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Vivre «pauvre» de son sport: bientôt double olympien, mais incapable de s’acheter une maison

René Cournoyer devrait participer à ses deuxièmes Jeux olympiques cet été, mais il reste toujours chez ses parents.
René Cournoyer devrait participer à ses deuxièmes Jeux olympiques cet été, mais il reste toujours chez ses parents. Photo Ben Pelosse
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2024-05-18T04:00:00Z
2024-05-18T11:55:47Z

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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...

Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.

À 27 ans, René Cournoyer devrait participer cet été à Paris à ses seconds Jeux olympiques. Il est l'un des meilleurs gymnastes au Canada. Mais pour toucher une deuxième fois à son rêve, il vit encore chez ses parents. Et ce sont ces derniers qui ont dû se porter garants afin qu’il puisse louer une voiture pour se rendre à ses entraînements ainsi qu’à ses cours à l’université.

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Sa fédération n’est pas «celle qui a le plus de budget», expose-t-il. Et même en gagnant des médailles, en gymnastique, on ne s’enrichit pas par ses performances sur le tapis ou aux anneaux: en compétition durant une saison, un triomphe rapporte 500$.

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Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI

«C’est une réalité qui est temporaire, mais c’est la réalité du sport amateur, pointe Cournoyer. On ne gagne pas des millions, loin de là même, mais on ne vit pas avec la pression qui vient avec le fait de gagner des millions non plus.»

C’est le brevet que lui accorde annuellement Gymnastique Canada depuis une décennie qui lui permet de payer les frais associés à son sport.

Pour le reste de ses dépenses personnelles, comme les sorties au restaurant, l’étudiant à temps plein travaille comme assistant en physiothérapie, son domaine d'études, entre ses sessions universitaires. Il donne aussi des conférences dans des écoles.

Pas de revenus selon les banques

Le brevet – ou carding, dans le jargon – n’est toutefois pas considéré comme un revenu par les institutions bancaires, précise l’athlète de Repentigny. C’est pourquoi, même s’il le voulait, il ne pourrait pas s’acheter une propriété.

«[Le brevet] n’est pas garanti ni imposable, explique-t-il. Les banques considèrent donc que je n’ai pas un revenu stable. Même pour une voiture, c’est compliqué, c’est pourquoi mes parents ont dû m’endosser

Photo Ben Pelosse
Photo Ben Pelosse

Par chance, Cournoyer souligne être quelqu’un d’économe. «Je n’ai pas tendance à dépenser inutilement, mentionne-t-il. [...] Je fais des choix éclairés. Évidemment, quand je vois le train de vie de certaines personnes, je me dis que je ne pourrais pas les suivre, mais je n’y aspire pas non plus.»

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Mais à bientôt 28 ans, il ne cache pas non plus que tous ces sacrifices qu’il ne regrette pas, mais qu'il a faits par passion pour sa discipline, pèseront dans la balance dans sa décision d’amorcer ou non un autre cycle olympique au-delà des Jeux de Paris.

Car il aspire éventuellement à une vie «plus stable».

«Je ne suis pas dans le rouge, mais je ne fais pas d’argent dans une saison», dit le gymnaste.

Les réseaux sociaux, l’obligation

Par choix, parce que ce n’est pas trop sa tasse de thé, René Cournoyer a aussi décidé de ne pas emprunter la même voie que plusieurs athlètes, qui sont en quelque sorte devenus des créateurs de contenus sur les réseaux sociaux, souvent dans le but d’attirer des commanditaires.

Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI

«C’est souvent la seule chance qu’ont les athlètes amateurs d’avoir un certain rayonnement, souligne-t-il. Mais ce n’est pas mon genre de passer des heures à me filmer à l’entraînement puis à éditer mes vidéos. Je considère que c’est une distraction pour moi.»

Il le fait tout de même un peu. «Je n’ai pas vraiment le choix», dit Cournoyer, qui a aussi le soutien d’une clinique de physiothérapie pour ses traitements, et qui obtient aussi des contrats sporadiques.

«Mais disons que je ne suis pas set for life [qu’il n’a «plus à s’inquiéter de ses finances»]. Je n’ai pas des millions dans mon compte en banque!»

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