Tournoi des Maîtres: Scheffler vit son rêve
L’Américain enfile le veston vert avec une quatrième victoire à ses six dernières sorties


François-David Rouleau
Partager
AUGUSTA | Dans ses rêves les plus fous, jamais Scottie Scheffler n’aurait cru grimper vers le 72e fanion de l’Augusta National avec une avance de cinq coups au Tournoi des Maîtres. Jamais. C’est pourtant ce qu’il a réalisé, dans un calme alarmant, dimanche.
• À lire aussi: Tiger chute au classement à Augusta
Tandis que la machine à oiselets à ses côtés, Cameron Smith, s’était enrayée dans cette ronde finale, l’Américain de 25 ans a navigué « paisiblement » vers la victoire.

Le meilleur golfeur au monde a enfilé le veston vert tant convoité dans son univers et ainsi savouré sa première conquête majeure. Et non la moindre.
Il a saisi la tête vendredi sans ne jamais la perdre par la suite. Malgré les conditions météorologiques difficiles, un parcours délicat et les poussées de ses adversaires, Scheffler s’est démarqué du lot en conservant son flegme.
Moment loufoque

Flanqué de son cadet Ted Scott, le même qui avait accompagné Bubba Watson lors de ses conquêtes de 2012 et 2014, il a aligné quatre rondes sous la normale. Dimanche, avec une carte de 71 (-1), il a complété ce qu’aucun de ses rivaux n’a réussi.
Et n’eût été une bévue causée par la nervosité dans l’importance du moment sur le 18e vert, il aurait joué 69 (-3) en conservant sa priorité de cinq coups.
« La seule chose que j’aurais imaginée dans mes rêves, c’était cette marche en direction de ce 18e vert. J’ai vu plusieurs gars la faire. La première qui me vient en tête, c’est celle de Jordan [Spieth] en 2015 avec une énorme avance », a raconté le champion dans une conférence de presse aussi détendu que lui.
« Au fil de la journée, j’ai réussi à me créer une belle avance, a poursuivi celui qui a toujours su conserver un fossé d’au moins trois coups, surtout sur le retour.
« Je ne voulais surtout vivre aucun stress vers la fin de la journée. Je ne voulais pas briser ma concentration avant de grimper sur ce 18e et dernier vert. Une fois rendu, j’ai souhaité profiter du moment et avoir du plaisir. »
Plaisir il a eu ! Car il a effectué quatre roulés depuis une vingtaine de pieds. Il a tourné autour de la coupe en ratant deux courts roulés. La foule l’a encouragé et son cadet lui a donné deux petites tapes dans le dos pour qu’il complète la besogne sans stress. Avec sa bonne bouille et sa bonne humeur, prenant la scène loufoque avec humour, il a finalement vu sa balle disparaître au fond de la coupe. Il s’agit de sa quatrième victoire à ses six dernières sorties.
« Je ne sais franchement pas quoi dire. J’ai bien fait de me forger une bonne avance. Rien n’est assuré sur ce parcours, spécialement sur le retour le dimanche. J’avais entendu le dicton », a-t-il rappelé.
Vieux dicton

Celui-ci prétend avec justesse que le Masters ne fait que commencer sur le neuf de retour le dimanche après-midi.
« On sait que tout peut survenir. On l’a vu. Je ne voulais surtout pas que ma balle tombe à l’eau au 12e, a-t-il relaté à propos de la normale 3 au cœur d’Amen Corner, un lieu où les espoirs de tant de golfeurs se sont envolés.
« J’ai voulu bloquer toutes ses pensées et exécuter mes coups comme j’en suis capable, a expliqué celui qui souhaitait rester patient et se faire confiance dans cette aventure. »
« C’est plaisant de lutter dans la compétition. J’ai apprécié ces journées sur le parcours même si elles n’étaient pas faciles. Une fois que tu es en marche, c’est fantastique. »
« Hors du parcours, c’est d’autant plus difficile. J’ai essayé de me coucher et trouver le sommeil à la veille de cette ronde finale. À ce tournoi, ce n’est franchement pas évident de détenir l’avance. Tous les pros veulent le gagner. »
Stress matinal

Dimanche matin, en mettant le pied en bas du lit, Scheffler a craqué. Soudainement, il ne savait plus comment gérer la pression et ce qui l’attendait. Sa conjointe, Meredith, l’a soutenu en le résonnant, lui préparant un déjeuner gargantuesque et en lui montrant ensuite la voie.
« J’ai compris que c’était mon moment. Ce l’était vraiment, a-t-il raconté avec émotions. Une fois rendu sur le terrain, j’ai vraiment eu du plaisir. »
Celui qui participait à un troisième Masters a résisté à la pression alors que son compagnon de jeu australien a démarré sur les chapeaux de roue avec deux oiselets. Scheffler a répliqué avec deux moineaux avant de s’avancer sur le retour.
Smith a tenté de suivre la cadence, mais une balle à l’eau au 12e, Golden Bell, a anéanti tous ses espoirs. Rory McIlroy l’a ensuite devancé.
Scheffler a consolidé son avance avec des oiselets aux 14e et 15e fanions avant de terminer avec un double boguey au 18e.
Avec une fiche de -10, il a devancé McIlroy par trois coups ainsi que Shane Lowry et Smith par cinq.
L’an prochain, le Tournoi des Maîtres se tiendra du 6 au 9 avril. D’ici là, le prochain Grand Chelem nous attend dans un mois, au club de golf Southern Hills à Tulsa, en Oklahoma, à l’occasion du Championnat de la PGA d’Amérique du 19 au 22 mai.
Rory pimente le show

AUGUSTA | On attendait une bataille à coups d’oiselets et possiblement d’aigles entre Scottie Scheffler et Cameron Smith en ronde finale du Masters, dimanche. C’est plutôt Rory McIlroy qui a pimenté le spectacle avec une performance endiablée.
Et le mot est faible.
Avec plusieurs coups d’éclat, Rory a enregistré une carte de 64 (-8) en montant en sixième vitesse au second rang du tableau principal.
Ce score final, son meilleur en carrière à Augusta, égale le record de sept golfeurs. Seulement deux golfeurs ont joué 63 dans l’histoire.
Nick Price l’avait réussi en troisième ronde de l’édition de 1986 tandis que Greg Norman l’avait fait en première ronde en 1996. « The Great White » s’était ensuite effondré le dimanche...
En orchestrant sa spectaculaire remontée, le Nord-Irlandais est devenu le seul golfeur cette semaine à remettre une carte sans boguey.
« C’est certainement ma meilleure ronde depuis un an et probablement l’une de mes meilleures dans un championnat majeur », a exprimé tout feu tout flamme le golfeur de 32 ans.
Coups spectaculaires
Vérification faite selon sa fiche du circuit de la PGA, ce 64 vient au second rang de ses meilleures performances en Grand Chelem. Lors de l’Omnium britannique 2010 à St. Andrews, il avait enregistré un 63.
Dimanche, non seulement a-t-il amassé six moineaux et un aigle dans sa promenade sur l’Augusta National en appliquant un plan de match agressif, mais il a aussi sauvé d’importantes normales. Au 11e, depuis une position délicate en bordure du vert, il a sauvé les meubles grâce à un roulé de 10 pieds.
Une réussite qui lui a permis de conserver sa cadence d’enfer et de mettre la table pour son aigle sur la normale 5 du 13e. Il y a exécuté trois coups parfaits. Et son compagnon de jeu Collin Morikawa aussi. Les deux se sont amusés comme des petits fous alors que l’Américain a signé une carte de 67 (-5) et grimpé au cinquième échelon.
Ils ont conservé l’un des meilleurs moments de la journée pour le 18e. Devant plus d’une dizaine de milliers de « patrons » réunis autour du vert par un splendide après-midi ensoleillé, Rory a réalisé une sortie de fosse impeccable. Sa balle a roulé lentement et disparu au fond de la coupe. Tant les spectateurs que lui ont explosé de joie.
Quelques minutes plus tard, depuis la même fosse, Morikawa l’a imité, faisant à nouveau bondir la foule.
Les détails
« J’ai réussi de superbes coups, mais je suis surtout très fier des petits moments délicats que j’ai réussi à contrôler. Il y a des roulés ou des coups qui n’apparaissent pas dans les faits saillants, mais qui sont très importants. Ils permettent de garder le rythme. »
Et en additionnant chacune de ces petites réussites, McIlroy dit avoir cru en ses chances. Du moins, il a pu appliquer un peu de pression sur le meneur en fin d’après-midi en terminant à -7. Au 13e, un petit fossé de seulement quatre coups les séparait.
Car Cameron Smith n’a pu y arriver en s’écroulant dans le dernier groupe. L’Australien a remis une carte de 73 (+1) en glissant au troisième rang à égalité avec Shane Lowry, à -5.
Des normales de McIlroy aux 15e et 16e fanions, des endroits de prédilection pour des oiselets, ont toutefois anéanti ses espoirs. Scheffler était en plein contrôle de ses moyens.
McIlroy a connu son lot de déceptions en quittant l’Augusta National, notamment en 2011, 2015 et 2018, mais ce n’était pas le cas, dimanche.
« Je ne partirai jamais aussi heureux que présentement. J’ai vraiment bien joué et c’est mon meilleur résultat ici. Ce n’est pas assez pour une victoire, mais cette journée restera à jamais dans ma mémoire. »