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Vivre «pauvre» de son sport: même pas 20$ de lousse pour se payer un repas dans un resto

Aleksandra Wozniak au Challenger de Granby, en 2016.
Aleksandra Wozniak au Challenger de Granby, en 2016. Photo d'archives, Agence QMI
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2024-05-17T19:30:00Z

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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...

Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.

Une quinzaine d’années ont passé depuis, mais Aleksandra Wozniak se souvient encore très bien de ses débuts dans le tennis professionnel, à cette époque où la Québécoise se nourrissait souvent de sandwichs achetés au dépanneur. «Je n’avais pas les moyens de payer 20$ pour un repas au restaurant», lance-t-elle.

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Car même si sa page sur le site de la WTA affiche des gains en carrière de plus de 2 millions $, Wozniak était loin d’avoir un train de vie de millionnaire, comme les Serena Williams ou les Maria Sharapova, durant ses années sur le circuit.

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«Je coupais tout pour y arriver. [...] Il y a des fois où je me disais, au tout début: il faut que je gagne ce match-là, sinon je ne pourrai pas aller à mon prochain tournoi, explique l’ancienne joueuse. Ça jouait dans ma tête. Ça me coûtait des matchs, parce que je me mettais beaucoup de pression.»

Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI
Pas de Rolex ni de grosse voiture

Les robes griffées sur les tapis rouges, les voitures de grand luxe ou les montres Rolex que l’on voit au poignet de certaines joueuses, ce n’est déjà pas le quotidien de la majorité d’entre elles.

Et c’était encore plus vrai à l’époque où Wozniak voyageait à travers la planète afin de disputer des tournois, rappelle la joueuse originaire de Blainville, dont la carrière professionnelle s’est échelonnée entre 2006 et 2018.

«La première marque de vêtement [de luxe] que j’ai portée, c’est quand Lacoste est devenu mon commanditaire, illustre-t-elle. Aujourd’hui, on voit des joueuses qui portent du Gucci, du Versace. Elles touchent plus de bourses [dans les premiers tours, notamment], donc elles peuvent se le permettre.»

Photo fournie par Aleksandra Wozniak
Photo fournie par Aleksandra Wozniak
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Deux emplois pour l’aider

À cela s’ajoute le fait qu’être une pro du tennis, ça coûte cher: il n’y a pas d’équipe professionnelle qui paie à leur place leur billet d’avion, leur entraîneur ou leur chambre d’hôtel.

À la base, Wozniak ne vient pas d’un milieu aisé. Loin de là même, explique l’ex 21e mondiale, aujourd’hui âgée de 36 ans.

Ses parents dévoués ont toutefois vite constaté son amour sans borne – et son talent – pour le tennis. Si bien que tous les deux ont longtemps cumulé deux emplois afin de lui permettre de se perfectionner durant ses années chez les juniors.

Aleksandra Wozniak avec son père et entraîneur Antoni, à Wimbledon.
Aleksandra Wozniak avec son père et entraîneur Antoni, à Wimbledon. Photo fournie par Aleksandra Wozniak
Des premières vacances à la mi-vingtaine

Ces grands sacrifices lui ont permis de se tailler une place parmi les pros, et éventuellement parmi les meilleures au monde.

Wozniak a notamment atteint la ronde des 16 à Roland-Garros en 2009, à 22 ans. Une performance qui, à elle seule, lui a permis de toucher une bourse d’environ 100 000$.

Photo AFP
Photo AFP

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Mais même là, la jeune joueuse était loin de vivre en reine. Elle explique ne pas avoir fait de folies. En fait, la première fois qu’elle a vraiment dépensé, c’est à la mi-vingtaine, quand elle a invité sa mère et sa sœur dans un voyage dans le Sud.

«C’était un luxe, je n’étais jamais allée dans le Sud en voyage! lance-t-elle. Aussi, je pouvais me payer un bon resto si j’en avais envie. Pour plusieurs personnes, c’est normal, mais moi, je n’avais jamais fait ça.»

«J’aurais aimé qu’on m’aide»

C’est ce souci de l’économie qui a permis à Wozniak de prolonger sa carrière jusqu’au début de la trentaine, malgré de graves blessures qui l’ont forcée à passer de long mois à l’écart du jeu, et qui l’ont fait retomber au bas de l’échelle dans ses dernières années de tennis.

Avec un classement avoisinant la 1000e place, c’en était fait de la WTA, où, si le voyagement demeure aux frais des joueuses, les hôtels sont à tout le moins payés. Des commanditaires sont partis, aussi.

C’était le grand retour au circuit ITF, avec ses bourses anémiques qui, au maximum, rapportent quelques milliers de dollars à la championne de la semaine.

«Mais toute la semaine passée dans l’hôtel, le billet d’avion, le cordage des raquettes, les restaurants, ça coûte environ 3000$.»

Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI

Wozniak a été assez économe pour avoir encore de l’argent en poche au terme de sa carrière. Elle en injecte désormais dans son académie de tennis à Bedford, en Estrie, qui vivra son quatrième été, grâce à l’apport, également, de commanditaires comme Graymont, Plomberie St-Luc, Pro Décor Dufresne, Rogers et plusieurs autres.

Photo fournie par Aleksandra Wozniak
Photo fournie par Aleksandra Wozniak

«Je veux aider le plus de jeunes dans ma région, pointe-t-elle. Faire bouger des jeunes dans le besoin, les nourrir. On ne peut pas sauver tout le monde, mais si on peut en aider, je vais le faire. Moi, j’aurais aimé que l’on m’aide quand j’étais jeune.»

«Mais je suis reconnaissante de tous ceux qui ont donné des 100$ ici et là. Ça aide à aller loin quand même, et un enfant va s’en souvenir.»

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