«Vitrerie Joyal»: Martin Matte propose une autofiction à la fois drôle et malaisante
Les six épisodes seront accessibles sur la plateforme américaine Prime Video ce vendredi


Guillaume Picard
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Martin Matte nous plonge dans le Laval de 1995 avec sa nouvelle comédie dramatique Vitrerie Joyal, qui arrive sur la plateforme américaine Prime Video ce vendredi.
« Projet extrêmement personnel » pour l’humoriste et scénariste parce que basé sur sa propre vie, cette autofiction en six épisodes navigue entre faits vécus et moments romancés, nous ramenant à l’époque des cheveux gaufrés, des Rolodex, des transactions par carte de crédit nécessitant une approbation téléphonique et des employés qui boucanent au bureau.
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Tout ça sur fond de campagne référendaire qui bat son plein au Québec et d’enveloppes brunes qui sont nécessaires pour décrocher des contrats de la Ville... Marcel Leboeuf, qui campe le maire Valcourt dans cette série d’époque dotée de moyens supérieurs à ce qu’auraient pu offrir les plateformes locales, selon Martin Matte et le réalisateur Guillaume Lonergan, ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à l’ex-maire Gilles Vaillancourt, qui, rappelons-le, a terminé sa longue carrière politique en prison pour fraude.
Oui, Martin Matte a osé aller jusque-là dans cette œuvre coproduite par Encore Télévision et Matte TV pour Amazon MGM Studios.

Matte campe André Joyal, qui est dans les faits son véritable père, un entrepreneur qui exploitait une vitrerie sur l’île Jésus. Même si les affaires vont moins bien lorsque l’on fait sa rencontre – Joyal se dit malheureux entre deux bouffées de cigare alors qu’il brise le quatrième mur en se présentant à nous –, l’entrepreneur refusera toujours de graisser la patte des autorités afin de brasser des affaires plus juteuses.
Joyal, qui peut en un rien de temps s’emporter, manie le dicton comme pas un. Son favori : « Qui vise la perfection atteint l’excellence », formule qu’il répète chaque fois qu’il en a l’occasion pour stimuler la faim chez ses vendeurs qui parcourent la ville en Ford Festiva aux couleurs de l’entreprise.

Dans la série, on sent un important choc des générations alors que le monde s’apprête à changer profondément en raison de la révolution du web. Les fils Joyal – Philippe (Pier-Luc Funk) et Vincent (Pierre-Yves Roy-Desmarais) – sont plus ouverts et prêts à embrasser le changement, comme l’informatisation de l’entreprise familiale, alors que le père préfère le statu quo. Après tout, dit-il en somme, pourquoi changer une formule qui fonctionne ?
Un « mononcle » en puissance
Dans la série, il y a aussi bien des blagues et des réflexions douteuses, comme le voulait l’époque. Un vendeur campé par François Chénier incarne à lui seul tous les « mononcles » en puissance, lui qui peut complimenter sans gêne une collègue en lui disant qu’elle a de belles boules, ce matin, dans son chemisier blanc.

Dans l’intrigue, qui ramène des chansons de Francine Raymond, de Jean Leloup et du groupe Les BB, , les plus vieux sont dépassés par la volonté des femmes de se faire respecter, par les couples gais qui veulent des enfants, et il est même question de racisme qui se traduit par la crainte du père, un homme de son époque – il est né en 1938 –, à engager un Noir pour vendre des portes et des fenêtres.
Vitrerie Joyal est souvent drôle et inconfortable, Martin Matte étant après tout le créateur de la série à succès Les beaux malaises, qui l’a lancé comme scénariste à TVA.

Toute la distribution est impeccable, incluant Marilyse Bourke – en épouse en quête d’autonomie financière –, Guillaume Cyr – en vendeur incompétent et hypersensible – et Florence Longpré, qui est géniale dans la peau de la secrétaire d’André Joyal, une femme qui se masturbe au bureau, sans jamais oublier de se laver les mains. C’est elle qui a les meilleures répliques.
Si vous n’aimez pas les vendeurs ou si, au contraire, vous voulez apprendre des trucs pour mieux manipuler les gens afin qu’ils achètent vos cossins, la série regorge de trucs et de conseils pour vous, le scénario, dans les trois premiers épisodes vus par les journalistes, mardi matin, montrant l’importance de conclure une vente. On passe sans doute trop de temps là-dessus, trouveront certains.
À la fin de l’épisode 3, l’arc prend une tournure plus dramatique au moment où le père Joyal voit sa relève à la vitrerie lui filer entre les doigts.
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