«J’écris pas pour régler des problèmes ou par amertume»: Martin Matte joue son propre père dans sa série «Vitrerie Joyal»


Guillaume Picard
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Martin Matte revient comme créateur et comédien principal de la nouvelle comédie dramatique Vitrerie Joyal, qui sera lancée vendredi sur Prime Video.
L’humoriste, scénariste et producteur nous a parlé de cette fiction qui a été présentée en première mondiale au festival Séries Mania, en France, il y a quelques semaines. Le réalisateur Guillaume Lonergan et le producteur d’Encore Télévision Louis Bolduc ont aussi participé à la discussion.
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Martin, qui a-t-il de vrai dans Vitrerie Joyal ?
C’est une autofiction, mais évidemment il y a beaucoup de vrai. Mon père avait une vitrerie et je travaillais pour lui. Je ne sais pas ce que j’ai le droit de dire. J’ai déjà parlé sur scène que mon frère a eu un accident et les gens se doutent que je me suis lancé en humour à un moment donné, mais on le découvre dans la série au fur et à mesure. [...] Comme Les beaux malaises, c’était ma vie, et il y a beaucoup de vrai, comme mes spectacles.
1995 fut une année charnière pour toi avec l’accident de ton frère et l’École nationale de l’humour...
C’est une époque où il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie et dans celle de mon père. Et j’avais envie d’en faire une histoire.
Ton père, que tu incarnes dans la série sous un autre nom, celui d’André Joyal, il n’y avait pas vendeur plus motivé à Laval, n’est-ce pas ?
Il allait très, très loin pour pouvoir vendre. Il me disait : “Quand tu vas chez un client, tu ne sors pas tant que tu n’as pas vendu.” Il avait beaucoup de technique ! Mon père avait un livre à côté de son lit et c’était Vivre c’est vendre, et il avait toujours des idées pour vendre, pour closer. Il a donné des séminaires de vente.

Ton père trouvait que le monde changeait vite...
Moi je le trouve attachant. On a parlé beaucoup au bureau, avec la production, avec les gens. C’était ça et pire. Mon père n’était pas quelqu’un de raciste, c’était quelqu’un de son temps. Il est né en 1938 et son père en 1901. J’avais le goût d’aller dans ces sujets-là, dans la misogynie, le racisme, qui est une vraie histoire. Engager quelqu’un de couleur, c’était délicat à l’époque. Mais c’était pour montrer d’où on part et montrer où on est rendus. Et à quel point c’est fragile aussi.
On entend quand même des propos et des commentaires qui vont loin, même si 1995, ce n’est pas si lointain...
Quand j’avais 25 ans, les propos étaient épouvantables. Je trouvais ça l’fun de ne pas édulcorer ça, de le montrer. De voir que cet homme à de la misère à s’adapter à tout ce qui change.
À la fin du troisième épisode, sur un total de six, l’accident de ton frère dont on parlait plus tôt survient et la série change alors de ton...
Oui, ça prend une tangente vraiment intense et différente, je vous laisse le découvrir. Ça me fait drôle, car j’ai l’impression que c’est comme un film en six chapitres. C’est correct de montrer trois épisodes [aux journalistes], mais moi, ça me fait l’effet d’aller à une première de film [où on] nous montre [juste] 50 minutes. Je suis content que ça sorte d’un coup.

Y a-t-il des moments troublants, pour toi, à revoir ta vie à l’écran ?
Il y a des scènes que vous n’avez pas encore vues qui sont encore plus troublantes pour moi. C’était de revivre des scènes avec Pier-Luc Funk [qui joue Martin Matte plus jeune]. Parfois, de juste faire des choses que j’ai vécues et que j’ai reçues et de les jouer en tant que mon père. Il y a des scènes qui n’étaient pas si touchantes qui ont fini par être extrêmement touchantes de par notre façon de jouer, du moment, de l’intensité qu’il y avait là-dedans.
Ton père est décédé en 2002, mais le reste de ta famille a-t-il vu la série ?
Ma mère l’a vue, ma sœur aussi, et mon frère ne l’a pas vue encore.
Est-ce que ta mère et ta sœur ont pu être blessées, notamment par rapport à la façon dont tu présentes ton père ?
J’écris pas pour régler des problèmes ou par amertume. Je raconte une histoire. Ce qui me faisait peur, c’est qu’elles soient trop bouleversées parce que ce qui s’en vient dans la série, c’est intense. Mais ça s’est bien passé et elles ont été touchées de voir notre histoire.

Guillaume, en tant que réalisateur, le fait que ce soit Prime Video, une plateforme américaine disposant de budgets plus importants que les diffuseurs québécois, est-ce que ça vous a donné les moyens de vos ambitions ?
Oui, on avait un confort matériel.
Le producteur associé Louis Bolduc renchérit : Ce ne sont pas des budgets astronomiques, mais c’était ce dont on avait besoin pour le faire. Ce qu’on n’a souvent pas ici. Là, pour une fois, on pouvait dire qu’on pouvait acheter la musique qu’on voulait.
Martin, dans la série, le maire de Laval, M. Valcourt, est un clin d’œil évident à l’ex-maire Gilles Vaillancourt, qui a fait de la prison pour fraude. Vous évoquez vraiment qu’il s’attendait à des enveloppes brunes remplies d’argent pour attribuer des contrats...

Je me suis dit : ça ne passera pas au légal, le maire Valcourt... Je me rappelle comment mon père était fâché de ça, de ne pas voir de contrat parce qu’il ne donnait pas de sous. C’était comme ça. Tu parles à d’autres qui donnent des enveloppes et qui ont des contrats. C’était un combat, mais il n’était pas capable... [...] Tout le monde le savait. Son ami qui faisait la collecte de déchets, il disait : « Voyons, mets une enveloppe, sinon t’auras pas de contrat. »
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