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Notre journaliste réalise un rêve sur le parcours du Tournoi des Maîtres

Une ronde sur le parcours de l’Augusta National est encore plus belle que dans les rêves

Photo AFP
Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2022-04-12T04:00:00Z

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AUGUSTA | L’opportunité d’une vie. Le souhait ultime de tout golfeur. Une journée incroyable qui restera à jamais gravée dans ma mémoire. J’ai rêvé à cette ronde, de suivre les traces des plus grands golfeurs de l’histoire sur les allées immaculées de l’Augusta National depuis 25 ans. C’est maintenant réalisé.  

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Il me semblait que c’était hier quand j’étais devant la télévision à regarder, émerveillé, Tiger Woods infliger l’une des plus grandes corrections à ses adversaires dans l’histoire de ce sport. C’était en 1997. 

Le golf est vite devenu une passion pour les deux hommes dans la famille, mon père et moi. Et comme j’aurais souhaité qu’il puisse être là pour vivre ce moment si unique. Je sais qu’il l’était depuis Montréal. Mais j’y ai pensé toute la journée en savourant chaque seconde pour lui et tous les gens qui m’ont soutenu. 

Car pénétrer sur la propriété du 2604, Washington Road n’est pas qu’une mince affaire. J’ai gagné à la loterie parmi les membres de la confrérie de la presse ayant couvert le Tournoi des Maîtres. Nous étions 28 de la presse écrite. Sinon, il faut compter sur une invitation miraculeuse ou sur celle d’un bon ami qui figure parmi les quelque 350 membres du club géorgien. 

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Chance unique

Hier, c’était ma chance. À 11 h 40, c’était l’heure tant attendue dans les rêves des 25 dernières années. Par une splendide journée ensoleillée et de belles conditions, j’ai claqué et poussé ma balle durant 4 h 30 sur le plus beau terrain de jeu du monde. 

Notre journaliste François-David Rouleau a posé fièrement devant l’Augusta National,­­­ hier, lui qui a eu la chance de disputer une ronde au mythique club de golf de l’État de la Géorgie.
Notre journaliste François-David Rouleau a posé fièrement devant l’Augusta National,­­­ hier, lui qui a eu la chance de disputer une ronde au mythique club de golf de l’État de la Géorgie. Photo courtoisie, Jon McCarthy

J’avais arpenté ces allées, de l’autre côté des cordes, à six occasions pour la couverture du Masters. Dans le feu de l’action, au beau milieu des allées, l’aventure se veut encore plus incroyable. 

Le gazon est parfait, tout comme les conditions de jeu. Il n’y a pas un poil qui dépasse. Nulle part. J’ai donc mieux saisi la remarque humoristique des membres au veston vert qui nous abordent durant la semaine du tournoi en nous demandant si nous avons aperçu une imperfection. Elle est impossible à trouver. 

Il s’est bien débrouillé sur le parcours qui accueille le Tournoi des Maîtres comme en fait foi sa carte de pointage.
Il s’est bien débrouillé sur le parcours qui accueille le Tournoi des Maîtres comme en fait foi sa carte de pointage. Photo AFP

J’ai compris pourquoi les pros souhaitent tant participer au Tournoi des Maîtres. J’ai aussi pigé tout le poids du discours de Tiger Woods après la ronde finale, dimanche, quand il louangeait la signification de ce parcours à ses yeux. 

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Verts diaboliques 

Bien qu’il soit encore plus difficile à marcher que je ne le savais déjà, ce parcours est un d’un réel charme à affronter. Il teste toutes les facettes du jeu et de l’esprit.

Je ne suis pas un professionnel, mais je sais jouer au golf comme le démontre, sans aucune vantardise, mon index de 6,1. 

Mais jamais je n’avais affronté des verts aussi diaboliques que ceux de l’Augusta National. Il faut savoir user de créativité et de confiance avant d’exécuter un coup, autant sur la surface qu’autour des verts lors d’une courte approche. Il n’est pas rare de devoir viser à plus de 30 pieds du fanion pour que la balle s’y approche par la suite. 

Par chance, Clinton, mon cadet, m’a conseillé durant tout l’après-midi.

J’ai réalisé de nombreux superbes coups, notamment depuis les tertres de départ où j’ai réussi à m’éclater. À l’approche des fanions toutefois, ce fut une autre paire de manches. Malgré des trajectoires hautes, ma balle a souvent bondi sur les verts aussi fermes qu’une route de béton. Ce qui m’a laissé plusieurs coups d’approche aussi délicats que stressants. 

Mais comme je ne jouais pas pour le veston vert, j’ai mis l’emphase sur l’expérience et le délire de chaque petit moment. 

Parmi mes coups d’éclat, je suis particulièrement fier d’un oiselet à Flowering Crab Apple, cette normale 3 de 170 verges au quatrième fanion, à la suite d’un coup de fer 7 quasi parfait qui s’est arrêté à six pieds de la coupe. 

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Il a vécu un rêve en affrontant notamment ce 13e trou, une normale 5 de 455 verges, dont le vert est bordé de nombreuses fosses de sable.
Il a vécu un rêve en affrontant notamment ce 13e trou, une normale 5 de 455 verges, dont le vert est bordé de nombreuses fosses de sable. Photo François-David Rouleau

Amen Corner

Après des normales aux 9e et 10e, l’un des trous les plus difficiles du parcours, j’ai commis l’impardonnable en noyant ma balle trois fois plutôt qu’une dans Rae’s Creek, au cœur du Amen Corner, au 12e. 

Je souhaitais passer là où les grands ont passé. Eh bien, les dieux du golf s’en sont occupés ! Il faut toutefois en rire. Et Woods y a inscrit un 10 en 2020. Ce n’est donc pas si pire. 

Et j’ai réservé trois de mes plus beaux coups pour Firetorn, cette normale 5 du 15e, longue de 475 verges, notamment grâce à une solide claque qui a fait sourire « Clint ». 

Mieux que le champion !

Dans la montée en direction du vert du 18e, je me suis mis à réfléchir à cette merveilleuse journée en contemplant la propriété. J’ai terminé en beauté avec deux roulés, contrairement au champion Scottie Scheffler, qui en avait effectué quatre la veille avant d’enfiler son veston vert. Un clin d’œil qui a bien fait rire mes compagnons de jeu.

Aussitôt Magnolia Lane dans ma lunette arrière, je me suis empressé de téléphoner à mon paternel pour lui raconter l’expérience et chaque coup en prenant bien soin de dévoiler les distances exactes de Clinton. C’est comme s’il y était. 

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Le rêve, quoi !


Une montée mythique

À 10 h 40 tapant, je me suis présenté à la porte du 2604, Washington Road. Il est impossible de devancer l’heure d’arrivée, ne serait-ce d’une minute. J’ai ensuite monté lentement la mythique Magnolia Lane, longue d’environ 350 verges et bordée de 61 magnolias de chaque côté. Celle-ci débouche sur le Cercle des Fondateurs devant le majestueux pavillon. Une fois chaleureusement accueilli, je suis monté dans le vestiaire des champions pour y déposer mes effets personnels. Mon groupe et moi occupions le casier du légendaire Ben Hogan, champion du Masters en 1951 et 1953, et Raymond Floyd, maître de 1976.

Le veston vert est exhibé dans une luxueuse vitrine avec le trophée et des artefacts du champion en titre.

Après quelques photos, c’est le temps de prendre la direction du champ de pratique, le même qu’ont utilisé les pros. Des installations complètement démentes qui sont des répliques de ce que l’on retrouve sur le parcours.


Deux questions primordiales 

Chaque coup amène son lot de questions... et de craintes. Tout au long de cette ronde, le cadet oriente son « patron ». Deux questions sont primordiales avant de s’exécuter pour éviter de se retrouver solidement dans le pétrin : quelle est la distance et quelle est la cible. Clinton me donnait donc la distance exacte au fanion et la cible à privilégier. Parfois, celle-ci se trouvait dans une direction particulière et inconfortable. Il faut jouer de créativité sur ce parcours et laisser les pentes faire le travail. 

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Le grain vers Amen Corner

À écouter les meilleurs professionnels de la planète et les voir s’exécuter sur ces surfaces ultrarapides depuis des années, je savais les verts très particuliers. Toutefois, les deux pieds sur les surfaces, c’est une tout autre affaire. Par chance, mon cadet Clinton m’a guidé. Une ligne qu’on croirait bonne ne l’est vraiment pas. Il faut savoir lire le grain et les pentes subtiles. « Clint » m’a raconté que le grain des verts est orienté vers Amen Corner. Il faut donc toujours savoir où l’on se situe sur le parcours par rapport à ce point stratégique. Et curieusement, la surface du vert du 12e, Golden Bell, en plein cœur du Amen Corner, est la plus lente. Les conseils de mon fidèle compagnon m’ont été précieux.


Club sélect et fermé

Ne rentre pas qui veut dans le membership du Augusta National. Celui-ci est formé d’environ 350 membres, mais cette liste atteindrait plus de 600 noms depuis sa fondation en 1932. Impossible de déposer une demande d’entrée. Chaque nomination est étudiée. Parmi les plus riches et réputés hommes d’affaires et dirigeants d’entreprise d’Amérique y sont membres, dont Bill Gates et Warren Buffett. Une poignée de femmes y sont aussi. Selon un article du magazine Golf.com datant d’avril 2019, le prix d’entrée s’élève à environ 40 000 $. Les coûts annuels ne seraient pas plus dispendieux qu’ailleurs alors qu’ils varient à quelques milliers de dollars. La saison roule d’octobre à mai. 

  • Écoutez le récit de François-David Rouleau avec Jean-François Baril et Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio :


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