe quand un joueur doit regarder celle des bourses, pour savoir si à la fin de sa semaine, tu seras dans le plus ou dans le moins!»

Photo d'archives
Photo d'archives

Encore aujourd’hui, dans les tournois ITF, le chèque remis à la gagnante de la semaine varie entre 1310$ et 17000$, selon l’importance et la bourse globale de l’épreuve. Pour une défaite au premier, le montant varie entre 145$ et 2140$.

Dans le second cas, c’est souvent insuffisant pour assumer les dépenses liées au déplacement de la joueuse. Et ce l’est encore moins pour payer celui d’un entraîneur.

Jeunes pour autant d’intensité

Le fait d’avoir son entraîneur avec elle a finalement porté fruit: en 2009, Tétreault remportait ses trois premiers titres sur l’ITF et se qualifiait pour les Internationaux des États-Unis, ainsi que pour ceux d’Australie, l’année suivante.

Ce ne fut toutefois pas assez pour ne pas la convaincre d’accrocher sa raquette, à la fin de 2010.

Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI

Mais elle ne regrette pas non plus d’avoir fait des sacrifices afin de jouer au tennis professionnel, assure-t-elle.

«Je suis allée au bout de mon rêve, j’ai mis tous les sports, tous les efforts que je pouvais. Je le referais à 100%, mais je me rends compte que les athlètes sont jeunes pour vivre des choses aussi intenses», précise Tétreault.

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